10 000 m de D+ en 1 jour­née............. 106

Des­cendre plus que l’Eve­rest en une seule jour­née : check ! Le E-Bike l’a per­mis. Après 14 heures en selle, on a at­teint notre som­met en pon­çant les pistes de La Clu­saz. Ava­ler 10 000 m de dé­ni­ve­lé né­ga­tif d’une traite, une idée lou­foque qui nous a bien f

Bike (France) - - A Somm Aire -

Ç a fai­sait un bout de temps qu’elle me trot­tait dans la tête, cette idée. S’of­frir 10 000 mètres de dé­ni­ve­lé né­ga­tif dans la jour­née. Plus que les 8 848 mètres de l’Eve­rest. À la pé­dale, je n’ima­gi­nais pas ça pos­sible – tout du moins pas à mon ni­veau de condi­tion phy­sique. J’avais com­men­cé à en­vi­sa­ger le plan il y a une paire d’an­nées en uti­li­sant les re­mon­tées mé­ca­niques, mais ce n’était pas si simple. Il fal­lait com­po­ser avec des jours, des ho­raires d’ou­ver­ture et, sur­tout, trou­ver le spot adé­quat… Pas si ai­sé. En VTTAE, tout sem­blait plus fa­cile. Le spot s’est im­po­sé de lui-même : La Clu­saz. Dé­jà, parce que je connais bien et que je sais pré­ci­sé­ment quelle mon­tagne se prête par­fai­te­ment à se lan­cer dans cette aven­ture. Le som­met du Crêt du Loup, ac­ces­sible par une route gou­dron­née puis un che­min 4X4, se­rait le point culmi­nant idéal pour ça. Sur­tout, de­puis le haut, un pa­quet de pistes, toutes plus sym­pas les unes que les autres, dé­marrent. Bref, un ac­cès simple et ra­pide à 1 500 mètres, et la ga­ran­tie de ne pas s’en­nuyer en se payant tou­jours les mêmes des­centes. L’office de Tou­risme, in­té­res­sé par notre pro­jet, nous a as­su­ré une bonne par­tie de la lo­gis­tique, avec la mise en place d’un camp de base au res­tau­rant La Ferme (l’une de nos adresses pré­fé­rées) et un quad pour per­mettre à notre pho­to­graphe de ne rien ra­ter de cette épo­pée. À la louche, je par­tais dans l’idée que chaque as­cen­sion nous per­met­trait de faire 1 000 mètres de dé­ni­ve­lé à chaque fois et qu’il fal­lait comp­ter une heure par ro­ta­tion en mode Tur­bo. Le cal­cul était simple, c’étaient donc dix heures en selle qui nous at­ten­daient. Sa­chant qu’une bat­te­rie pleine de 500 Wh nous per­met ai­sé­ment 1 000 mètres en mode Tur­bo et qu’il faut quatre heures pour re­char­ger cette der­nière en­tiè­re­ment, nous al­lions avoir be­soin de quatre bat­te­ries par vé­lo. Tout était plu­tôt simple sur le pa­pier. Sauf que… En ou­vrant une carte, je me suis ren­du compte que le som­met du Crêt du Loup n’était que 730 mètres plus haut que le vil­lage de La Clu­saz. Ça ne fai­sait plus dix, mais presque qua­torze ro­ta­tions. Qua­torze heures sur un vé­lo, même élec­trique, ça al­lait pi­quer !

5 heures du mat’, j’ai des fris­sons…

Le ren­dez-vous est fixé à 5 heures du mat’ à La Clu­saz. Vincent An­ce­lin, de Cy­cleu­rope, dé­barque avec son Peu­geot et un pa­quet de bat­te­ries Bosch en rab. Après une pe­tite photo sou­ve­nir, his­toire d’im­mor­ta­li­ser ce dé­part noc­turne, nous at­ta­quons la pre­mière re­mon­tée. À bloc, en mode Tur­bo. C’est car­ré­ment sym­pa de prendre de l’al­ti­tude dans la fraî­cheur du pe­tit ma­tin, en sco­rant 15-20 km/h. La montée nous prend à peine une de­mi­heure ; en haut, on n’a usé que deux bû­chettes. On fait soft pour la pre­mière des­cente en en­chaî­nant le Loup, une piste de DH bleue, et le Bois de la Motte, une enduro rouge. La tem­pé­ra­ture est par­faite, le grip au top sur ces pistes fraî­che­ment re­faites. On est évi­dem­ment tout seuls à 6 heures du mat’ à dé­va­ler et ce n’est pas désa­gréable de se dire qu’il ne doit pas y avoir en France beau­coup de gens sur une piste de DH à cette heure. La ro­ta­tion to­tale nous prend 45 mn. En bas, il nous reste en­core trois bû­chettes cha­cun, mais dans le doute, nous met­tons quand même des bat­te­ries pleines. À notre QG de La Ferme, on place en charge celles que l’on vient d’uti­li­ser. Si tous les runs se passent aus­si bien, on de­vrait ter­mi­ner avant la nuit. Nous re­mon­tons exac­te­ment au même en­droit pour la deuxième ro­ta­tion, nous re­fai­sons le même dé­but, avec la DH bleue, et

en­chaî­nons sur une toute nou­velle piste rouge. Le sol est tra­vaillé de frais, il offre une terre soft, lé­gère et meuble. Dans ces condi­tions, on se ré­gale à vi­rer au frein dans les vi­rages ser­rés. Un pre­mier pe­tit im­pré­vu oblige Vincent à pous­ser le vé­lo dans une re­lance : « J’ai cas­sé mon câble de dé­railleur et je n’en ai pas d’autre, j’ai peur que ce soit plié pour moi. » Le temps de rem­pla­cer les bat­te­ries, et Vince s’est dé­brouillé pour ré­pa­rer. Et c’est re­par­ti pour un tour pour le même par­cours ! C’est vrai­ment pas désa­gréable de re­faire trois fois de suite la même piste. On connaît par­fai­te­ment les traces, on gagne à chaque pas­sage en flow, en ef­fi­ca­ci­té, en éco­no­mie d’éner­gie et donc en plai­sir. Il reste tou­jours trois bû­chettes en bas. Fred­dy et Vincent tentent alors une deuxième ro­ta­tion avec la même bat­te­rie. Je ne prends pas ce risque, per­sua­dé que la fin va être rude et, sur­tout, que je suis le maillon faible du trio. En ef­fet, ils ne réus­sissent pas à bou­cler les 1 400 m de D+ en Tur­bo et doivent gé­rer en Tour à la

« Plu­tôt rare d’être sur une piste de DH à 5 heures du ma­tin. Mais qu’est-ce que c’était bon ! »

fin. Rien de grave pour ces gaillards af­fû­tés. Au contraire ! Ça va ni­ve­ler les ni­veaux et cette fois, ils ne se sauvent pas 500 mètres de­vant comme lors les deux pre­mières as­cen­sions.

Du bon choix de piste

On re­fait le com­bo bleu-rouge pour la troi­sième et der­nière fois. On change un peu de pro­gramme pour la des­cente sui­vante. Là, on est bien chaud, on peut se lan­cer dans la noire des En­carnes, la piste phare du do­maine enduro de La Clu­saz. En ce dé­but de sai­son, elle est juste « bi­jou », re­faite sur sa par­tie su­pé­rieure, avec de la pente juste ce qu’il faut pour se faire un peu de sen­sa­tions, mais des vi­rages re­le­vés bien pla­cés et tra­cés per­met­tant de gar­der de la vi­tesse et du fun par­tout. La terre noire est hu­mide à sou­hait, les trous ne se sont pas en­core for­més dans les frei­nages, c’est le pied in­té­gral. La fin est plus cor­sée. Ça plonge vrai­ment dans le pen­tu, à tel point que les sha­pers n’ont pas en­core trou­vé la so­lu­tion pour la re­faire. C’est tech­nique, un poil en­ga­gé et plus fa­ti­gant que tout ce que l’on a fait jus­qu’à pré­sent. Fred­dy ap­pré­cie moyen et ce n’est en ef­fet pas un choix de piste à fa­vo­ri­ser sur ce type de chal­lenge où il faut op­ti­mi­ser l’éner­gie et le ti­ming. On ne le sent pas chaud pour se re­faire la même. Nous re­mon­tons bien au dé­part pour nous re­faire le dé­but de la noire, mais au lieu de se re­payer la fin cas­sante, nous re­mon­tons de 300 mètres pour al­ler cher­cher la bleue de la Combe des Ju­ments, un autre bi­jou de single enduro du do­maine. Cette op­tion se ré­vèle un plan qua­si par­fait. Il nous per­met d’en­chaî­ner les deux plus belles en­du­ros de La Clu­saz et de nous of­frir des runs à 1 000 mètres plu­tôt qu’à 700. On change les bat­te­ries et on re­fait la même. Il est alors 11 heures, l’al­ti­mètre af­fiche 4 100 mètres, le so­leil com­mence à être bien chaud. Le plai­sir est tou­jours au ren­dez-vous, mais le ventre com­mence à son­ner creux. Un peu tôt pour le dé­jeu­ner… mais par­fait pour le cas­se­croûte qui va per­mettre de re­prendre des forces. Nous n’avons pas l’in­ten­tion de nous ar­rê­ter pour le re­pas de mi­di avant que le comp­teur n’af­fiche 6 000 mètres. Mais on n’a pas l’ha­bi­tude de lais­ser les gens mou­rir de faim à La Clu­saz… Le casse-croûte qui nous est ser­vi à La Ferme a plu­tôt des al­lures de fes­tin, avec de la char­cu­te­rie, de la bonne tomme lo­cale et du pain. Vu comme on a dé­gom­mé tout ce qui nous a été ser­vi, l’hy­po­gly­cé­mie n’était peut-être pas très loin.

Dans le dur

On re­part un poil lourds, mais en élec­trique ça ne pose pas trop de sou­cis. Une cer­ti­tude, ce n’est pas la faim qui nous em­pê­che­ra d’at­teindre les 6 000 avant une nou­velle pause. On en­chaîne sur le do­maine jus­qu’à ce que l’al­ti­mètre af­fiche le chiffre at­ten­du. Il est alors 14h30.

« L’al­ti­mètre af­fi­chait 6 100 m au mo­ment de pas­ser à table. »

Le dé­but de la piste noir des En­carnes, un bi­jou de La Clu­saz qu’on au­ra la chance de par­cou­rir quatre fois dans la jour­née sans amu­ser le ter­rain.

Un câble de dé­railleur dé­ten­du, c’est la seule fois où l’on a sor­ti les ou­tils en qua­torze heures de VTT. Pour­tant, Vincent a bien cher­ché les en­nuis sur cette dalle à la ver­ti­cale.

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