La Bour­gogne

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À quelques lieues de Pa­ris, sur un des axes prin­ci­paux du pè­le­ri­nage de St-Jacques-de-Com­pos­telle, à 40 ki­lo­mètres de la ba­si­lique de Vé­ze­lay, la Bour­gogne vous pro­pose une cam­pagne et des fo­rêts pro­pices à de nom­breux loi­sirs verts, dont le VTT fait par­tie in­té­grante. Le bon mo­ment, en cette douce ar­rière-sai­son, de cou­pler un peu d’exer­cice phy­sique à une tour­née de dé­gus­ta­tion des meilleurs vi­gnobles. En route pour une jour­née pla­cée sous le signe du plai­sir.

Au pe­tit ma­tin, mais pas trop tôt tout de même, alors qu’une lé­gère brume en­va­hit en­core la cam­pagne en­vi­ron­nante en s’ac­cro­chant ti­mi­de­ment au feuillage des arbres qui re­couvrent les trois buttes de la com­mune, nous re­trou­vons nos Sé­bas­tien de guides, l’un mo­ni­teur MCF dans le Mor­van voi­sin, et l’autre tra­ceur des par­cours pro­po­sés au­jourd’hui. « Le but était d’ou­vrir la ré­gion au tourisme vert, avec dif­fé­rentes ac­ti­vi­tés .Comme la com­mu­nau­té d’ag­glo­mé­ra­tion de Var­zy pos­sède 850 hec­tares de fo­rêt com­mu­nale,le VTT était une ac­ti­vi­té toute trou­vée.J’ai donc pen­sé et tra­cé les par­cours,alors que le fi­nan­ce­ment a été ré­par­ti entre la com­mu­nau­té de com­munes,le dé­par­te­ment et la ré­gion », com­mente- t- il en en­four­chant son La­pierre X- Con­trol. Et il faut bien avouer que la cam­pagne alen­tour, re­la­ti- ve­ment val­lon­née, mais avec un re­lief culmi­nant aux en­vi­rons de 300 mètres, ne s’avère pas agres­sive pour les phy­siques et les mol­lets, même des moins ini­tiés. Mal­gré tout, en cette fin de sai­son qui semble en­core cher­cher un se­cond souffle de so­leil et de cha­leur, la pe­tite veste coupe- vent est de ri­gueur, quitte à la glis­ser plus tard dans le sac à dos. Et après à peine un ki­lo­mètre de bi­tume, his­toire de mettre les « mo­teurs » à tem­pé­ra­ture, les der­nières brumes se dis­sipent sur la sur­face du plan d’eau du mou­lin Nau­din, où les feuillages voi­sins ar­borent de ma­gni­fiques teintes au­tom­nales. Si nous n’avions pas un tour de vé­lo à faire, la quié­tude de l’en­droit se­rait la bien­ve­nue pour une pe­tite séance de pein­ture en aqua­relle. Mais à dé­faut de che­va­let et de pin­ceaux, c’est bien les pe­tits che­mins des bo­cages qui nous at­tendent, sous les rayons du so­leil, en pré­lude à une belle jour­née. Pour le mo­ment, sur cette pre­mière boucle, rien de très phy­sique ni tech­nique, avec une pre­mière pe­tite des­cente en­cais­sée sous le cou­vert des arbres, et ce n’est pas plus mal pour se mettre en jambes. Mais pour me contre­dire, voi­là un pe­tit pont de bois qui en­jambe le Sau­zay et né­ces­site le pas­sage à pied. Fa­bri­qué pour une ran­don­née de quads tout- ter­rain, il est conso­li­dé par des bas­taings pla­cés lon­gi­tu­di­na­le­ment et for­mant d’étroites « gout­tières » où nos roues ne man­que­raient pas de se ca­ler, alors que des branches basses et une sor­tie en es­ca­liers ris­que­raient de fi­nir de nous mettre à l’eau… Le cô­té in­té­res­sant de la chose, et que nous dé­cou­vri­rons tout au long de notre pé­riple en terre bourguignonne, c’est que l’en­tente cor­diale entre les dif­fé­rents ac­teurs des loi­sirs verts n’est pas d’ap­pa­rence, et qu’elle est même com­plè­te­ment cha­peau­tée par la mu­ni­ci­pa­li­té. Ici, les quads dé­brous­saillent, les en­du­ristes mo­to net­toient, les dé­bar­deurs passent leurs lames dans les che­mins, les vé­té­tistes placent les ba­li­sages,

« Les che­mins de bo­cage nous at­tendent sous le so­leil, en pré­lude à une belle jour­née »

pour la plus grande joie de tous, même des ran­don­neurs pé­destres. Quel beau pays que ce­lui- ci, preuve que la bonne en­tente entre tous est bien réa­li­sable quand cha­cun y met du sien.

L’eau de « Kai­ser » Sau­zay

Voi­là main­te­nant que se des­sine la pre­mière dif­fi­cul­té du par­cours, avec une pe­tite as­cen­sion en bor­dure de pâ­tu­rage. Les vi­tesses grimpent sur les pi­gnons et les pneus mordent la terre de leurs cram­pons. Coup de chance, le sol est sec et adhé­rent, aus­si l’échec n’est pas à re­dou­ter, mais le coup de menthe fraîche qui rem­plit les bi­dons s’avère tout de même le bien­ve­nu avant de dé­grin­go­ler de l’autre cô­té de la col­line, entre champs en la­bour et autres bos­quets. Au mi­lieu du che­min, un énorme tas d’en­grais bien meuble et sa­blon­neux nous donne, à l’oc­ca­sion, des en­vies de dir­teurs, mais mal­heu­reu­se­ment, nous n’avons au­cune pelle pour nous sha­per un quel­conque ap­pel de saut. Pas cer­tain que le pay­san du coin au­rait ap­pré­cié… En tout cas, cette pe­tite des­cente bu­co­lique nous per­met d’ar­ri­ver sains et saufs dans le tout aus­si bu­co­lique village de la Cha­pelle- Saint- An­dré où règne une quié­tude très ap­pré­ciable pour les ci­ta­dins que nous sommes. Sur le bord de la route, un étrange « bon­homme » taillé dans une haie, qui pa­raît tout droit sor­ti d’une pu­bli­ci­té pour un or­ga­nisme de cré­dit et semble ba­layer de vieux ron­dins de bois, re­pré­sente en fait l’une des vieilles caractéristiques de la ré­gion. La pa­role est à Sé­bas­tien Op­pin : « En fait,il n’y a en­core pas si long­temps,grâce à ses nom­breuses fo­rêts,l’Yonne était la mère nour­ri­cière de Pa­ris en ma­tière de bois . Le sys­tème d’ache­mi­ne­ment était très simple,puisque les troncs étaient mis à l’eau et que le cou­rant n’avait plus qu’à les me­ner à bon port via les dif­fé­rents ca­naux re­liant la Seine,tout juste gui­dés et ai­guillés par un homme qui les ma­noeu­vrait afin qu’ils ne s’échouent pas. » L’oeuvre re­pré­sen­tée ici sym­bo­lise donc cette an­cienne cou­tume avec un homme pa­gayant der­rière un ra­deau par­tiel­le­ment sty­li­sé. Plus loin, on en­jambe à nou­veau le Sau­zay, vé­ri­table fil conduc­teur de notre pé­riple, via un pe­tit pont de pierre, puis nous lon­geons

le châ­teau de Cor­be­lin, dont les bases datent du XIIe siècle. Il au­ra toute son im­por­tance, jus­qu’au XIXe, en ma­tière de pro­duc­tion si­dé­rur­gique, mais aus­si par son rôle mo­teur dans l’ac­ti­vi­té du flot­tage du bois. Entre eaux et bois, le dé­cor de notre ran­don­née est bien plan­té puisque, quelques ki­lo­mètres plus loin, à l’amorce d’un vé­ri­table « pé­tard » en sous- bois, nos deux guides s’ar­rêtent au bord de ce qui semble être un vul­gaire fos­sé où une pe­tite eau ruis­selle. Mais en y re­gar­dant de plus près, on y dé­couvre quelques verres ac­cro­chés aux arbres. Étrange flo­rai­son en cette cam­pagne. « C’est la source de Chape ,d’où le Sau­zay s’écoule,et son eau est po­table. Avec for­cé­ment d’énormes ver­tus en termes de vi­ri­li­té,de fer­ti­li­té et de lon­gé­vi­té » , ri­gole le Sé­bas­tien de MCF, avant que son com­plice n’avoue tout de même que, par­fois, cer­tains de ses ca­ma­rades de ran­don­née n’osent pas goû­ter à cet élixir. Comme il ne pour­ra être dit que les ré­dac­teurs de Bike sont des pleutres, j’y vais de mon verre rem­pli d’une eau lim­pide et lé­gè­re­ment fer­ru­gi­neuse au goût, mais mal­gré tout plu­tôt agréable, sur­tout avant le rai­dard qui nous at­tend. En es­pé­rant évi­ter les crises de tu­ris­ta, nous at­ta­quons do­ré­na­vant des sen­tiers ex­trê­me­ment lu­diques, for­mant de « sym­pa­toches » ap­puis et bosses, tout en ron­deur, avec des bor­dures ta­pis­sées de mousse, fa­çon fo­rêt en­chan­te­resse. C’est alors un réel dé­lice que de se lais­ser glis­ser, tout en des­cente, de vi­rage en vi­rage, ponc­tué de pe­tits sauts, sans que ja­mais de dif­fi­cul­té ne cha­grine les no­vices. Puis, à Ou­dan, c’est un nou­veau pe­tit pont de pierre qui nous per­met d’en­jam­ber le ruis­seau, qui dé­vale car­ré­ment au tra­vers du che­min, lais­sant le choix entre le fran­chir à gué ou les pieds au sec. Après une pe­tite tren­taine de ki­lo­mètres, notre es­ca­pade tou­ris­ti­co­spor­tive du ma­tin nous amène jus­qu’à la Cha­pelle St- La­zare, via une des­cente tout juste net­toyée à la lame, et par­fois re­la­ti­ve­ment grasse. Floc ! Un pied dans la ga­doue par- là, et splotch ! un autre par ici, et nous pou­vons en­fin nous dé­lec­ter de l’en­droit, po­sé en pleine clai­rière, à l’ins­tar d’une com­man­de­rie des Tem­pliers. D’époque ro­mane, son iso­le­ment s’ex­plique par la pré­sence au MoyenÂge d’une com­mu­nau­té lé­preuse, re­fou­lée de la ville et qui trou­va re­fuge en cet en­droit avant d’y édi­fier cette pe­tite cha­pelle.

Les trois buttes

Après une pe­tite halte sal­va­trice et gas­tro­no­mique à la Pe­tite Gon­dole, au coeur de Var­zy, non loin de l’église du XIIe siècle et du ma­gni­fique la­voir cou­vert à double ba­teau, nous at­ta­quons notre après- mi­di le ventre bien rem­pli,

Les som­mets des trois buttes offrent un jo­li pa­no­ra­ma sur une ré­gion verte et ar­bo­rée

pleins de cou­rage pour at­ta­quer la boucle des « trois buttes » , après avoir lais­sé sur notre cô­té la fa­brique de ton­neaux. Vé­ri­table mo­teur éco­no­mique du can­ton, elle traite chaque an­née, jus­qu’à 100 000 m3 de bois de chêne, dont la très grande qua­li­té per­met­tra en­suite au vin de se bo­ni­fier et de se par­fu­mer en fonc­tion de l’ori­gine du bois. Mais trêve de mu­sar­de­rie, nous bi­fur­quons ra­pi­de­ment à tra­vers champs, pour une longue as­cen­sion sur un sol très her­beux, donc peu dy­na­mique. Et au­tant dire que cueilli à froid et le ventre lourd, votre en­voyé spé­cial po­se­ra pied à terre avant ce pre­mier som­met, le Mont May qui culmine dans la fo­rêt, avant de se ré­jouir d’une su­perbe des­cente très tech­nique, taillée dans la pente, à tra­vers la vé­gé­ta­tion. « Dis­po­ser de dif­fé­rents par­cours de ran­don­née est à la por­tée de toutes les ré­gions,mais avoir des des­centes tech­niques to­ta­le­ment créées est un pe­tit plus pour dé­ve­lop­per l’ac­ti­vi­té duVTT », re­con­naît Seb Op­pin, très bien pla­cé pour com­men­ter, du fait de son ac­ti­vi­té dans le Mor­van. Rien de dan­ge­reux mais une pente très ac­cen­tuée, sans vi­tesse, qui né­ces­site une pe­tite maî­trise tech­nique, sur­tout quand c’est un peu glis­sant comme au­jourd’hui. De quoi ra­vir tous les ap­pren­tis- des­cen­deurs et autres en­du­ristes du quar­tier ! Mal­heu­reu­se­ment, et comme pour toute des­cente, lorsque l’on s’en ré­jouit, c’est que l’on est en bas et qu’il faut dès lors re­mon­ter. Et c’est un vé­ri­table cal­vaire qui nous at­tend sur le Mont Châ­te­let, sur­nom­mé on ne sait pour­quoi, le « Bi­tou­na » , avec une grim­pette su­per tech­nique et « or­nié­rée » , ponc­tuée de pe­tites marches pier­reuses que seul notre mo­ni­teur MCF réus­si­ra à vaincre à l’ar­ra­chée et à la force des mol­lets. Ou com­ment vous faire ai­mer le VTTAE. Tout là- haut, à la sor­tie de notre ef­fort, le cou­vert de vé­gé­ta­tion laisse place à une mi­nus­cule clai­rière au mi­lieu de la­quelle, à 321 mètres d’al­ti­tude, trône le cal­vaire d’un Ch­rist bien­veillant sem­blant ré­com­pen­ser les va­leu­reux grim­peurs ! Pas de doute, ici, le pa­ra­dis se mé­rite, avec une splen­dide vue dé­ga­gée sur Var­zy et ses cou­leurs d’au­tomne. Mais ni une ni deux, l’ap­pel de la des­cente nous at­tire et sur un che­min tout aus­si tech­nique, et du coup plus ré­jouis­sant que la mon­tée, nous re­des­cen­dons la col­line, en di­rec-

« À 321 m trône le cal­vaire du Ch­rist bien­veillant, sem­blant ré­com­pen­ser les grim­peurs ! »

tion de la pro­chaine. Vous êtes vrai­ment cer­tain qu’il faille s’y col­ler ?

Ho­ri­zons loin­tains

En ligne de mire, tout là- bas au loin, l’an­tenne émet­trice du Mont Char­lay, abri­tée par une fo­rêt de ré­si­neux et dont les co­teaux ac­cueillent un ter­rain de mo­to- cross en friche, dont nous aper­ce­vons par­fai­te­ment le tra­cé. Mais avant d’at­ta­quer l’obs­tacle par sa face sud, Mis­ter Op­pin nous en­traîne un peu plus en contre­bas, à l’orée des champs, afin d’avoir une ma­gni­fique vue, bien dé­ga­gée, sur « son » Mor­van d’adop­tion. Clic ! Clac ! La pho­to est dans la boîte et nous pou­vons en­fin al­ler suer à grosses gouttes au tra­vers du ter­rain de MX avant une longue re­des­cente sur Var­zy. Quant à la 3e boucle, ce se­ra à vous de la dé­cou­vrir, lors de votre pro­chaine ex­cur­sion en Bour­gogne.

Pour faire dé­cou­vrir la ré­gion, la com­mu­nau­té de com­munes a choi­si de dé­ve­lop­per le VTT. 850 hec­tares de fo­rêt sont ain­si à par­cou­rir en Bour­gogne.

Le cours d’eau du Sau­zay au­ra été notre fil conduc­teur lors de cette ran­don­née. Les cours d’eau ont une his­toire dans l’Yonne puis­qu’ils ont long­temps été uti­li­sés pour convoyer les troncs d’arbres vers Pa­ris, via la Seine. Cette sculp­ture d’homme dans une haie est là pour le rap­pe­ler.

Pour le plai­sir des yeux, les feuillages se pa­rent de cou­leurs au­tom­nales.

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