Dé­cou­vrir : Le Val-d’Al­los

Les lacs de Li­gnin

Bike (France) - - Sommaire - PAR OLIVIER DE VAULX

Le Val-d’Al­los ac­cueille quelques belles épreuves de VTT après la sai­son es­ti­vale. Le raid Trans-Ver­don ou la Trans-Pro­vence at­tirent les com­pé­ti­teurs. Mais les ama­teurs de grands es­paces et de li­ber­tés peuvent s’of­frir des ran­dos mé­mo­rables sur les crêtes. Pa­no­ra­ma mo­nu­men­tal, so­li­tude ab­so­lue et par­fum d’aven­ture sont au pro­gramme !

Sur la route pro­ven­çale entre Co­go­lin et Col­mars, Fred et Ma­nou font le brie­fing de la ba­lade. Se­lon eux, c’est du fa­cile, avec une su­perbe des­cente. Ayant dé­jà eu une belle ex­pé­rience au col d’Al­los l’an pas­sé, avec une ran­do au pro­fil ma­jo­ri­tai­re­ment des­cen­dant, j’évite de m’in­quié­ter outre me­sure. En pas­sant Cas­tel­lane, j’ap­prends tout de même qu’il y au­ra une belle mon­tée, d’au moins deux heures trente « en rou­lant bien » . Un dé­tail d’im­por­tance dont l’omis­sion préa­lable ne semble pas trou­bler nos guides. Ar­ri­vés à Villars- Col­mars ( 04), nous re­trou­vons Ti­to, cou­reu­rar­tiste-globe-trot­ter qui vient de fi­nir un tour du MontB­lanc en VTT. Fred le sa­lue en lui pré­ci­sant que notre

Huit heures de ran­do en al­ti­tude sur les traces de la Trans-Pro­vence, ça ne se re­fuse pas…

ran­do fa­cile de­vrait du­rer au moins six heures, sans les ar­rêts pho­to. Ça se corse… Un bref pas­sage au cam­ping ser­vant de camp de base aux cou­reurs de la TransP­ro­vence, avec des pi­lotes ex­té­nués et cou­verts de boue, semble illus­trer par avance nos épreuves du len­de­main. Au­tant dire que le soir, tout le monde se couche tôt ; il fau­dra être en forme aux au­rores !

À l’aube

Le petit déj’ co­pieux de l’hô­tel Mar­ta­gon est ava­lé au plus tôt, le ra­vi­taille­ment à la su­pé­rette voi­sine est ré­par­ti dans les sacs et le vé­né­rable Volks­wa­gen Trans­por­ter “Pep’s” nous em­mène au dé­part de la ran­do, à quelques ki­lo­mètres de là. Une bar­rière en bois dans une épingle, des pan­neaux « VTT FFC » qui confirment l’em­pla­ce­ment, il n’y a plus qu’à dé­char­ger les vé­los. Un brouillard d’hiver couvre la val­lée et l’hu­mi­di­té perce les vestes. Le temps de ré­gler nos mon­tures, du Ro­cky Moun­tain Ins­tinct 50 MSL et Ye­ti SB95c en 29, en pas­sant par le Ye­ti SB66 de Jean- Pierre en 26 et le La­pierre Zesty 27,5 de Ti­to, et voi­ci la ca­ra­vane de la TransP­ro­vence qui passe. Un sa­lut ami­cal de Jey Cle­mentz ou Fran­çois Bailly-Maître, c’est tout ce qui man­quait pour nous don­ner du cou­rage ! Le che­min, en terre brune bien ac­cro­cheuse, monte de ma­nière ré­gu­lière dans la fo­rêt do­ma­niale du HautVer­don. La trace s’élève sous les arbres. Pas ques­tion de for­cer, mieux vaut mon­ter au train. Avec l’al­ti­tude, cet échauf­fe­ment s’avère tout de même as­sez sé­vère, d’au­tant que cer­tains pas­sages caillou­teux im­posent de pas­ser en force. Dif­fi­cile lors­qu’on est dé­jà dans le rouge ! Heu­reu­se­ment, après un bon quart d’heure de suée et deux ou trois épingles bien tech­niques, le sen­tier se fait moins pen­tu. Un faux plat des­cen­dant per­met de ré­cu­pé­rer et de prendre de la vi­tesse, en pur sla­lom entre les arbres de la fo­rêt de SaintJean. Fred et Ti­to se tirent la bourre et dis­pa­raissent ra­pi­de­ment. Euh, c’est une ran­do ou une spé­ciale de la Trans- Pro ? Le so­leil perce en­fin la brume ma­ti­nale. Par contraste, l’ombre des arbres semble plus forte, mais les taches de lu­mière sont un ré­gal pour les yeux. Mon­tées et des­centes al­ternent, le pa­no­ra­ma se dé­voile. L’à-pic ro­cheux du Grand-Val­lon fait face aux som­mets de La Môle. On quitte le sin­gle­track pour

un sen­tier de chèvre qui mène à la fa­laise. Âmes sen­sibles et pi­lotes souf­frant du ver­tige s’abstenir ! Le pa­no­ra­ma est dé­jà splen­dide, alors que nous n’en sommes qu’au tout dé­but du par­cours ! En bas coule une ri­vière, quelques oi­seaux sa­luent le jour nais­sant… Seule l’en­vie d’en voir plus, de plus haut, nous sort de notre tor­peur contem­pla­tive. Les som­mets nous at­tendent. Le che­min, plus pier­reux au fur et à me­sure qu’on s’avance vers les crêtes, passe près d’une ruine ma­gni­fique, la Ca­bane de Grand-Paul. Les vieilles pierres chauf­fées par le so­leil pro­ven­çal in­citent à la

Per­dus dans ces im­men­si­tés sau­vages, nous sa­vou­rons ces ins­tants de li­ber­té.

pause, voire à la sieste. Mais Fred garde un oeil sur la montre et joue les ad­ju­dants. On ne s’ar­rête plus !

sans as­sis­tance

La mon­tée qui nous fait face est consti­tuée de pa­liers, plus ou moins longs, sé­pa­rés de vé­ri­tables murs. Au­tant de dé­fis qui ne mettent pas à mal les mol­lets mais les pou­mons, car l’oxy­gène se ra­ré­fie en al­ti­tude ! Si Ti­to et Fred ne semblent pas in­com­mo­dés, le reste du groupe adopte une al­lure sage. L’es­sen­tiel étant d’ar­ri­ver au bout sans s’épui­ser, il convient de faire dans l’ef­fi­cace. Les roues de 29 offrent un bon com­pro­mis dans ces condi­tions. Reste qu’il est par­fois né­ces­saire de por­ter. Vé­lo po­sé sur le sac, on marche, tels des sher­pas au Né­pal. À quelques cen­taines de mètres, dans les ébou­lis, des cha­mois font la course à des vi­tesses hal­lu­ci­nantes, sans doute pour se mo­quer de notre lour­deur de bi­pèdes… La marche est longue ; le souffle, court. Avan­cer len­te­ment laisse le temps de faire la dif­fé­rence entre le cri des mar­mottes et ce­lui, plus bref, des ra­paces. Trois cols se­ront ain­si à fran­chir, por­tages et grim­pettes al­ter­nés, en plein al­page, avant d’at­teindre notre des­ti­na­tion. Un torrent à tra­ver­ser, une der­nière prai­rie à gra­vir, et sou­dain, le lac du Li­gnin s’offre à nous. Bor­dé de som­mets cou­pants comme des lames, de rives co­lo­rées par des herbes jau­nies de l’au­tomne, l’éten­due bleu­tée fait un lieu de bi­vouac idéal. Ma­gna­nimes, Fred et Ti­to nous ont at­ten­dus pour dé­cou­vrir cet en­droit ma­gique. Et c’est en file in­dienne que notre pe­tite ca­ra­vane s’ap­proche des ri­vages. Éco­lo­gi­que­ment res­pon­sables, nous ré­sis­tons vaillam­ment à l’en­vie ir­ré­pres­sible de rou­ler dans l’eau. En re­vanche, la sen­sa­tion des roues s’en­fon­çant dans la mousse des tour­bières est un vrai dé­lice ! On conti­nue nos plai­sirs épi­cu­riens avec une dé­gus­ta­tion de sand­wiches dans la plus pure tra­di­tion mon­ta­gnarde. Tomme lo­cale, jam­bon cru, pain de cam­pagne, les ber­gers d’an­tan de­vaient avoir des me­nus si­mi­laires. On mas­tique en si­lence, les yeux ri­vés sur les re­flets mi­roi­tants du lac. Une troupe de ran­don­neurs vient rompre le charme.

Der­nier col

Il est temps de re­prendre nos mon­tures pour une ul­time as­cen­sion vers la Baisse-duDé­troit. Ce der­nier ef­fort

L’eau tur­quoise du lac et l’or des tour­bières font de ce lieu un pur joyau al­pin.

dure un bon mo­ment. Mais tant pis pour le rythme, le pay­sage est trop beau et quelques ar­rêts s’im­posent. Ma­nou, sur­prise en pleine contem­pla­tion des som­mets, en convient. « Nous ne sommes qu’à deux heures de la Côte d’Azur, mais c’est un autre monde, ici ! » Ha­bi­tuée des lieux, elle n’est pas bla­sée et on la com­prend… Pe­tits dé­vers, fran­chis­se­ments de ruis­seaux, le par­cours de­vient tech­nique. Une ul­time marche en pierre fait po­ser pied à terre. Les cinq cents der­niers mètres se fe­ront en por­tage, tant pis pour l’amour-propre ! Au som­met, un vent gla­cial nous ac­cueille, in­ci­tant à ne pas traî­ner pour prendre la des­cente. Tant mieux, dans ce sens, la gra­vi­té est bien plus at­ti­rante ! Im­pos­sible pour­tant de se re­po­ser. Le che­min étroit longe un gi­gan­tesque pier­rier. Le pay­sage est presque lu­naire, avec du vide sur la gauche et un grand mur gris à droite. Pa­vé de mau­vaises pierres in­stables, ce single se mé­rite. Bien en­ten­du, c’est un terrain de jeu idéal pour Ti­to, en­traî­né à tra­ver­ser les Alpes. Le gaillard trace sa route sans frei­ner, sur­vo­lant la caillasse. Le pire, c’est qu’il ne porte même pas de gants ! Mais pour les autres, la pru­dence s’im­pose. Le pre­mier poste de se­cours n’est pas vrai­ment proche et per­sonne n’a en­vie de pas­ser par- des­sus le gui­don. Les roues de 29 font tou­te­fois beau­coup pour la sé­cu­ri­té dans ces condi­tions et l’on fi­nit par se re­lâ­cher un petit peu. Après un bon quart d’heure de des­cente conti­nue, nous at­tei­gnons la ca­bane fo­res­tière du Pas­quier. Tout au­tour, les mé­lèzes rendent le pay­sage plus ac­cueillant. Jean- Pierre nous montre com­ment uti­li­ser la pompe à main pour re­faire le plein d’eau. La suite du sen­tier, en sous-bois, laisse la part belle

au pi­lo­tage avec une terre bien plus meuble et quelques ra­cines à sau­ter… Ce n’est que du bon­heur jus­qu’à la Baisse-de-l’Or­geat. Là, nous re­joi­gnons une grosse piste caillou­teuse. Se­rait- ce dé­jà fi­ni ? Fort heu­reu­se­ment, Jean- Pierre s’ar­rête après quelques di­zaines de mètres de­vant un pan­neau in­di­quant « SP4 » . Il s’agit tout sim­ple­ment du dé­part d’une des spé­ciales de la Trans-

La des­cente, tech­nique dans le pier­rier, se faitf ait lu­dique en sous-bois.

Pro­vence. Nous nous re­mé­mo­rons ce que nous en ont dit les pi­lotes : « Phy­sique, avec une grosse mon­tée au mi­lieu. » Ça pro­met ! Sa­chant que les meilleurs ont af­fi­ché des chro­nos de sept mi­nutes, nous avons un bon re­père pour éva­luer notre forme après tant d’heures sur la selle. S’élan­cer dans le petit sin­gle­track des­cen­dant est d’abord un vrai plai­sir. Mais en quit­tant le rythme ran­do pour une vi­tesse plus éle­vée, on se rend compte de la dif­fi­cul­té du tra­cé. Les arbres sont proches, or­nières, ra­cines et ro­chers sont au­tant de pièges à évi­ter… Le pi­lo­tage à vue, ce n’est pas de tout re­pos ! La fa­meuse sec­tion de re­lance se pro­file, avec deux côtes as­sez raides. Il faut ré­sis­ter à l’en­vie de des­cendre du vé­lo pour pous­ser et se battre, at­ta­quer en dan­seuse les der­niers mètres pour en­fin at­teindre la route, ex­té­nués.

Fa­ti­gués, et heu­reux

Le plus ra­pide au­ra été Ti­to, en huit mi­nutes. Les autres au­ront “ou­blié” d’ap­puyer sur le bou­ton du chrono, c’est meilleur pour le mo­ral ! L’ar­ri­vée au four­gon marque la fin de l’aven­ture. En­fin presque, car une ran­do ne pour­rait être réus­sie sans le par­tage d’un der­nier verre à la ter­rasse du coin. Af­fa­lés dans des fau­teuils bien trop confor­tables en com­pa­rai­son de nos selles de VTT, nous nous ré­jouis­sons de pra­ti­quer un sport aus­si com­plet dans un pa­no­ra­ma aus­si gran­diose. On com­prend mieux le suc­cès in­ter­na­tio­nal de la Trans-Pro­vence et on goûte notre chance de vivre dans un pays aus­si bien adap­té à l’éva­sion…

La na­vette Pep’s nous dé­pose à la li­sière de la fo­rêt do­ma­niale du Haut-Ver­don. L’eau fraîche de la ca­bane

du Pas­quier est un ré­gal! Entre hauts pla­teaux et sous-bois co­lo­rés, on s’en met plein les yeux!

Après le lac, la mon­tée vers la Baisse-du-Dé­troit semble in­ter­mi­nable. La des­cente dans les pier­riers est sa­vou­reuse pour les pi­lotes tech­niques. Les autres ré­parent leurs cre­vai­sons… Le ra­vi­to en mon­tagne, un mo­ment ma­gique!

Sous un so­leil agres­sif, les mon­tées raides sur des sen­tiers étroits bor­dés de ra­vins à pic de­viennent vite spor­tives!

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