Beach Boys

Bike (France) - - Dans De… La Roue -

« Beach boys », les deux su­distes ont pour pas­sion le vé­lo, mais aus­si leur ré­gion et le so­leil. Prendre du plai­sir, pro­fi­ter, sur le vé­lo comme dans la vie, ce pour­rait être leur de­vise. D’où ce choix du vt­tae, fait au tout dé­but de l’aven­ture, dès 2011, alors que per­sonne n’en parle. « Pas pour s’éco­no­mi­ser, mais pour pro­fi­ter plus long­temps de la no­tion de plai­sir », comme le pré­cise Claude.

C’était comme une évi­dence. Pour ce pre­mier nu­mé­ro de e-Bike après le hors-sé­rie de l’an­née der­nière, un couple s’im­po­sait na­tu­rel­le­ment pour ce « Dans la roue de… » Leurs noms avaient fait un pe­tit buzz lors d’une an­nonce de La­pierre en 2015 : « Bru­ni et Ver­gier ar­rivent dans le e-Bike ! » Les deux jeunes stars mon­tantes de la DH fran­çaises al­laient donc dé­jà lâ­cher un fu­tur pro­met­teur, à trus­ter les po­diums qui ne man­que­raient pas de se pré­sen­ter à eux dans les an­nées à ve­nir ? ! Pas exac­te­ment. Il fal­lait lire quelques lignes plus bas pour connaître les pré­noms de ces deux-là : Claude et Jean-Pierre, res­pec­ti­ve­ment pères de Lo­ris et Loïc. Des « fils de », dans le monde du sport, on en connaît quelques-uns, mais des « pères de », c’est une pre­mière !

La Roue Libre

Ren­dez-vous était donc pris au shop La Roue libre de Cagnes- sur- mer, chez Claude Ver­gier. C’est as­sis der­rière son comp­toir qu’il nous ac­cueille : « JP ne va pas tar­der, je lui ai don­né ren­dez-vous à 9 h 30 donc il de­vrait être là vers 11h ! » Le ton est don­né, ce se­ra cham­brage et bonne am­biance pour cette jour­née ! La Roue Libre fait la part belle à l’élec­trique, La­pierre Over­volt et Hai­bike X et Sduro sont par­tout, c’est à peine s’il reste quelques racks pour les vtt « mus­cu­laires » et la route. « Nous sommes spé­cia­li­sés dans l’élec­trique et connus comme tels », pré­cise Claude. Il ajoute : « Et puis, La­pierre a tout com­pris au vé­lo élec­trique, le der­nier mo­dèle est juste in­croyable ! » L’am­bas­sa­deur de la marque di­jon­naise a sû­re­ment un peu de par­ti pris, mais il semble convain­cu. JP ar­rive fi­na­le­ment avec un bon quart d’heure d’avance sur l’ho­raire pré­vu par son com­père. Mais les nou­velles ne sont pas trop ré­jouis­santes : « Je me suis cas­sé l’omo­plate, ça fait dé­jà quelques se­maines, mais je ne peux tou­jours pas rou­ler. » Nous al­lons donc adap­ter l’in­ter­view et trans­for­mer le « Dans la roue de… » en un « À cô­té de, dans le ma­ga­sin de Claude… », ça de­vrait le faire aus­si ! Claude re­tourne aux af­faires avant la sor­tie pré­vue pen­dant la fer­me­ture du ma­ga­sin, entre 12h et 14h30. J’en pro­fite pour dis­cu­ter avec JP. Spor­tif pas­sion­né, il a pra­ti­qué le vtt sous toutes ses formes. « Mon truc, à la base, c’est la DH, mais j’ai aus­si quelques Trans­vé­su­biennes à mon ac­tif (dont trois vic­toires en 1996, 99 et 2001 NDLR). L’élec­trique, j’y suis ve­nu alors que je rou­lais pour Sun­tour, qui tra­vaillait avec 8Fun, le fa­bri­cant taï­wa­nais des pre­miers

« Ma 1re e-Trans­vé­su­bienne, c’était en 2013, une ga­lère avec le mo­teur dans la roue ar­rière ! », JP Bru­ni

mo­teurs dans la roue ar­rière, c’était en 2011. Ils m’ont pro­po­sé d’es­sayer et je me suis lan­cé. » Après quelques mois d’essais, Jean-Pierre dé­cide de s’ali­gner, en 2013, sur la Trans­vé­su­bienne, pour un test gran­deur na­ture, il ra­conte : « Le mo­teur était dans la roue ar­rière et on mon­tait ça sur nos cadres. Ça pe­sait un âne mort et les mo­teurs n’avaient pas la puis­sance af­fi­chée au­jourd’hui. Pour­tant, je n’ai pas pen­sé à ces pe­tits dé­tails après mes quelques tours de roues d’es­sai. Je me suis dit que la course al­lait vrai­ment être fa­ci­li­tée avec ce sys­tème. L’er­reur ! J’ai dû mettre 12h en me met­tant dans le rouge com­plet tout le temps, ter­mi­nant sans bat­te­rie et mau­dis­sant tous ces por­tages qui n’en fi­nis­saient pas et de­ve­naient une belle ga­lère avec mon truc de 25 kg ! » Mal­gré cette pre­mière course com­pli­quée, la pas­sion était née, même si la DH reste en­core une prio­ri­té. « En­core au­jourd’hui, j’aime bien prendre mon vé­lo de DH et les

com­pets m’in­té­ressent. Avec l’élec­trique, même s’il y a les com­pé­ti­tions, avec UCC no­tam­ment, ce qui me plaît c’est le fait de pou­voir rou­ler avec les potes, dans un es­prit ran­do et pour se ti­rer un peu la bourre par­fois. J’em­mène tou­jours les vé­los en va­cances et main­te­nant, ma femme et ma fille peuvent en pro­fi­ter avec moi », ajoute-t-il. La fa­mille, c’est aus­si Loïc, le fren­chie du Team Spe­cia­li­zed. « Lui, il a dû es­sayer vite fait sur un par­king, mais ce n’est pas son truc, pas en­core ! » Claude nous an­nonce qu’il est l’heure de fer­mer la bou­tique et d’al­ler se dé­gour­dir les jambes. JP nous quitte à re­gret, mais on se pro­met de rou­ler en­semble très bien­tôt ! « On part du ma­ga­sin, et dans moins de dix mi­nutes, nous sommes sur les pistes, on roule presque tous les mi­dis avec mes mé­ca­nos, Fred et Ch­ris­tophe. » C’est donc à cinq, il faut ajou­ter Cy­ril et son ma­tos photo que l’on quitte la roue libre. « C’est top d’avoir un tel site si près du ma­ga­sin, tu vas voir c’est vrai­ment adap­té à l’élec­trique,

cer­tains sec­teurs sont vrai­ment dé­li­cats », an­nonce Claude. Nous sommes ef­fec­ti­ve­ment vite dans le ton avec un bon rai­dar re­cou­vert de pierres et une bonne pe­tite marche à fran­chir pour at­ta­quer les singles, le trot­toir et la cir­cu­la­tion ne sont pour­tant qu’à quelques mètres der­rière nous, je com­prends mieux que les deux « an­ciens » du team La­pierre aient le ni­veau avec un tel sec­teur d’en­traî­ne­ment ! Ça grimpe, long­temps, mais l’as­sis­tance nous per­met d’être fo­ca­li­sés sur le seul plai­sir des fran­chis­se­ments, c’est tech­nique et on se ré­gale. D’au­tant plus que l’on prend ra­pi­de­ment de la hau­teur et que la vue sur la mer se des­sine. Claude se fait guide tou­ris­tique : « Juste en bas, der­rière la butte, c’est Cagnes, c’est de là que l’on vient. La vue sur la mer est top, quand le ciel est bien dé­ga­gé, on voit toute la chaîne de mon­tagnes der­rière et même la Corse par­fois. » Il ajoute pen­dant que l’on conti­nue notre che­mi­ne­ment : « Nous sommes en fait sur un site pri­vé. Le pro­prié­taire vou­lait faire construire une grosse pro­prié­té. Comme ce­la lui a été re­fu­sé, il a vo­lon­tai­re­ment lais­sé se créer une dé­charge à ciel ou­vert. Main­te­nant, c’est re­cou­vert, mais la pol­lu­tion reste pré­sente dans le sol. Je ne com­prends pas ce genre de com­por­te­ment, mais en même temps je me dis que ces dé­chets, c’est nous aus­si qui les pro­dui­sons. »

Ca­fé time

Sen­sible à l’en­vi­ron­ne­ment, il ap­pré­cie aus­si le calme du site et son ca­rac­tère sau­vage. D’ailleurs, nous sommes bien seuls sur le site. Seul un Nor­vé­gien per­du vient nous de­man­der par où il peut re­des­cendre. Alors que Claude lui in­dique les dif­fé­rentes pos­si­bi­li­tés, il le re­con­naît : « You’re Lo­ris Ver­gier’s fa­ther, aren’t you ? » Claude confirme ra­pi­de­ment d’un sou­rire et d’un ho­che­ment de tête, dis­cret le Claude ! Nous fai­sons une pre­mière pause photo, à quelques mètres d’un gros gap na­tu­rel, je jette un coup d’oeil, c’est non pour moi ! Idem pour Fred et Ch­ris­tophe, les deux mé­ca­nos de Claude qui ont pour­tant un jo­li coup de gui­don. Pa­pa Ver­gier n’a quant à lui presque pas pris le temps de re­gar­der la ré­cep’ il est dé­jà re­tour­né quelques mètres plus haut pour prendre son élan. Il crie à Cy­ril qui pré­pare son ma­tos photos : « Dis-moi quand tu es prêt ! » Au « top », il s’élance. Ça passe crème ! Et les deux ou trois pas­sages sui­vants aus­si ! « J’ai com­men­cé le vé­lo sur le tard en par­tant de zé­ro, avec JP. Au dé­but, j’étais très très loin, phy­si­que­ment et tech­ni­que­ment, main­te­nant ça va mieux, mais JP reste beau­coup plus cascadeur que moi. Il tente tout ce qui se pré­sente. Par­fois ça passe, par­fois ça casse ! Il s’est fait quelques bles­sures lui ! » On pro­fite en­core du cir­cuit, tou­jours aus­si pen­tu et jon­ché de pierres avant la pause dé­jeu­ner. Pan ba­gnat et jus de fruit au pro­gramme. As­sis sur un ro­cher, face à la mer au loin, le so­leil est voi­lé, mais c’est suf­fi­sant pour être po­sé tran­quille­ment, pro­fi­ter du calme et du pay­sage. « Tu te rends compte, on est à peine à dix mi­nutes du cen­tre­ville, et il n’y a pas un bruit ! » Le su­diste aime sa ré­gion et ça se sent. Je lui ra­conte la vue de mon bu­reau, sur un centre Leclerc en ré­gion pa­ri­sienne, ça le fait bien rire ! L’heure tourne, il est temps de re­des­cendre vers Cagnes. Le ciel s’est voi­lé, mais pas suf­fi­sam­ment pour nous ca­cher la mer. La des­cente se fait tran­quille­ment, plus fa­cile que la mon­tée. Claude nous pro­pose un pe­tit ca­fé chez lui, à quelques mi­nutes seule­ment du ma­ga­sin. Deux voi­tures, plu­tôt spor­tives, sont ga­rées dans la cour. « Elles ont toutes les deux des pe­tits coups, j’ai deux pi­lotes à la mai­son ! », pré­cise Claude. On parle un peu de JP : « C’est un ami, il n’y a pas grand-chose d’autre à dire. Il a long­temps ha­bi­té à quelques pas d’ici et nos fa­milles se re­trouvent sur les courses à l’étran­ger, on en pro­fite pour se faire quelques va­cances en­semble. Vé­lo ou pas vé­lo, nous res­te­rons amis. » À 53 ans, Claude com­mence à prendre un peu ses dis­tances avec la com­pé­ti­tion : « Le contrat avec La­pierre est ter­mi­né. C’est avec eux que nous avons com­men­cé la com­pé­ti­tion et c’était une bonne pé­riode. C’est bien comme ça, le vé­lo est ma pas­sion, ce n’est pas de­main que j’ar­rê­te­rai, mais ne pas rou­ler en com­pé­ti­tion, c’est aus­si bien main­te­nant. » Son évé­ne­ment de ré­fé­rence, c’est la Trans­vé­su­bienne, pre­mière vic­toire en 2000, se­conde en 2002, en 1999 et 2001, c’était pour JP,

« JP est ra­pide en des­cente, plus cascadeur que moi, par­fois ça passe, par­fois ça casse ! »

ain­si qu’en 1996 ! Il ra­conte : « On rou­lait en­semble, on par­ta­geait la Po­wer­bar, en­suite, c’était cha­cun pour sa peau ! JP me la col­lait en des­cente, mais je re­ve­nais bien dans le rou­lant. Bref, j’ai tou­jours ai­mé l’ef­fort et le sport. Au­jourd’hui, l’élec­trique pour moi, ce n’est pas parce que c’est plus fa­cile, c’est sur­tout parce que c’est plus lu­dique. » Le phy­sique certes, mais le tech­nique aus­si, Claude et JP s’alignent sur les cham­pion­nats du monde de DH mas­ter, avec un der­nier titre en date en 2015 pour JP en An­dorre . « En même temps que Loïc, on a fait le dou­blé fa­mi­lial ! », pré­cise JeanPierre. Claude ajoute : « Les cham­pion­nats du monde en DH, c’est le top. Je me dis, je vais faire la même piste que les tops pi­lotes, comme le fis­ton, est-ce que ça va pas­ser ? ! Et ça passe, par­fois un peu en ca­tas­trophe, mais ça passe ! » En oc­tobre 2012, Claude ouvre le ma­ga­sin La Roue Libre. « Dès le dé­but, je vou­lais faire de l’élec­trique, c’était le dé­but mais je sen­tais bien le truc. C’est Oli­vier Gio­da­nen­go, le pré­cur­seur, qui m’a fait le pre­mier vé­lo, avec un mo­teur taï­wa­nais, le seul de l’époque. On a fait la Trans, la Mé­ga. Ça a com­men­cé comme ça. L’an­née d’après, en 2014, il n’y avait pas de vé­lo pour moi, mais La­pierre sor­tait le pre­mier Over­volt. J’en avais un en ma­ga­sin et j’ai dé­ci­dé de l’uti­li­ser. Tout le monde le trou­vait trop fra­gile pour ce genre d’épreuve, mais je me suis vite ren­du compte en l’es­sayant qu’il pour­rait être par­fait. J’avais mon­té une poi­gnée de son­nette pour ac­ti­ver le mode walk qui était in­ac­ces­sible ! Et j’ai ga­gné ! » Claude Ver­gier et JP Bru­ni sont des spor­tifs ac­com­plis, per­for­mants, mais avant tout, ces deux- là ont pour mo­teur la pas­sion et le plai­sir de rou­ler. Pas de contraintes, que du plai­sir, le genre de ren­contre que l’on ai­me­rait faire plus sou­vent !

J-P Bru­ni

Claude Ver­gier

En haut : Dans le ma­ga­sin de Claude, La Roue Libre à Ca­gnes­sur-Mer, après la sor­tie avec notre pho­to­graphe, Cy­ril, en te­nue, prêt pour une nou­velle sor­tie et Ch­ris­tophe, l’un des deux mé­ca­nos. Ci- contre, à gauche : amou­reux de sa ré­gion, Claude s’est mon­tré un par­fait guide tou­ris­tique ! Ci- contre, en haut à droite : la piste tech­nique de­mande de la concen­tra­tion, pas ques­tion de re­gar­der la mer à cet ins­tant ! Ci- contre, en bas à droite : Guide tou­ris­tique ok, mais aus­si pa­tron sur ses terres ! Claude n’a pas été fa­cile à suivre !

Ci- des­sus : Pas de sor­tie pour JP Bru­ni, bles­sé à l’omo­plate après une chute. Mais la dis­cus­sion au­tour d’un ca­fé était plus qu’in­té­res­sante. JP est dans l’e-Bike de­puis les dé­buts ! Ci- contre : Pause dé­jeu­ner sur le spot d’en­traî­ne­ment de Claude, à quelques mi­nutes du ma­ga­sin. Ci- contre, à droite : Tech­ni­que­ment Claude est dé­jà très à l’aise, il nous an­non­ce­ra après la sor­tie que son vrai point fort, c’est pour­tant le phy­sique !

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