In­ter­view : Pauline Fer­rand- Pré­vot

“PFP” re­vient sur une sai­son 2014 his­to­rique, avec quatre titres na­tio­naux, un re­cord, des vic­toires en coupe du monde sur route et en VTT et le cham­pion­nat du monde sur route. La sai­son 2015, elle l’en­vi­sage avec beau­coup de sé­ré­ni­té et de confiance. Si

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Cette sai­son 2014 a été ex­cep­tion­nelle, com­ment l’ana­lyses- tu ?

Je ne m’at­ten­dais pas à au­tant de ré­sul­tats. Tout a com­men­cé en dé­but d’an­née car j’avais à coeur de prou­ver que je pou­vais me­ner de front route et VTT. La fé­dé­ra­tion me de­man­dait de faire un choix et m’orien­tait plu­tôt vers la route. Je suis rou­tière à la base mais je fais du VTT de­puis l’âge de 8 ans, j’adore ça et j’avais vrai­ment en­vie de leur prou­ver qu’ils se trom­paient, que je pou­vais faire les deux. C’était im­por­tant pour mon équi­libre. De plus, mon en­traî­neur, Lu­do­vic Du­bau, est un an­cien vé­té­tiste et je sa­vais qu’il pour­rait m’ap­por­ter beau­coup pour pro­gres­ser.

Tu as une idée sur les rai­sons qui pous­saient la fé­dé­ra­tion à te faire pré­fé­rer la route ?

J’ai tou­jours été plus consi­dé­rée comme une rou­tière que comme une vé­té­tiste. Je pense aus­si que Ju­lie Bres­set était une très belle am­bas­sa­drice de la dis­ci­pline et la fé­dé­ra­tion ne sou­hai­tait pas avoir deux filles dans ce rôle. C’est mon res­sen­ti, en tout cas. Mais comme je suis une per­sonne as­sez tê­tue, je crois que j’ai eu en­core plus de mo­ti­va­tion pour leur prou­ver leur er­reur ! Je n’aime pas qu’on choi­sisse à ma place. J’ai peut- être été un peu pi­quée dans mon or­gueil, et ce­la a été un mal pour un bien, fi­na­le­ment, je vou­lais mon­trer de quoi j’étais ca­pable !

Tu t’en­traînes de­puis long­temps avec Lu­do­vic Du­bau ?

J’ai com­men­cé of­fi­ciel­le­ment avec lui en no­vembre 2012, après les JO, mais je le connais de­puis long­temps car il est de ma fa­mille.

Avant cette fin d’an­née 2012, il te conseillait dé­jà ?

Oui, il a tou­jours été source de conseils, mais il res­pec­tait le tra­vail de mon en­traî­neur pré­cé­dent et il ne vou­lait pas trop prendre un rôle qui n’était pas le sien.

Pour cette sai­son 2014, tu as chan­gé quelque chose dans ta préparation ?

Pas tel­le­ment, en fait. Je me suis juste de­man­dé ce que je de­vais faire pour pro­gres­ser. J’ai donc dé­ci­dé de mettre en stand- by l’école pour ne me consa­crer qu’au vé­lo. Avant, je me le­vais à 6 heures du mat’, je ren­trais, je par­tais m’en­traî­ner, ce n’était pas idéal. J’ai donc ar­rê­té en fé­vrier. Jus­qu'à Rio, je ne re­pren­drai pas, on ver­ra en­suite ce que je fe­rai. Ma mère a eu un peu de peine, mais je ne pou­vais plus conti­nuer…

D’autres choses on­telles été mo­di­fiées ?

J’ai per­du beau­coup de poids, en­vi­ron 6 kg. Ce­la s’est fait un peu na­tu­rel­le­ment car je m’en­traî­nais beau­coup plus et puis, je me suis ren­du compte que je pou­vais op­ti­mi­ser mon rap­port poids/ puis­sance et je suis au­jourd’hui à un ra­tio idéal. C’est im­por­tant pour une spor­tive d’être af­fû­tée.

Dans cette préparation, que t'a ap­por­té Lu­do­vic Du­bau que tu n’avais pas pré­cé­dem­ment ?

Dé­jà, il s’en­traîne avec moi tous les jours. C’est im­por­tant quand je suis fa­ti­guée ou quand je gros­sis, par exemple, il a tou­jours un oeil sur moi ! Chaque ma­tin, je l’ai au té­lé­phone, bref, ce qu’il m’a ap­por­té, c’est de la confiance, car nous avons au­jourd’hui une belle com­pli­ci­té. Je me sens bien et c’est im­por­tant pour per­for­mer.

Pour 2015, la fé­dé­ra­tion, des spon­sors, pour­raient- ils t’in­ci­ter à être da­van­tage sur la route qu’en VTT ?

Non, je ne pense pas, car main­te­nant, ils ont tous bien com­pris. Ils iront plus dans mon sens, en­fin, je l’es­père !

Au ni­veau de l’en­traî­ne­ment, com­ment se passe le mé­lange des deux dis­ci­plines ?

Je garde au moins deux en­traî­ne­ments VTT par se­maine, sou­vent pour tout ce qui concerne l’in­ten­si­té. J’ai un cir­cuit tra­cé pour faire tout ce qui touche à la haute in­ten­si­té. Le tra­vail tech­nique, évi­dem­ment, se fait aus­si en VTT. Pour les sor­ties plus longues, comme celles que je fais d'ha­bi­tude le mer­cre­di, je roule sur

« Je suis une per­sonne as­sez tê­tue et je n'aime pas qu'on choi­sisse à ma place. »

route. Mais on es­saie vrai­ment de gar­der ce mix dans l’en­traî­ne­ment.

Ton ba­gage tech­nique, les ef­forts courts et in­tenses du VTT t’ont- ils ap­por­té un plus sur la route ?

C’est une cer­ti­tude. La route m’ap­porte énor­mé­ment pour le VTT, et in­ver­se­ment. L’ai­sance que j’ai dans un pe­lo­ton pour me pla­cer, pour frot­ter me vient du VTT, et c’est un vrai plus. Je pense être une des plus ha­biles au sein du pe­lo­ton. Ce­la m’ap­porte une grande sé­ré­ni­té dans les mo­ments un peu chauds et je n'y laisse pas du jus pour rien. Je n’ai pas peur et j’ai confiance en moi. Aux cham­pion­nats du monde, par exemple, il y a eu énor­mé­ment de chutes dans la des­cente, qui était très glis­sante, mais en ce qui me concerne, elle ne m’a ja­mais po­sé de pro­blèmes.

Tout ce­ci fait par­tie de tes points forts. Tu as en­core des points faibles ?

Je peux tou­jours ga­gner en force et en puis­sance. Au ni­veau de la tech­nique, j’ai beau­coup pro­gres­sé, mais il y a en­core des choses que j’ap­pré­hende un peu, comme les gros sauts. C’est vrai­ment ce sur quoi je veux tra­vailler cette an­née. Je dois aus­si bos­ser la lec­ture de terrain. J’ai des la­cunes dans le re­pé­rage des bonnes tra­jec­toires, j’ai sou­vent be­soin de quel­qu’un pour m’ai­der. Avec les courses, les en­traî­ne­ments, ce­la vien­dra au fil du temps.

De tes quatre titres na­tio­naux cette sai­son ( VTT, route, cy­clo- cross et contre- la- montre), y en a- t- il un que tu ap­pré­cies plus par­ti­cu­liè­re­ment ?

Sur la route, je tour­nais au­tour de­puis deux ou trois ans. J’étais forte mais pas as­sez in­tel­li­gente et ob­te­nir le maillot tri­co­lore cette an­née a été une grande joie. Je l’at­ten­dais beau­coup. En VTT, en 2013, j’avais fait deux tours de­vant Ju­lie Bres­set, je me suis un peu trop vue ga­gner ce jour- là et j’ai eu une grosse dé­faillance dans le der­nier tour ! Cette an­née, je suis sa­tis­faite de ce titre, bien sûr, mais la pré­sence de Ju­lie au­rait don­né plus de re­lief à ma vic­toire. J’au­rais ai­mé la battre à la ré­gu­lière ! Avec Ju­lie sur la ligne de dé­part, ce titre au­rait été en­core plus beau.

Au su­jet de Ju­lie, jus­te­ment, com­ment ana­lyses- tu sa contre­per­for­mance cette an­née après une sai­son 2013 par­faite ?

On est hu­mains, ce sont des choses qui peuvent ar­ri­ver. Sur­tout, je me rends vrai­ment compte des sol­li­ci­ta­tions qu’elle a dû avoir après son titre olym­pique. Quand je vois à quel point j’ai été de­man­dée après mon titre de cham­pionne du monde, j’ima­gine ce que ce­la a dû être pour elle. Je com­prends ce qu’elle a pu res­sen­tir.

Mais je sais qu’elle va re­ve­nir, et j’es­père que ce se­ra dès 2015. Il faut aus­si ti­rer les le­çons de ce­ci, main­te­nant, il faut ap­prendre à dire non, même si ce­la ne plaît pas for­cé­ment aux gens, il faut faire des choix.

Tu gères ça com­ment, toi ?

Quand ça marche, il y a du monde, quand ce n’est plus le cas, il n’y a plus per­sonne. Je me mé­fie un peu des gens. Je ré­ponds aux dif­fé­rentes sol­li­ci­ta­tions, mais ce­la ne doit pas trop in­ter­fé­rer sur ma vie ou mon en­traî­ne­ment. Les gens ne com­prennent pas tou­jours, mais tant pis, il ne faut pas se lais­ser dé­bor­der. Le vé­lo, ce n’est pas du show- biz, c’est de l’en­traî­ne­ment, du som­meil, un rythme à res­pec­ter. Je tiens vrai­ment à ce­la.

Il y a une autre cham­pionne dans ton en­tou­rage, Ma­rianne Vos, quelles sont vos re­la­tions au­jourd’hui ?

Ma­rianne est une per­sonne très dis­crète. On s’échange des SMS toutes les se­maines, ce­pen­dant. Aux cham­pion­nats du monde, elle a été dé­çue de perdre son titre, mais quitte à ne pas l'avoir, elle pré­fé­rait que ce soit moi qui le prenne ! De­puis que je suis ren­trée à la Ra­bo­bank, elle m’a prise sous son aile et ce titre lui a fait fi­na­le­ment très plai­sir.

Tu as beau­coup ap­pris à son contact ?

C’est quel­qu’un de mé­tier, elle par­tage beau­coup. Elle ne dit pas for­cé­ment énor­mé­ment de choses mais elle ap­porte sou­vent des pe­tits conseils aux­quels il faut être at­ten­tive… Je ne di­rais pas que c’est mon idole, mais ce­la a tou­jours été une ré­fé­rence, en tout cas, donc j’écoute tou­jours avec plus d’at­ten­tion quand ce­la vient de sa part.

Pour la sai­son 2015, son lea­der­ship est re­mis en cause à ton pro­fit ?

Non, à la Ra­bo­bank, nous sommes deux à avoir un ni­veau à peu près si­mi­laire et nous al­lons nous par­ta­ger les courses comme cette an­née. Ma­rianne m’a ai­dée sur la Flèche wal­lonne, je l’ai ai­dée sur le Gi­ro, c’est du don­nant­don­nant, c’est pour ce­la que ce­la marche dans notre équipe et que l’on s’en­tend bien. Ja­mais je ne re­fu­se­rai de l’ai­der, et c’est ré­ci­proque, il y a beau­coup de res­pect mu­tuel entre nous deux.

Pour re­ve­nir au VTT, quels sont tes ob­jec­tifs ?

Dès l’an­née pro­chaine, je sou­haite m’ali­gner sur toutes les manches de coupe du monde VTT pour pou­voir jouer le gé­né­ral. Le cham­pion­nat du monde VTT est aus­si un ob­jec­tif im­por­tant. Je veux bien ci­bler mes ob­jec­tifs pour réus­sir une bonne sai­son.

Le matériel, c’est une chose à la­quelle tu prêtes at­ten­tion ?

Oui. Cette an­née, j’ai été très dé­çue par l’équipe avec le matériel que j’ai pu re­ce­voir. Je n’avais si­gné un contrat que pour la route. À cô­té de ce­la, j’ai été in­té­grée à l’équipe Giant en VTT et je ne sais pas ce qu’il s’est réel­le­ment pas­sé, mais j’ai eu l’im­pres­sion de ne pas être prise trop au sé­rieux, du coup, ce­la s’est mal pas­sé ni­veau ma­tos cette an­née. Par exemple, je n’ai eu qu’une seule chaîne pour toute la sai­son ! Quand j’ai re­si­gné avec Ra­bo­bank, j’ai été claire sur ce que je sou­hai­tais à ce ni­veau.

Et au ni­veau de ton vé­lo en lui- même, tu étais sa­tis­faite ?

Le vé­lo en 27,5’’ m’a été im­po­sé en dé­but d’an­née et ce­la ne me plai­sait pas for­cé­ment : j’ai­mais beau­coup le 29. Fi­na­le­ment, après les pre­miers es­sais, j’ai car­ré­ment chan­gé d’avis et j’ai été hy­per sa­tis­faite ! Le 29 était confor­table mais beau­coup moins réac­tif et ner­veux. Comme je suis pe­tite, en 29, je res­sem­blais à une gre­nouille sur une boîte d’al­lu­mettes ! Main­te­nant, c’est mieux !

Tu par­tages au­jourd’hui ta vie avec un tri­ath­lète ( Vincent Luis), vous vous en­traî­nez en­semble ? Il te conseille lui aus­si ?

Il a été l’une des prin­ci­pales rai­sons de cette bonne sai­son 2014. Ce­la fait un peu plus de trois ans que nous sommes en­semble, mais il a au­jourd’hui une bonne ma­tu­ri­té spor­tive, il a confiance en lui et il m’a énor­mé­ment ap­por­té à ce ni­veau. Je dou­tais sou­vent et il m’a beau­coup ai­dée psy­cho­lo­gi­que­ment à mieux gé­rer mes courses, ma sai­son, mes jour­nées d’en­traî­ne­ment. Avant, je râ­lais pour faire quatre heures de vé­lo et quand je vois que lui s’en­traîne quatre fois par jour, je re­la­ti­vise ! Il s’en­traîne aus­si avec moi. Il n’avait pas de VTT, je lui en ai ache­té un et il va aus­si pou­voir rou­ler avec moi sur les che­mins, ça va être gé­nial !

Jus­qu'à quand ton contrat avec Ra­bo­bank court- il ?

J’avais en­core un contrat jus­qu'à fin 2015 et je viens de re­si­gner aus­si 2016. Pour être pré­cise, ce n’est pas en­core of­fi­ciel, mais j’ai don­né mon ac­cord ver­bal et la si­gna­ture ne va se faire que dans quelques jours ( dé­but décembre, NDLR). Ce ne se­ra donc plus un scoop pour la sor­tie du mag, mais j’en ai un autre si tu veux, c’est l’ar­ri­vée de Ma­rianne ( Vos) sur les coupes du monde VTT en 2015 !

C’est de te voir rou­ler en VTT qui l’a mo­ti­vé ?

Non, pas vrai­ment, elle avait dé­jà tes­té l’an­née der­nière sans être vrai­ment pré­pa­rée. Elle avait quand même ob­te­nu une 11e place à Nove Mes­to, ce qui est plu­tôt bon. Tech­ni­que­ment, elle a beau­coup de choses à ap­prendre, elle a en­core une bonne marge de pro­gres­sion.

Tu vas l’ai­der dans ce do­maine ?

Oui, on va faire des stages en­semble. Un team va être créé au sein de Ra­bo­bank. J’ai de­man­dé à ce qu’Os­car Saiz soit le team- ma­na­ger, c’est un ex­cellent tech­ni­cien, en­traî­neur de Dan­ny Hart en des­cente. C’est lui qui va nous coa­cher toutes les deux et nous ai­der pour la re­co des cir­cuits, des tra­jec­toires, etc.

Pour­quoi ce choix de Ra­bo­bank de créer un team VTT ?

C’est es­sen­tiel­le­ment pour pou­voir nous gar­der, Ma­rianne et moi. Nous au­rons un mé­ca­no cha­cune dans cette struc­ture Ra­bo­bank- Liv.

Pour fi­nir, une jour­née type de Pauline Fer­rand-Pré­vot, c'est quoi ?

Je m’en­traîne ! Vincent va au Creps chaque ma­tin pour cou­rir et faire du ren­for­ce­ment mus­cu­laire et je vais sou­vent avec lui. En­suite, dé­jeu­ner et on part rou­ler l’après- mi­di. Le soir, c’est sou­vent ki­né, re­pos ou faire les trucs chiants de la vie de tous les jours : courses, etc. ! Mais du­rant 90 % de ma jour­née, je fais des choses dé­diées au vé­lo…

In­ter­view

Pauline

Fer­rand- Pré­vot

p. 106

Maillot tri­co­lore sur les épaules, à l'ar­ri­vée ou en ac­tion, pour la fi nale de la coupe du monde à

Mé­ri­bel, où elle pren­dra une belle troi­sième place, mal­gré une chute et une

dou­leur au poi­gnet.

Par­te­naires, spon­sors, presse, les sol­li­ci­ta­tions sont au­jourd'hui nom­breuses comme ici cette séance pho­to mais "PFP" re­fuse de se lais­ser dé­bor­der. Tout comme en course ( pho­to ci- des­sus) !

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