In­to The wild

Bike (France) - - Decouvrir -

Si­mon An­dré m’avait pré­ve­nu : « On a des che­mins ma­gni­fiques dans les Cé­vennes ! » Oui, but les Cé­vennes, c’est vaste et on en a dé­jà cau­sé… « Oui, mais là, c’est du lourd » , m’avait ré­pon­du notre ex-es­sayeur mai­son dé­sor­mais ins­tal­lé du cô­té d’Alès. Alès, an­cienne ville mi­nière à une de­mi-heure au nord de Nîmes ( pour vous si­tuer, quoi !), au­jourd’hui re­con­ver­tie en agréable sous- pré­fec­ture à mi-che­min de la Mé­di­ter­ra­née et des mon­tagnes cé­ve­noles qu’abrite le dé­sor­mais cé­lèbre parc na­tio­nal des Cé­vennes. Bref, c’est plu­tôt un en­droit où il fait bon vivre quand on aime les sports de pleine na­ture. Le VTT n’est pas le der­nier ser­vi. Avec, par exemple, les pistes d’en­du­ro de la Grand-Combe ma­na­gées et sha­pées par le Lâche-tout Team, au nom très évo­ca­teur. Une bande d’ir­ré­duc­tibles dont font par­tie dé­sor­mais notre pote Si­mon An­dré et Stéphane Couderc, son vi­ce­pré­sident et créa­teur de CVNa­ven­ture. On était donc par­tis à Alès pour s’of­frir un jo­li tour entre les monts cé­ve­nols et la Grand-Combe en com­pa­gnie de nos aco­lytes.

On se sent tout petit dans ce dé­cor de ci­né­ma fri­sant le wes­tern fa­çon John Ford.

Et puis voi­là qu’un im­mense so­leil se mêle à la par­tie, nous of­frant en prime un ciel bleu comme ja­mais à l’au­tomne 2013. Le­vés aux au­rores et gri­sés par cette mé­téo dé­mente, on a fi­na­le­ment grim­pé les pe­tites routes du coin. Celles qui filent plein nord d’Alès et tor­tillent comme des dingues jus­qu’au coeur du parc, vers Gé­nol­hac et en­core au-de­là, vers le mas­sif du mont Lo­zère (ou­vrez Google Map). Si­mon et Stéphane ne ta­ris­sant pas d’éloges sur leurs som­mets ( « Ça se mé­rite mais c’est beau… » ), on se laisse donc ten­ter par tou­jours plus haut, tou­jours plus loin, et sur­tout tou­jours plus sau­vage. Certes, il reste bien quelques ha­meaux et fermes iso­lés dans ce coin de France ou­blié, mais la ma­jeure par­tie est vide, sim­ple­ment oc­cu­pée en été par quelques va­can­ciers ci­ta­dins en mal de so­li­tude et les mar­cheurs en route sur les traces de Ste­ven­son (avec ou sans bour­ri­cots). Ici, on dé­borde du Gard pour plon­ger en Lo­zère tout en f rô­lant mé­cham­ment l’Ar­dèche. C’est vous dire si on est pau­més. Bel et bien éga­rés dans de vastes mas­sifs forestiers qui, plus haut, se font landes, prai­ries sans clôtures, champs de ro­chers gra­ni­tiques. C’est rude mais beau, comme cette aube qui nous ac­cueille avec quelques né­vés par­se­mant la cam­pagne. On stoppe le vé­hi­cule vers l’Au­ba­ret, an­cienne ferme aban­don­née pas dé­nuée de charme. Ici s’ar­rête la route, qui de­vient piste à l’as­saut de la mon­tagne. Une sen­sa­tion de « fin du monde ». En­fin, du bout de quelque chose, où tout semble pos­sible, neuf et en­core in­ex­plo­ré. Sur­tout en se­maine et hors sai­son…

Loups, bi­sons, grizz­lys…

Le mas­sif du mont Lo­zère est une sorte de vaste plateau gra­ni­tique, pas fran­che­ment une mon­tagne au sens al­pin où on l’en­tend sou­vent. Y a quand même quelques points culmi­nants comme le pic de

Fi­niels, à 1 699 mètres ( et pour­quoi pas 1 700 ?), et le Cas­si­ni qui pointent gen­ti­ment leurs ron­deurs au-des­sus du plateau, 300 ou 400 mètres au-des­sus de nous. L’avan­tage de res­ter à mi-pente, c’est que les che­mins y sont ac­ces­sibles, tan­tôt rou­lants si on se can­tonne sur les pistes prin­ci­pales, tan­tôt bien plus tech­niques si l’on suit les PR et les GR qui sillonnent le plateau (GR 68 ou GR 700 “Tour du mont Lo­zère”). Du coup, on a le choix, comme ce­lui de grim­per dans le rou­lant et en­suite de s’en­voyer quelques beaux pas­sages en­du­ro dans le tech­nique. Yes ! « On va al­ler vers le pont du Tarn » , m’ex­plique Si­mon, qui, par là-même, m’in­dique que cette grande ri­vière qui ar­rose le sud- ouest de la France prend sa source dans le mas­sif. Je n’en sa­vais rien et suis sûr que tu t’en fiches, lec­teur, comme de ton pre­mier dé­railleur Shi­ma­no. N’em­pêche, quand après avoir grim­pé dans cette aube fraîche, l’herbe fri­so­tant de ge­lée blanche, on dé­boule sur ce plateau pau­mé, on se de­mande bien où est-ce que l’on est. Lo­zère, Si­bé­rie, grandes plaines de l’Ouest amé­ri­cain ? Si­mon me re­garde éber­lué et je lui ré­ponds : « Il ne manque que les bi­sons… » J’ai beau ne ja­mais être al­lé au parc de Yel­lows­tone dans le Wyo­ming, j’ai toutes ces images en tête, vues et re­vues dans Na­tio­nal Geo­gra­phic et quan­ti­té de ces do­cu­men­taires té­lé­vi­sés dont on ne se lasse pas. No­tam­ment ces images

On dé­borde du Gard pour plon­ger en Lo­zère, tout en frô­lant l’Ar­dèche. C’est dire si on

est pau­més!

de la Yel­lows­tone Ri­ver qui si­nue dans une val­lée ver­doyante en­ca­drée de pins sau­vages sur fond de som­mets ar­ron­dis. Et là, c’est exac­te­ment ce que l’on se prend en pleine poire. Avec l’herbe rase et jau­nie, les ro­chers gra­ni­tiques qui dé­passent de part et d’autre, le pic Cas­si­ni au fond, le pa­no­ra­ma vaut son pe­sant de Wyo­ming ! Sans les ca­ri­bous, ni les bi­sons, les loups ou les grizz­lys… Mais ça tombe bien, je suis pas fran­che­ment en cannes ce ma­tin pour dé­guer­pir de­vant les grands pré­da­teurs. Jus­qu’ici, la piste était rou­lante mais dès que l’on aborde les singles, c’est un autre to­po. Faut du jar­ret et du gui­don, une fois pas­sé ce fa­meux pont du Tarn qui en­jambe la ri­vière. Mais d’abord séance pho­to obli­ga­toire sur cet ou­vrage mul­ti­cen­te­naire per­du en pleines Cé­vennes, à 1 300 et quelques mètres d’al­ti­tude. À cette hau­teur, la neige est en­core bien pré­sente et on doit tra­ver­ser quelques né­vés plus ou moins pro­fonds sur le che­min qui longe la rive. C’est par­fois dur, c’est par­fois bien plus pié­geur ! Mais on en prend plein les yeux tout au long de cette boucle qui nous ra­mène vers l’Au­ba­ret. Sur­tout quand le sen­tier en­tre­prend de tra­ver­ser une vaste plaine ponc­tuée de ro­chers saillants avec une vue à 180 de­grés sur le mont Ai­goual, les contre­forts des gorges du Tarn, le causse Mé­jean et un sa­cré mor­ceau de mas­sif fo­res­tier au pre­mier plan. Vous avez dit « sau­vage » ? Oui, et vous

Plus bas, les pierres laissent la place à de la bonne vieille terre…

avez bien rai­son. On se sent tout petit dans ce dé­cor de ci­né­ma fri­sant le wes­tern fa­çon John Ford. On se sent en­core plus petit quand le GR dé­cide de tra­ver­ser un de ces chaos ro­cheux de part en part. Une zone de trial XXL où l’on doit jouer à Dan­ny McAs­kill sur 200 mètres de long et plus de 50 mètres de large. Tu parles d’un spot ! Faut cher­cher sa tra­jec­toire et pas­ser d’un bloc à l’autre sans po­ser pied à terre. Tel est l’en­jeu dont Si­mon se tire for­cé­ment avec les hon­neurs. Nouzôtres, gen­tils ama­teurs, un peu moins. Mais le jeu en vaut la chan­delle, d’au­tant qu’en des­cente, ça reste plus évident qu’en mon­tée. À la sor­tie de ce pa­vage pour géants, on re­tombe sur l’Au­ba­ret, notre point de dé­part. La ferme est tou­jours en­dor­mie, ce qui nous per­met d’y faire la pause casse-croûte à l’abri d’un mur en pierres da­tant d’au moins trois ou quatre siècles. So­leil dans les yeux, sand­wich à la main, on se re­mé­more notre ma­ti­née un p’tit sou­rire en coin. Du genre « Put’… que c’était bon ! ». Et en­core, on n’a fait qu’une courte boucle en com­pa­rai­son de ce qui est réa­li­sable ici, d’après mes com­pères qui connaissent le coin comme leur poche. Com­pères qui tiennent à me faire dé­cou­vrir la suite du pro­gramme sous forme de des­cente vers Gé­nol­hac.

Ap­pel/ contreap­pel

Pour ça, il suf­fit de prendre la piste en face de nous, de grim­per jus­qu’à un nou­veau col après avoir pas­sé quelques ha­meaux per­dus avant de plon­ger plein sud. Ama­teur de singles dé­fon­cés, cette par­tie est pour toi. C’est là que les 150 mil­li­mètres de dé­bat­te­ment de mon Com­men­çal Me­ta 1 prennent tout leur sens ! En tout cas dans la pre­mière par­tie seu­le­ment consti­tuée de pierres qui roulent ou non, rondes, car­rées, man­quantes ou saillantes. Dire que ça ta­basse se­rait faire preuve de lâ­che­té. Non, c’est du mar­teau-pi­queur ! Et ça dure long­temps. Ce­ci dit, c’est bon pour par­faire sa condi­tion et son sens de la tra­jec­toire. Sur­tout aux fesses de Si­mon, qui est un vé­ri­table ca­bri dans ces condi­tions. Dif­fi­cile de pro­fi­ter de la vue gé­niale sur les contre­forts du plateau qui plongent par en­droits en vé­ri­tables fa­laises. Je croise les doigts pour ne pas cre­ver dans cet en­fer mi­né­ral, mais les Maxxis tiennent bon, mal­gré mes er­reurs dans la

caillasse. Plus bas, les pierres laissent place pro­gres­si­ve­ment à de la bonne vieille terre. Sa­blon­neuse qui plus est. En fait, dès que l’on ar­rive dans la fo­rêt de châ­tai­gniers qui couvre les pentes en des­sous 900 ou 800 mètres d’al­ti­tude, on re­trouve plus de vi­tesse et de dé­lire en vi­rages. De bons gros tra­vers à l’abord des épingles, fa­çon ap­pel/contreap­pel ! De la belle tra­jec­toire qui pro­pulse d’un ta­lus à un ap­pui na­tu­rel, d’un tas de feuilles mortes ( gaffe aux ro­chers ca­chés !) à un bun­nyup au- des­sus d’une or­nière d’orage. Ça de­mande pas mal de con­cen­tra­tion, mais le jeu en vaut la chan­delle et on s’en claque 5 en ar­ri­vant dans la val­lée. Les avant-bras en feu, les cuisses raides mais une sorte de sou­rire béat aux lèvres. Cette ex­tase de la vi­rée réus­sie, du bon mo­ment entre potes. Un mo­ment que CVNa­ven­ture pro­pose à son ca­ta­logue de vi­rées VTT. « On peut le faire fa­çon mon­tée en mi­ni­bus avec re­morque ou alors en pre­nant le train de­puis la GrandCombe jus­qu’à Gé­nol­hac, avec en­suite deux heures de mon­tée par la route et les pistes, m’ex­plique Si­mon. Il faut comp­ter la jour­née dans le deuxième cas et avoir une cer­taine forme pour tout s’en­voyer. » Alors que le so­leil plonge dé­jà der­rière les col­lines, on charge nos bikes dans le Trans­por­ter en se di­sant qu’il fau­dra ab­so­lu­ment re­ve­nir pour dé­cou­vrir les par­cours en­du­ro de la GrandCombe avec les gars du Lâche-tout Team. Ce qui ne sau­rait tar­der vu la qua­li­té du ride d’au­jourd’hui.

P’tit ma­tin au fin fond des Cé­vennes sur le GR 68: ça sent le grand large et l’in­con­nu. Presque du hors-piste et pour­tant on est bien sur un an­cien che­min, comme ci-des­sous sur les blocs près de l’Au­ba­ret. Ou en­core sur le pont du Tarn tout en bas…

Yel­lows­tone, USA? Non, mont Lo­zère dans les Cé­vennes… Ajou­tez trois bi­sons dans le

dé­cor et vous chan­gez de con­tinent. Quel spot ma­gique!

À l’Au­ba­ret, on conti­nue notre pé­riple après avoir pique-ni­qué à l’abri de cette an­cienne ferme aux murs sur­di­men­sion­nés.

Sur le single en sous-bois, quelques né­vés font de la ré­sis­tance au so­leil cé­ve­nol. Ailleurs, c’est du ro­cher for­mat XXL ou quelques gués à tra­ver­ser qui pi­mentent la ba­lade.

Après le tour du plateau au pied du mont Lo­zère, on plonge vers Gé­nol­hac sur les contre­forts des Cé­vennes gar­doises. Un pied in­té­gral

en pi­lo­tage…

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