Deux gé­né­ra­tions de cou­reurs

Adrien, la tren­taine, et Gé­rard, la soixan­taine, ont un point com­mun : ils courent tous les deux. Mais quelle est leur approche de la course à pied, que courent-ils, comment sont-ils équi­pés et pour­quoi pra­tiquent-ils ce sport ? Nos ques­tions, leurs ré­pon

Blue Run - - EDITO/ SOMMAIRE -

Ce­la de­vient une ha­bi­tude. An­cien cham­pion de France de ma­ra­thon et or­ga­ni­sa­teur de stages (voir­pages

42-44), Ber­nard Faure parle de la course à pied dans les an­nées 60-70 comme d’un sport de pro­lé­taires. Idem pour Pierre Mo­rath qui, dans son film « Free to run » sor­ti en salles en mai der­nier, évoque la vi­sion que le pu­blic avait de cette pra­tique : des ori­gi­naux qui n’avaient rien d’autre à faire que cou­rir. Gé­rard De­lort a com­men­cé à cou­rir un peu plus tard, en 1983. Il re­prend à son compte cette idée de cou­reurs un peu dé­ca­lés, pas en­core vrai­ment ba­na­li­sés et qui dé­roulent leurs fou­lées dans les rues et les bois sous le re­gard un peu in­ter­ro­ga­tif et sur­pris des pro­me­neurs.

Comment cet en­tre­pre­neur spé­cia­li­sé dans les flip­pers et les ba­by-foots qui équi­paient alors ca­fés et bras­se­ries s’est-il mis à la course ? « J’avais fait un peu de sport et de course à pied à l’école, à 13-14 ans, mais c’est du­rant des va­cances en Lo­zère avec des amis, en 1983, que je me suis vrai­ment mis à cou­rir. Je cou­rais avec eux et je me suis ren­du compte que je cou­rais aus­si bien qu’eux. J’ai conti­nué car ça me plai­sait beau­coup. » C’est le moins qu’on puisse dire car - ce­la ap­par­tient aus­si à une autre époque - Gé­rard a cou­ru le cé­lèbre cross du Fi­ga­ro la même an­née puis, en 1984, le ma­ra­thon de Pa­ris, qui réunis­sait beau­coup moins de cou­reurs qu’au­jourd’hui. Après s’être en­traî­né une fois par se­maine, il a cou­ru ce ma­ra­thon en 4h10 et il a fi­ni qua­si­ment sur les ge­noux. « Une ga­lère pas pos­sible, se sou­vient-il, mais peut-être mon plus beau sou­ve­nir. C’est le pre­mier ma­ra­thon que j’ai réus­si à fi­nir ! » Gé­rard est en­suite pas­sé à cinq à six en­traî­ne­ments par se­maine et il a conti­nué à cou­rir sur toutes les dis­tances, de­ve­nant aus­si un amou­reux des cross.

UNE AUTRE GÉ­NÉ­RA­TION DE TRA­VAILLEURS ET DE COU­REURS

Rien à voir avec Adrien, 34 ans, in­gé­nieur in­for­ma­tique dans l’en­tre­prise ul­tra-mo­derne Tar­get2sell, ba­sée rue de Tur­bi­go, à Pa­ris. Son mé­tier et le nom de son en­tre­prise évoquent tout de suite une autre gé­né­ra­tion de tra­vailleurs et de cou­reurs. « J’ai com­men­cé à cou­rir il y a cinq ans, ex­plique-t-il. C’est un sport fa­cile à pra­ti­quer, j’y vais quand je veux, en fonc­tion de mon em­ploi du temps. Et puis j’avais quelques ki­los à perdre. »

Gé­rard, 69 ans, to­ta­lise une cin­quan­taine de ma­ra­thons. Adrien, 34 ans, pas un seul

Adrien a fait son pre­mier 10 km en 2013. De­puis, il se pro­duit sur des dis­tances plu­tôt courtes, même s’il a dis­pu­té son pre­mier se­mi à Pa­ris le 5 mars der­nier. Un se­mi bien ar­ro­sé… Ceux qui l’ont cou­ru se sou­viennent cer­tai­ne­ment du dé­luge !

Adrien a pris goût à la course à pied. Il parle dé­sor­mais d’objectifs chro­no­mé­triques : moins de 2 heures au se­mi, comme à Pa­ris, et moins de 50 mn au 10 km, comme à Cli­chy-la-ga­renne le 19 mars, ce qu’il a réus­si. « Mais, in­siste-t-il, je cours avant tout pour me faire du bien. »

CROSS OU MUD DAY DANS LA BOUE ?

En bref, rien à voir avec Gé­rard qui est de­ve­nu, au fil des an­nées et des fou­lées, un vrai fan de la com­pé­ti­tion. C’est en 1987, soit quatre ans après ses dé­buts, qu’il a éta­bli son re­cord sur ma­ra­thon : 2h40 à Pa­ris. Il n’a pas fait mieux de­puis mais a mul­ti­plié les ma­ra­thons. Une quin­zaine de fois ce­lui de Pa­ris, idem ou presque pour New York, un ma­ra­thon pas fa­cile qu’il a cou­ru en 2h48 en 1989. Il a aus­si fait Chi­ca­go neuf fois, ayant un ami amé­ri­cain dans cette ville, et Bos­ton deux fois. Londres ? Une fois seule­ment mais au to­tal, ce­la fait bien 50 ma­ra­thons dans sa car­rière !

A 69 ans, Gé­rard ne couvre plus cette dis­tance car il ne veut pas ré­veiller de vieilles bles­sures. En re­vanche, le cross fait tou­jours par­tie de son pro­gramme. A tel point qu’il a fi­ni 3e V4, donc sur le po­dium des der­niers cham­pion­nats de France de cross, cou­rus à Saint-gal­mier, dans la Loire, en fé­vrier. Il en était bien sûr - et à juste titre - très fier. « Le cross, dit-il, c’est une ex­cel­lente école pour la route. Ce­la donne du rythme, ren­force mus­cu­la­ture et ar­ti­cu­la­tions. Mes meilleures an­nées de cross ont cor­res­pon­du à mes meilleures an­nées de ma­ra­thon, ce n’est pas un ha­sard. »

Reste qu’au mo­ment où le trail est en plein boom, les or­ga­ni­sa­tions ex­plosent et le cross dé­pé­rit. Ain­si, la Fé­dé­ra­tion fran­çaise d’ath­lé­tisme (FFA) et la Fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale d’ath­lé­tisme (IAAF) planchent sur l’or­ga­ni­sa­tion de cross plus lu­diques.

Adrien n’a ja­mais fait de cross et il n’en fe­ra sans doute ja­mais. Pas plus, du moins pas en­core, que de courses fes­tives dans la boue comme la fa­meuse Mud Day. Ce­la met un peu en co­lère un autre an­cien cé­lèbre, Do­mi­nique Chau­ve­lier, mul­tiple cham­pion de France de ma­ra­thon et même ma­ra­tho­nien olym­pique, qui ne com­prend pas pour­quoi on va pa­tau­ger, s’en­li­ser dans la boue dans ces courses fun sans es­sayer le cross, beau­coup moins boueux. Ques­tion de gé­né­ra­tion !

A dé­faut de cross, Adrien va-t-il, après le se­mi, ten­ter l’aven­ture du ma­ra­thon ? « Non. Le ma­ra­thon, c’est une grosse pré­pa­ra­tion. Je n’au­rai pas le temps et comme je l’ai dit, je cours d’abord pour me faire plai­sir. Et pour me main­te­nir en forme aus­si. » Cou­rir, c’est éga­le­ment bon pour son mé­tier.

À LA SEN­SA­TION OU AVEC UN GPS ?

Et sur la ques­tion de l’équi­pe­ment, Gé­rard et Adrien se re­joignent-ils ? Pas du tout, évi­dem­ment. «J’ai uti­li­sé le car­dio­fré­quen­ce­mètre au dé­but mais main­te­nant, je me connais et je m’entraîne à la sen­sa­tion, pré­cise Gé­rard. Quand j’ai com­men­cé à cou­rir, il n’y avait pas de GPS, bien sûr, ni de VMA. C’était plus simple, plus na­tu­rel de cou­rir. » De son cô­té, Adrien a adop­té la pa­no­plie du cou­reur mo­derne : « L’ap­pli­ca­tion Nike est très utile, ce­la me per­met de voir à quelle vi­tesse j’ai cou­ru, com­bien de temps j’ai mis et com­bien de ki­lo­mètres j’ai faits. C’est in­té­res­sant pour voir si on pro­gresse. Je cours aus­si avec de la mu­sique car 10, 12 km sans rien en­tendre, c’est un peu long. » Pas de mu­sique pour Gé­rard qui, tout en al­lant as­sez vite, re­garde et pro­fite sur­tout des beau­tés de la na­ture. Après le cham­pion­nat de France de cross, du­rant l’hi­ver 2017, il se­ra au dé­part du pro­chain cham­pion­nat de France de 10 km, à Au­be­nas, en Ar­dèche. Dé­ci­dé­ment, rien n’ar­rête Gé­rard - et sur­tout pas le pas­sage des an­nées - pour par­ti­ci­per à des com­pé­ti­tions de haut ni­veau !

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