ITW Dr Mat­thieu Mul­ler, co-fon­da­teur du centre d’ex­per­tise san­té du sport au fé­mi­nin

Blue Run - - EDITO/ SOMMAIRE - Pro­pos re­cueillis par Ju­lia TOUR­NEUR Page Fa­ce­book : Centre d’ex­per­tise Bre­tagne du sport san­té au fé­mi­nin

En jan­vier der­nier, un centre d’ex­per­tise de sport san­té au fé­mi­nin a ou­vert ses portes au sein du Centre hos­pi­ta­lier des pays de Mor­laix, en Bre­tagne. Ce ré­seau de pro­fes­sion­nels de san­té re­çoit, écoute, conseille et oriente les femmes souf­frant de pa­tho­lo­gies liées à la pra­tique d’une ac­ti­vi­té phy­sique. Une pre­mière en France. Le gy­né­co­logue Mat­thieu Mul­ler en est l’un des trois co-fon­da­teurs.

BLUE RUN : Le Centre d’ex­per­tise sport san­té au fé­mi­nin de Mor­laix est une pre­mière en France. Pou­vez-vous nous dire quelles sont ses prin­ci­pales mis­sions ?

Doc­teur Mat­thieu MUL­LER : Les objectifs de ce centre sont mul­tiples. Il s’agit de réa­li­ser des consul­ta­tions au­près de pa­tientes qui souffrent de pa­tho­lo­gies liées à la pra­tique d’une ac­ti­vi­té phy­sique ou bien qui ont des ques­tions par rap­port à la re­prise d’une ac­ti­vi­té phy­sique. Nous me­nons éga­le­ment un vo­let de re­cherches au­près de pa­tientes cy­clistes. Les ré­sul­tats de notre pre­mière étude, me­née l’an pas­sé, se­ront dé­voi­lés lors de notre grand col­loque, les 6 et 7 oc­tobre pro­chains à Per­rosGui­rec. En­fin, nous met­tons en place des ac­tions pour sen­si­bi­li­ser le grand pu­blic, les en­traî­neurs, les coaches et les édu­ca­teurs. Il y a aus­si tout un tra­vail qui est fait pour mieux for­mer le corps mé­di­cal. Dès la ren­trée, nous in­té­gre­rons une jour­née sur les pa­tho­lo­gies de la femme spor­tive dans le pro­gramme de la mé­de­cine du tra­vail de Rennes. A l’ave­nir, nous ai­me­rions créer un di­plôme uni­ver­si­taire en­tiè­re­ment consa­cré aux pa­tho­lo­gies de la spor­tive.

BR : Comment cette idée a-t-elle ger­mé ?

M.M. : Ce pro­jet est né d’une longue ré­flexion. Lors d’une ren­contre cy­clisme in­ter-gy­né­cos, j’ai fait la connais­sance du doc­teur Gwé­naelle Ma­douas, mé­de­cin du sport

en charge de l’équipe de France fé­mi­nine de cy­clisme, ain­si que celle du doc­teur Ar­mand Mé­gret, mé­de­cin du sport fé­dé­ral. Ils cher­chaient un gy­né­co­logue dans leur équipe. J’ai ac­cep­té mais à condi­tion de me for­mer. Dans les con­grès de gy­né­co­lo­gie, les ques­tions des pa­tho­lo­gies des spor­tives et des bien­faits du sport ne sont ja­mais abor­dées. Je n’ai ja­mais eu, non plus, de cours sur l’ac­ti­vi­té phy­sique, ni chez les hommes, ni chez les femmes. Ce n’est pas dans la culture mé­di­cale fran­çaise. Face à ce constat, ce manque de prise en charge des spor­tives, nous avons eu l’idée de créer un centre en­semble.

BR : Quel est l’in­té­rêt de vous re­grou­per en ré­seau ?

M.M. : Le centre est ac­tuel­le­ment com­po­sé de six pro­fes­sion­nels de san­té. Il y a un mé­de­cin du sport, un car­dio­logue, un pneu­mo­logue, un mé­de­cin nu­tri­tion­niste et un ki­né­si­thé­ra­peute. L’idée, c’est de créer un ré­seau de mé­de­cins spé­cia­listes ayant une sen­si­bi­li­té et une for­ma­tion au­tour de l’ac­ti­vi­té phy­sique pour as­su­rer une meilleure prise en charge des pa­tientes. Je me suis aper­çu que le gy­né­co­logue seul ne pou­vait pas tout ré­soudre. Il fal­lait créer des liens.

BR : Quelles sont les prin­ci­pales pa­tho­lo­gies dont souffrent les spor­tives ?

M.M. : Elles peuvent être em­bê­tées par des sou­cis d’in­con­ti­nence uri­naire, des pro­blèmes de contra­cep­tion, de sur­en­traî­ne­ment… On ob­serve éga­le­ment des lé­sions cu­ta­nées des ma­me­lons, liées aux frot­te­ments avec les sous-vê­te­ments, des tu­mé­fac­tions vul­vaires lors d’ef­forts pro­lon­gés sur une selle de vé­lo, des kystes aux lèvres, des troubles des cycles, des dé­rè­gle­ments hor­mo­naux, la dou­leur par­fois in­sou­te­nable des règles, l’amé­nor­rhée… Tous ces sou­cis ont un im­pact di­rect sur leur san­té.

BR : Ces su­jets sont-ils ta­bous pour elles ?

M.M. : Je pense juste que ce n’est pas connu. Je crois qu’elles n’osent pas en par­ler car elles n’ont pas de ré­ponses. C’est une vraie ré­flexion de so­cié­té qu’il faut avoir. BR : Comment se dé­roule une consul­ta­tion ? M.M. : Je ne me sub­sti­tue pas à leur gy­né­co­logue de ré­fé­rence. Je prends un peu plus de temps, en­vi­ron 30 mi­nutes, du­rant les­quelles je les écoute. Je les oriente en­suite en fonc­tion de leurs at­tentes et de leur ni­veau spor­tif. Je les conseille en leur don­nant les in­for­ma­tions scien­ti­fiques dont je dis­pose. Elles viennent ici car elles ont be­soin d’un avis et ne savent pas tou­jours vers qui se tour­ner. Par­fois, elles manquent aus­si d’écoute.

BR : Lors­qu’une spor­tive est en­ceinte, quelles dis­ci­plines peut-elle pra­ti­quer ?

M.M. : Lorsque la gros­sesse n’est pas consi­dé­rée à risques, la femme en­ceinte peut conti­nuer, au pre­mier tri­mestre, de tout faire, à l’ex­cep­tion de la plon­gée sous-ma­rine. A par­tir du deuxième tri­mestre, il faut pri­vi­lé­gier les sports por­tés comme le vé­lo d’ap­par­te­ment, la na­ta­tion, la marche ou l’aqua­bi­king. Les sports avec des risques de chute et de coups comme l’équi­ta­tion et tous les sports de com­bat sont à pros­crire. Il vaut mieux pri­vi­lé­gier les sports d’en­du­rance aux sports où l’on aug­mente ra­pi­de­ment la pres­sion ar­té­rielle. At­ten­tion aus­si à l’hy­per­laxi­té li­ga­men­taire lors­qu’une femme est en­ceinte. Il faut mar­cher sur des ter­rains plats pour évi­ter les en­torses. Du fait de la prise de poids, la femme en­ceinte voit son centre de gra­vi­té mo­di­fié. Les risques de chute sont im­por­tants, il faut res­ter vi­gi­lant.

BR : Quels sont les bien­faits du main­tien d’une ac­ti­vi­té phy­sique du­rant la gros­sesse ?

M.M. : La gros­sesse et le sport, c’est tout nou­veau en France. L’ac­ti­vi­té phy­sique du­rant la gros­sesse diminue le risque d’ac­cou­che­ment pré­ma­tu­ré, l’hy­per­ten­sion ar­té­rielle, le risque de dia­bète ges­ta­tion­nel et il aug­mente les chances d’ac­cou­cher par voie basse.

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