ON Y ÉTAIT : 2PAC À BROAD­WAY

Be - - TOUT DE SUITE - —JO­HAN­NA LUYS­SEN

Juillet der­nier, c’était “Ca­li­for­nia Love” en plein coeur de New York. À l’en­trée du Pa­lace Theatre, à deux pas de Times Square, des haut-par­leurs crachent le tube pla­né­taire de 2Pac. Cette my­thique salle de spec­tacle nous avait plu­tôt ha­bi­tués aux vo­ca­lises de Ju­dy Gar­land, il man­quait à son pal­ma­rès les gros mots et les pun­chlines de la cul­ture hip-hop. C’est chose faite : dix-huit ans après sa mort tra­gique, 2Pac a fait l’ob­jet d’un mu­si­cal. Choc des cultures ? “Moi qui ai gran­di dans cette tra­di­tion très amé­ri­caine de la comédie mu­si­cale et aussi dans la cul­ture hip-hop, je pense qu’il était temps que le rap vienne se­couer Broad­way”, se ré­jouit Saul Williams, qui in­ter­prète les chan­sons du rap­peur sur scène. Le sla­meur-co­mé­dien (il se­ra en no­vembre à l’af­fiche du film “FLA”, de Djinn Car­ré­nard, qui a di­vi­sé la cri­tique à Cannes) a pris ses quar­tiers Tu­pac Sha­kur, rap­peur culte et éter­nel.

LE RAP­PEUR MAR­TYR ÉTAIT AUSSI UN FERVENT AC­TI­VISTE ET UN FAN DE SHA­KES­PEARE. AU DÉ­BUT DE L’ÉTÉ,

SAUL WILLIAMS IN­TER­PRÉ­TAIT SON OEUVRE DANS UNE COMÉDIE MU­SI­CALE D’UN GENRE NOU­VEAU.

dans sa loge, entre deux cup­cakes de chez Magnolia Ba­ke­ry et une af­fiche d’Ai­mé Cé­saire. Pour res­ti­tuer 2Pac au théâtre, il fal­lait al­ler à re­bours des idées re­çues. Il reste le symbole d’un gang­sta rap où les conflits d’ego East Coast/West Coast se règlent à coups de fu­sillades, où l’on passe sans tran­si­tion de la pri­son à la morgue. Pour­tant, Tu­pac Sha­kur vaut da­van­tage que sa lé­gende. Ses mots frappent là où ça fait mal. “Il écrit avec ses tripes, ra­conte Saul, qui goûte la qua­li­té lit­té­raire « sha­kes­pea­rienne » de 2Pac. Cette pro­fon­deur vient de son en­fance : sa fa­mille était en­ga­gée, il a mi­li­té aux jeu­nesses com­mu­nistes, son pre­mier tube, « Bren­da’s Got a Ba­by », ra­conte les dif­fi­cul­tés d’une mère cé­li­ba­taire. La sienne était une Black Pan­ther, et sa tante est exi­lée à Cu­ba. Écou­ter 2Pac, c’est écou­ter la mu­sique d’un hé­ri­tier de Mal­com X.” Et d’un grand éru­dit : ses lec­tures de Maya An­ge­lou ou de Ma­chia­vel (son autre nom de scène : Ma­ka­ve­li) lui ont confé­ré une écri­ture à la fois simple et éclai­rée. 2Pac, une icône ? Saul Williams se sou­vient : “Lorsque j’ai joué dans mon pre­mier film, « Slam », on a tour­né dans la pri­son de Wa­shing­ton DC. Dans le quar­tier pour mi­neurs, chaque cel­lule avait son image de 2Pac, avec une orange, une pomme, ou un ro­saire… Comme un pe­tit au­tel.” Des an­nées après sa mort, le culte ne fai­blit pas : sur les sièges du Pa­lace Theatre, les fans scandent ses chan­sons comme une prière. En 2016, on com­mé­mo­re­ra le ving­tième an­ni­ver­saire de sa dis­pa­ri­tion. Pré­pa­rez-vous au grand re­tour du Mes­sie dans les mois qui viennent : d’au­tant qu’un bio­pic réa­li­sé par John Sin­gle­ton, qui l’a no­tam­ment di­ri­gé en 1993 dans le film “Poe­tic Jus­tice”, est en cours de tour­nage… “FLA”, de Djinn Car­ré­nard, avec Des­po Rut­ti, Saul Williams. En salles le 26 no­vembre.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.