Sto­ry Roc d’Azur, plus de 30 ans de suc­cès

Après plus de 30 an­nées d’exis­tence, le Roc d’Azur reste le plus grand évé­ne­ment VTT du monde. Comment une « mi­nus­cule » épreuve a-t-elle pu ar­ri­ver au som­met ? C’est ce que Bike vous ex­plique avec l’aide des dif­fé­rents or­ga­ni­sa­teurs de l’épreuve. Suc­cess

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L’image est de­ve­nue cé­lèbre, ils sont 7 « cy­clistes » ali­gnés sous une ban­de­role pour le dé­part de ce pre­mier Roc d’Azur. C’était en 1984, du cô­té de Co­go­lin, et au gui­don de leur « mountain-bike » et de leur cy­clo­cross (!), ils al­laient de­voir re­joindre Saint-Tro­pez via un par­cours de 60 km dans l’aride ar­rière-pays. « L’idée était de par­tir du mas­sif des Maures et de re­joindre la place des Lys, de SaintT­ro­pez » , com­mente Sté­phane Hau­vette, l’ins­ti­ga­teur de l’évé­ne­ment. Lui, qui pos­sé­dait dé­jà une so­cié­té d’or­ga­ni­sa­tion spor­tive, cher­chait de­puis quelque temps un nou­veau sport à im­por­ter sur le ter­ri­toire fran­çais, et ce se­ra donc le mountain-bike. « Dès le dé­part, j’ai cru au suc­cès de cette dis­ci­pline et de cet évé­ne­ment, re­con­naît-il, c’était pour moi une évi­dence.» Pour­tant, la “mayon­naise” ne prend pas si vite au­près des ac­teurs du mar­ché, en pleine dé­con­fi­ture en ce dé­but des an­nées 80. Et mis à part lui, ceux qui croient en l’émer­gence du VTT sont peu nom­breux. Tel­le­ment convain­cu par sa vi­sion, Sté­phane fonde du même coup l’AFMB ( As­so­cia­tion fran­çaise de mountain- bike) afin de dé­ve­lop­per la dis­ci­pline dans l’Hexa­gone : « Cette pre­mière édi­tion du Roc fut un peu dé­ce­vante, mais il était évident qu’il vien­drait plus de concur­rents au fil des ans. » Pour­tant, il fau­dra en­core at­tendre quelques an­nées avant que le taux de par­ti­ci­pa­tions sur le Roc d’Azur n’ex­plose. Ju­gez- en plu­tôt, avec 30 par­ti­ci­pants lors de la 2e édi­tion, puis 120 sur la 3e. « Je ne me suis ja­mais dé­mo­ra­li­sé, même si fi­nan­ciè­re­ment, c’était ca­tas­tro­phique. C’était juste que les an­nées me sem­blaient très longues avant chaque nou­velle édi­tion», re­con­naît Sté­phane. Et ce, même si très vite, les « stars » de la dis­ci­pline ré­pondent pré­sents et que le ni­veau de la course ne cesse d’aug­men­ter. Jacques De­vi, Pa­trice Thé­ve­nard, Olaf Can­dau et Bru­no Le­bras, entre autres, tous les cham­pions vien­dront en dé­coudre sur la Côte d’Azur en fin de sai­son. C’est aus­si à cette époque, à la toute fin des an­nées 1980, que le sport ex­plose lit­té­ra­le­ment, ame­nant la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de cy­clisme à re­con­naître le VTT et à ab­sor­ber l’AFMB, avec à la clé, pour Sté­phane Hau­vette, la pré­si­dence de la com­mis­sion na­tio­nale de VTT. C’est aus­si à cette époque, plus exac­te­ment en 1989, que le Roc d’Azur dé­passe la barre des 1 000 ins­crits avant de dou­bler le score, avec plus de 2 000 concur­rents, 3 ans plus tard, en 1992. « Ça com­men­çait en­fin à res­sem­bler à l’épreuve de masse que je dé­si­rais pro­po­ser aux gens. Et comme j’y avais tou­jours cru, je n’ai pas été sur­pris du suc­cès, mais juste li­bé­ré », s’amuse-t-il. Mais bien que l’épreuve soit de­ve­nue le plus grand ras­sem­ble­ment VTT de l’his­toire, et du monde, Sté­phane est loin de ga­gner sa vie avec. « Le Roc ne m’a ja­mais rap­por­té d’ar­gent, et plus nous avions d’ins­crip­tions, plus il nous coû­tait cher à or­ga­ni­ser. De plus, je sa­vais qu’il nous fal­lait dé­mé­na­ger de Ra­ma­tuelle, où le Roc s’était ins­tal­lé dès la deuxième édi­tion, mais je n’ar­ri­vais pas à trou­ver de so­lu­tion. »

Créa­tion

Ar­rive alors pour Sté­phane le mo­ment de se sé­pa­rer de sa créa­tion : « J’avais, avec la Fé­dé, l’ob­jec­tif d’or­ga­ni­ser les cham­pion­nats du monde de VTT, en France, et comme l’ob­jec­tif a été at­teint à Mé­ta­bief, en 1993, je pou­vais en­fin “bou­cler la boucle” et re­vendre le Roc. » Et comme, au même mo­ment, la FFC et son agence de mar­ke­ting ISL, do­tée d’un

Seule­ment 7 concur­rents au dé­part du Roc, en 1984 !

gros spon­sor (La Poste) re­cher­chaient un évé­ne­ment, l’ac­cord s’est conclu très ra­pi­de­ment entre les 2 par­ties. Et Sté­phane d’avouer en ri­go­lant : « Je ne pense même pas que j’ai réus­si à me rem­bour­ser. » Dans la conti­nui­té du tra­vail dé­jà ac­com­pli, les nou­veaux or­ga­ni­sa­teurs vont s’oc­cu­per prin­ci­pa­le­ment de dé­ve­lop­per le cô­té mar­ke­ting du Roc, alors que, spor­ti­ve­ment, l’épreuve de­vient la fi­nale de la Coupe de France de VTT. Le nombre de par­ti­ci­pants ex­plose lit­té­ra­le­ment à 4 000 vé­té­tistes. Et comme pré­sa­gé par Sté­phane Hau­vette, le site Léo-La­grange de­vient trop exi­gu ; l’épreuve dé­mé­nage alors, en 1996, sur la com­mune de Co­go­lin, avec une nou­velle par­ti­ci­pa­tion re­cord, por­tée à 6 000 concur­rents. Ce n’est que l’an­née sui­vante que le Roc d’Azur re­joint la base na­ture de plein air de Fré­jus, site qui l’ac­cueille en­core au­jourd’hui. Le nombre de par­ti­ci­pants n’en fi­nit pas de s’en­vo­ler, avec 8 500 cou­reurs, alors que Mi­guel Mar­ti­nez rem­porte l’épreuve, un an après sa mé­daille de bronze des JO. Nou­veau re­cord en 1998, où le nombre d’ins­crits dé­passe pour la pre­mière fois les 10 000 per­sonnes, puis 12 900 pour la der­nière an­née du mil­lé­naire. L’épreuve at­teint alors ses li­mites de ca­pa­ci­té sur 2 jour­nées d’épreuve, mais aus­si avec une grosse co­hue dans les dé­parts et d’in­nom­brables bou­chons dans les sen­tiers étroits. Aus­si, lorsque, en 2001, la so­cié­té Ha­vas Sport se porte ac­qué­reuse des parts que la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de cy­clisme pos­sède sur l’épreuve, la prio­ri­té pour la nou­velle équipe est d’har­mo­ni­ser le ren­dez-vous. « Nous avons donc ré­amé­na­gé l’évé­ne­ment en com­plé­tant la jour­née du ven­dre­di avec d’autres épreuves, comme le Roc Ma­ra­thon, mais aus­si en éta­lant les dé­parts sur dif­fé­rentes vagues, afin d’ob­te­nir un meilleur flux » , ana­lyse Be­noît Roy, di­rec­teur de l’évé­ne­ment de l’époque.

Un suc­cès tou­jours gran­dis­sant, avec plus de 20 000 cou­reurs.

Ma­ra­thon

Du coup, le Roc se dé­ve­loppe en­core consi­dé­ra­ble­ment en taille, avec un sa­lon d’ex­po­sants tou­jours plus grand, alors que de nou­velles épreuves et des par­cours in­édits naissent presque chaque an­née. « Nous avions comme ob­jec­tif de réunir toutes les dis­ci­plines du vé­lo sur l’évé­ne­ment, donc nous en­vi­sa­gions dé­jà d’ou­vrir l’épreuve, du mer­cre­di (où il exis­tait dé­jà l’épreuve pour les en­fants, NDLR) au di­manche.» D’où l’ap­pa­ri­tion, très éphé­mère d’une épreuve sur route, le Route d’Azur. Puis, en 2003, et pour la 1re fois de­puis sa créa­tion, le Roc d’Azur ré­gresse en nombre d’ins­crip­tions, avec « seule­ment » 11 150 pi­lotes – cer­tains peut-être re­froi­dis par les inon­da­tions ex­cep­tion­nelles du mo­ment. Mais en 2011, la so­cié­té Spor­tys, qui a pris le re­lais de Ha­vas, avec la même équipe, dé­pose le bi­lan, et le Roc se re­trouve une nou­velle fois en vente. Et alors que la So­cié­té du Tour de France n’était pas in­té­res­sée par l’évé­ne­ment, en 1993, c’est bien Amau­ry Sport (ASO), au­jourd’hui dé­ten­teur du Tour de France, qui ré­cu­père le jack­pot pro­ven­çal et conti­nue sur la lan­cée du suc­cès. « Je dis tou­jours que nous avons ré­cu­pé­ré une pé­pite, et que nous avons juste à la po­lir » , s’amuse Alexandre Mas­lin, le res­pon­sable des Roc Se­ries, chez ASO. Preuve à l’ap­pui, pour ses 30 ans d’exis­tence, en 2013, l’épreuve re­groupe un re­cord de 19 700 par­ti­ci­pants, mais aus­si 300 ex­po­sants et 150 000 vi­si­teurs, sur 5 jours ! Le Roc pro­pose éga­le­ment nombre de dis­ci­plines. De­puis le XC des dé­buts et les dif­fé­rentes ani­ma­tions de trial ou BMX, le slo­pe­style

a vu le jour, sui­vie de l’en­du­ro, la DH, le XC ur­bain, et, plus ré­cem­ment, le triath­lon et le VTT AE. « C’est le plus gros évé­ne­ment VTT au monde, il n’y a pas d’équi­valent ailleurs , com­mente Alex. Nous avons donc prin­ci­pa­le­ment tra­vaillé à l’in­ter­na­tio­na­li­ser car son po­ten­tiel est dé­jà bien en place, tant pour les par­ti­ci­pants, les ex­po­sants que les vi­si­teurs. » Et pour ce­la, ASO pos­sède une force de frappe de 35 per­sonnes, qui tra­vaillent d’ar­rache-pied toute l’an­née, en vue d’or­ga­ni­ser l’épreuve : « Nous avons ré­cu­pé­ré une or­ga­ni­sa­tion dé­jà ma­ture et nous sa­vons que nous ne pou­vons plus ra­jou­ter de jour­nées, ni guère aug­men­ter le nombre de par­ti­ci­pants. On es­saye donc de conten­ter au maxi­mum ceux qui viennent, avec de nou­velles dis­ci­plines, comme le Triath­lon na­ture, de­puis 2012, et les Roc Gravel et Roc Tro­phy cette an­née. » Très im­pli­qués dans la dis­ci­pline, les membres d’ASO suivent donc en per­ma­nence les ten­dances VTT, mais s’ap­pliquent aus­si à of­frir une cer­taine har­mo­nie sur l’épreuve. D’où l’ar­rêt de l’épreuve qui se dé­rou­lait à Sain­teMaxime, trop loin du site de Fré­jus : « Nous sommes tou­jours dans l’ajus­te­ment des ki­lo­mé­trages, avec l’ajout d’épreuves, tel que le Gravel ou le Tro­phy (cu­mul d’épreuves sur 4 jours NDLR) qui sont dé­jà com­plètes. Nous sommes là pour le dé­ve­lop­pe­ment du sport, comme en té­moigne le Roc élec­trique, lan­cé ti­mi­de­ment il y a 4 ans.» Mais au-de­là de ce suc­cès « su­diste », le Roc est do­ré­na­vant de­ve­nu une sé­rie, ex­por­tée à la mon­tagne, le Roc des Alpes, et dans les Ar­dennes belges : « Nous es­sayons d’avoir de la co­hé­rence entre ces épreuves, si­tuées à dif­fé­rentes sai­sons de l’an­née, afin que les gens puissent ca­den­cer leur sai­son au rythme de celles des dif­fé­rents Roc, avec le pro­jet de s’ou­vrir sur d’autres ter­ri­toires, dans l’ave­nir. » On le voit, après 32 an­nées d’exis­tence, le Roc d’Azur fait tou­jours le plein, d’ins­crits et de suc­cès, avec un der­nier re­cord en date, ce­lui de l’édi­tion 2015, qui a re­grou­pé pas moins de 20 365 ins­crits, entre cou­reurs pro et ama­teurs de tous âges, « des­cen­dus » sur la Côte d’Azur afin de cé­lé­brer leur fin de sai­son en beau­té, sur les bords de la Mé­di­ter­ra­née. À peine mar­quée par son âge, l’épreuve a par­fai­te­ment su s’adap­ter aux dif­fé­rentes mou­vances du VTT, sans ja­mais re­nier ses ori­gines, et son créa­teur, Sté­phane Hau­vette, peut être fier de son suc­cès, même s’il avoue hum­ble­ment : « Je n’ai plus le même at­ta­che­ment pour l’épreuve, je m’en éloigne et la re­garde de loin, même si je suis heu­reux qu’elle fonc­tionne et que l’on m’en parle tou­jours. »

Ils sont 7 seule­ment, mais 13 ins­crits (!), sur les hau­teurs de Co­go­lin, à l’au­tomne 1984, pour 60 km de pur VTT qui les amè­ne­ront à Saint-Tro­pez, avec un seul vain­queur, Lar­di Mi­doune (ci- des­sous).

Le Roc d’Azur, c’est une énorme or­ga­ni­sa­tion avec des bé­né­voles, des se­cours, des ra­vi­taille­ments et des mo­tos ou­vreuses, pour le plus grand plai­sir de tous, à VTT élec­triques, sur les hau­teurs de Fré­jus ou en cu­lottes courtes, comme lors du Roc Kids.

L’en­droit my­thique du Roc d’Azur, c’est bien le col du Bou­gnon, vé­ri­table « Alpe d’Huez » du VTT.

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