MARKUS WOLF, LA MÉDIOCRITÉ D’UNE LÉ­GENDE

L’HOMME QUI FUT PEN­DANT PLUS DE TRENTE ANS À LA TÊTE DES RE­DOU­TABLES SER­VICES SE­CRETS EST-AL­LE­MANDS EST SOU­VENT CONSI­DÉ­RÉ COMME LE PLUS GRAND MAÎTRE-ES­PION DU XXE SIÈCLE. MAIS, AU FOND, ÉTAIT-IL AUTRE CHOSE QU’UN AP­PA­RAT­CHIK ZÉ­LÉ ?

Books - - ÉDITO | SOMMAIRE - TIMOTHY GARTON ASH. The New York Re­view of Books.

L’homme qui fut pen­dant plus de trente ans à la tête des re­dou­tables ser­vices se­crets est-al­le­mands est sou­vent consi­dé­ré comme le plus grand maître-es­pion du xxe siècle. Mais, au fond, était-il autre chose qu’un ap­pa­rat­chik zé­lé ?

En 1991, j’ai en­ten­du « le plus grand maître-es­pion du xxe siècle » – comme le dit la ja­quette de l’au­to­bio­gra­phie de Markus Wolf – té­moi­gner au pro­cès d’un de ses an­ciens su­bor­don­nés de­vant un tri­bu­nal de Mu­nich 1. Le juge com­men­ça par de­man­der au « té­moin Wolf » de dé­cli­ner son nom, son adresse, son âge, puis sa pro­fes­sion. « Je suis au­teur », ré­pon­dit Wolf. Des glous­se­ments par­cou­rurent la salle d’au­dience et même le juge ne put s’em­pê­cher de sou­rire.

De fait, de­puis qu’il a pris sa re­traite en 1986, après trente-trois an­nées à la tête des ser­vices de ren­sei­gne­ment ex­té­rieur est-al­le­mands, Markus « Mi­scha » Wolf est un au­teur aus­si pro­li­fique que cou­ron­né de suc­cès. Il a aus­si four­ni une ma­tière fort lu­cra­tive à d’autres écri­vains. Dans son pre­mier livre, « La Troï­ka », pa­ru en 1989, il évo­quait son en­fance dans le Mos­cou sta­li­nien des an­nées 1930, aux cô­tés de son frère, le ci­néaste Kon­rad Wolf, et de deux amis 2. En 1990 pa­rut « Markus Wolf : “Je ne suis pas un es­pion” » 3, un titre qui mé­rite in­du­bi­ta­ble­ment le prix Kurt Wald­heim du dé­ni 4. C’était un en­tre­tien-fleuve avec deux in­ter­vie­weurs est-al­le­mands com­plai­sants. En 1991, Wolf pu­blia son deuxième livre, « Sur mes ordres », une ver­sion édi­tée de ses notes et de son jour­nal de 1989, l’an­née des mer­veilles, com­plé­tée par quelques ré­flexions au­to­bio­gra­phiques 5. Et, en 1995, il a pu­blié un livre de cui­sine avec ses re­cettes russes fa­vo­rites, in­ti­tu­lé de fa­çon pré­vi­sible « Se­crets de la cui­sine russe » 6. Dans le même temps, outre une mul­ti­tude d’in­ter­views dans la presse et d’ap­pa­ri­tions à la télévision, l’es­pion-au­teur a fait l’ob­jet de plu­sieurs ou­vrages, no­tam­ment un en an­glais, dû à Les­lie Co­litt, cor­res­pon­dant du Fi­nan­cial Times à Ber­lin, et in­ti­tu­lé « Maître-es­pion. La vraie vie de Kar­la, ses taupes et les ser­vices de ren­sei­gne­ment est-al­le­mand » 7.

Au dé­part, les Mé­moires de Wolf de­vaient être pu­bliés chez Ber­tels­mann, mais le géant de l’édi­tion ouest-al­le­mand a fait marche ar­rière, pris d’un sou­dain ac­cès de mo­ra­li­té. Plus in­tré­pide, Ran­dom House s’est en­gouf­fré dans la brèche, et l’édi­teur amé­ri­cain s’est re­trou­vé à or­ches­trer si­mul­ta­né­ment dans le monde en­tier la pu­bli­ca­tion de cette ver­sion au­to­ri­sée de la vie de Wolf, à grand ren­fort de pu­bli­ci­té – avec pour seul obs­tacle le fait que les États-Unis ont jus­qu’à pré­sent re­fu­sé à l’au­teur un vi­sa au mo­tif qu’il a été im­pli­qué dans le sou­tien bien connu qu’a ap­por­té la Sta­si au ter­ro­risme in­ter­na­tio­nal.

Nous de­vons donc nous pré­pa­rer à une nou­velle flo­pée de cli­chés jour­na­lis­tiques : « chef es­pion lé­gen­daire »,

« ve­nu du froid », « le vrai Kar­la ». Peu im­porte que John le Car­ré ait for­mel­le­ment nié s’être ins­pi­ré de Wolf, non seule­ment pour son Kar­la russe, mais aus­si pour un per­son­nage qu’on se­rait ten­té d’as­so­cier de fa­çon bien plus plau­sible à Wolf : l’of­fi­cier de ren­sei­gne­ment est-al­le­mand Fiel­der, in­tel­lec­tuel juif ty­ran­ni­sé par son su­pé­rieur gros­sier et an­ti­sé­mite Mundt dans L’Es­pion qui ve­nait du froid. Le fait que Fiel­der se soit ef­fec­ti­ve­ment ap­pe­lé « Wolf » dans une ver­sion an­té­rieure du ro­man se­rait une pure coïn­ci­dence, af­firme John le Car­ré : il au­rait em­prun­té le nom à la marque de sa ton­deuse à ga­zon. Pour­tant, quand j’ai par­lé au vrai Wolf en 1996 à Ber­lin, il m’a dit avoir lu le ro­man de John le Car­ré peu après sa pu­bli­ca­tion en 1963 et avoir été stupéfié par les échos trou­blants qu’il avait trou­vés entre le conflit Field-Mundt et sa propre re­la­tion ora­geuse avec son su­pé­rieur, Erich Mielke, le mi­nistre de la Sé­cu­ri­té d’État. Il s’éton­nait que le ren­sei­gne­ment bri­tan­nique soit si bon. Peut-on, même au­jourd’hui, dé­brouiller les faits de la fic­tion, l’au­teur de l’es­pion, Wolf de « Wolf » ?

L’Homme sans vi­sage est pré­sen­té comme une « au­to­bio­gra­phie ». Mais il ne l’est qu’en par­tie. Un mor­ceau de bra­voure, en ou­ver­ture, dé­crit di­verses ten­ta­tives des ser­vices ouest-al­le­mands, amé­ri­cains et même, semble-t-il, is­raé­liens pour ob­te­nir sa col­la­bo­ra­tion, dans les mois qui s’écoulent entre l’ef­fon­dre­ment du ré­gime com­mu­niste est-al­le­mand, à l’au­tomne 1989, et la réuni­fi­ca­tion of­fi­cielle d’oc­tobre 1990. On trouve un ré­cit hi­la­rant de la vi­site de deux mes­sieurs de la CIA à sa dat­cha des en­vi­rons de Ber­lin-Est, ap­por­tant des fleurs et une boîte de cho­co­lats pour sa femme et lui of­frant une nou­velle vie en Ca­li­for­nie. Il com­pren­dra par la suite que M. Gard­ner Ha­tha­way [qui di­ri­geait alors l’uni­té de contre-es­pion­nage de la CIA] était en réa­li­té à la re­cherche de l’iden­ti­té de la taupe so­vié­tique of­fi­ciant à la CIA. Mais, si Wolf avait en­ten­du des al­lu­sions de ca­ma­rades so­vié­tiques à ce su­jet, il ne connais­sait pas à l’époque le nom d’Al­drich Ames 8.

Le livre re­vient en­suite de fa­çon as­sez su­per­fi­cielle sur l’en­fance al­le­mande de Wolf et ce que ce­la si­gni­fiait d’être le fils de Frie­drich Wolf, un dra­ma­turge ta­len­tueux, cou­reur de ju­pons, na­tu­riste et très à gauche. Puis il est ques­tion de sa jeu­nesse heu­reuse dans le Mos­cou des an­nées 1930 (un lieu qui, pour beau­coup d’autres, ne fut pas aus­si heu­reux, comme il a l’hon­nê­te­té de le re­mar­quer), de sa car­rière rê­vée d’in­gé­nieur aé­ro­nau­tique à la­quelle il re­non­ça pour in­té­grer l’école des cadres du Komintern, où il se vit at­tri­buer le pre­mier de ses in­nom­brables faux noms, « Mi­scha ». De re­tour en Al­le­magne dans la zone oc­cu­pée par les So­vié­tiques, à 23 ans, il de­vint jour­na­liste (cou­vrant no­tam­ment les pro­cès de Nu­rem­berg) et di­plo­mate avant d’in­té­grer, à 28 ans, les nou­veaux ser­vices de ren­sei­gne­ment ex­té­rieur, connus au dé­part sous le nom d’Ins­ti­tut de re­cherche éco­no­mique et scien­ti­fique et, plus tard, sous ce­lui de Di­rec­tion cen­trale du ren­sei­gne­ment (Haupt­ver­wal­tung Aufklä­rung, HVA).

L’his­toire du ser­vice est ra­con­tée plus ou moins chro­no­lo­gi­que­ment jus­qu’à la construc­tion du mur de Ber­lin

en 1961, mais elle s’in­ter­rompt en­suite, pen­dant la plus grande par­tie de l’ou­vrage, au pro­fit d’une série de cha­pitres thé­ma­tiques sur divers as­pects de son tra­vail et de ce­lui des ser­vices se­crets : ceux qu’on a ap­pe­lés les « es­pions Ro­méo » (en­voyés pour sé­duire les se­cré­taires), les traîtres, les agents doubles et triples, la dé­s­in­for­ma­tion, le ter­ro­risme, Cu­ba. C’est en bonne par­tie le ré­sul­tat des ques­tions (pour ne pas dire de l’in­ter­ro­ga­toire) de sa co­au­teure, Anne McEl­voy – à qui l’on doit un ex­cellent livre sur la RDA –, et de ses édi­teurs amé­ri­cains 9.

Le pro­duit fi­nal est à n’en pas dou­ter l’ou­vrage le plus sub­stan­tiel de Wolf à ce jour. S’il reste fi­dèle au pre­mier com­man­de­ment des of­fi­ciers du ren­sei­gne­ment, « Tu ne tra­hi­ras pas tes agents », tant d’entre eux ont dé­jà été dé­mas­qués qu’il peut mal­gré tout ra­con­ter leur his­toire. Il ajoute quelques dé­tails in­té­res­sants à celle de Gün­ter Guillaume, son homme dans la chan­cel­le­rie de Willy Brandt, qui, lors­qu’il fut confon­du, pro­vo­qua la dé­mis­sion de ce der­nier. Il dit, par exemple, que les co­pies des do­cu­ments confi­den­tiels faites dans la mai­son de va­cances de Brandt en Nor­vège, que Guillaume af­firme avoir trans­mis à l’Est, ne lui sont en réa­li­té ja­mais par­ve­nues – parce que le mes­sa­ger a pris peur et les a je­tées. À pro­pos de la fa­meuse af­faire Ot­to John – le pre­mier chef de la sé­cu­ri­té in­té­rieure ouest-al­le­mande, l’Of­fice fé­dé­ral de pro­tec­tion de la Consti­tu­tion, qui se re­trou­va un beau jour de 1954 à Ber­lin-Est –, il pré­tend que John n’a pas sciem­ment fait dé­fec­tion. Il au­rait plu­tôt été ame­né à pas­ser la fron­tière par un homme en qui il avait confiance (qui était en fait un agent so­vié­tique) à un mo­ment où il était dé­pri­mé par la ré­ha­bi­li­ta­tion d’an­ciens na­zis à l’Ouest – et pas tout à fait sobre.

Tout en mi­ni­mi­sant sa propre im­pli­ca­tion, Wolf montre les nom­breux liens de la Sta­si avec le ter­ro­risme. Ses hommes ont hé­ber­gé et ap­por­té un sou­tien lo­gis­tique à des membres d’ETA, de l’IRA, de la Frac­tion ar­mée rouge – qu’ils ont for­més au ma­nie­ment d’ex­plo­sifs – et l’épou­van­table Car­los, qui traî­nait au bar du Pa­last Hos­tel de Ber­lin-Est, où, par chance, « toutes les pros­ti­tuées fai­saient leur rap­port à la Sta­si ». Il dé­crit com­ment la Sta­si et le KGB ont contri­bué à fi­nan­cer et à sou­te­nir en par­tie le mou­ve­ment pa­ci­fiste ouest-al­le­mand 10. Il est cin­glant à pro­pos de la CIA, dont les agents étaient, se­lon lui, si mau­vais dans les an­nées 1980 que les Al­le­mands de l’Est com­men­çaient à s’in­quié­ter : les Amé­ri­cains ne les pre­naient-ils donc plus au sé­rieux ? Quant au ser­vice de ren­sei­gne­ment ex­té­rieur de la RFA, le BND, il était truf­fé de taupes.

Là où Wolf est le meilleur, c’est quand il évoque l’es­pion­nage entre Al­le­mands et le contexte dans le­quel il avait lieu. « L’Al­le­magne du dé­but des an­nées 1950, écrit-il, était un gi­gan­tesque ré­seau de liens of­fi­ciels et ta­cites, de hontes se­crètes et de loyau­tés ca­chées à droite comme à gauche. Rien n’était

cer­tain, on ne pou­vait se fier en­tiè­re­ment à per­sonne, les ap­pa­rences étaient trom­peuses. » Il sou­ligne les in­nom­brables et sub­tils de­grés de co­opé­ra­tion qui exis­taient avec l’Est, no­tam­ment pen­dant la Dé­tente, pé­riode où l’on pro­mou­vait toutes sortes de contacts Est-Ouest. Il ra­conte aus­si com­ment ses ser­vices veillaient à trom­per en per­ma­nence les Oc­ci­den­taux. Ain­si, pour ses contacts avec un im­por­tant homme d’af­faires ouest-al­le­mand, Ch­ris­tian Steinrücke, Wolf s’in­ven­ta toute une vie de fa­mille al­ter­na­tive. Lorsque Steinrücke ve­nait dî­ner, Wolf le re­ce­vait dans une pe­tite villa où une jo­lie pré­sen­ta­trice de la télévision est-al­le­mande pré­ten­dait être sa femme. Des pho­tos de leurs sup­po­sés en­fants étaient mises en évi­dence.

Wolf est in­té­res­sant quand il évoque les mo­ti­va­tions de ceux qui sont de­ve­nus des in­for­ma­teurs de leur plein gré. Au dé­part, il y avait les se­cré­taires es­seu­lées de Bonn, frus­trées par la pé­nu­rie d’hommes de l’après-guerre, puis sé­duites par les « Ro­méos » de Wolf – une dé­si­gna­tion des jour­na­listes ouest-al­le­mands uti­li­sée dans le livre, bien que Wolf m’ait ra­con­té qu’elle ne l’avait ja­mais été au mi­nis­tère à l’époque. Il parle, par exemple, d’une Al­le­mande de l’Ouest pré­nom­mée Mar­ga­rete qui se mit à res­sen­tir une pointe de culpa­bi­li­té, comme l’hé­roïne ho­mo­nyme de Faust. Sa conscience fut apai­sée par un of­fi­cier de la Sta­si dé­gui­sé en pas­teur da­nois qui écou­ta gra­ve­ment sa confes­sion avant de lui as­su­rer que trans­mettre des se­crets n’était pas un pé­ché. Cette his­toire ins­pire à Wolf quelques ré­flexions acerbes sur la na­ture hu­maine : « L’une des choses que mon mé­tier m’a ap­prises, c’est que les femmes en savent bien plus sur leurs ma­ris que ceux-ci ne l’ima­ginent. »

Outre le sexe – ou était-ce de l’amour ? –, il y avait aus­si ce que Wolf nomme « l’at­trait éro­tique de l’Est ». Beau­coup d’Oc­ci­den­taux étaient ex­ci­tés par ce monde exo­tique et dangereux qui se trou­vait der­rière le Mur. Puis, très im­por­tant, il y eut la gé­né­ra­tion pro­tes­ta­taire ouest-al­le­mande de 1968, ré­vul­sée par la Ré­pu­blique fé­dé­rale qui ne s’était pas « confron­tée » au pas­sé na­zi et as­pi­rant à une « autre ré­pu­blique », de gauche. Cette gé­né­ra­tion fut un riche vi­vier de recrutements pour ses ser­vices. C’est un mé­lange de toutes ces mo­ti­va­tions qui semble avoir été à l’oeuvre chez l’une de ses meilleurs agents, Ga­briele Gast, ana­lyste en chef du BND, dont les pers­pi­caces rap­ports sur l’état du bloc so­vié­tique at­ter­ris­saient à la fois sur le bu­reau du chan­ce­lier Kohl et sur ce­lui du gé­né­ral Wolf. Il y avait éga­le­ment les frus­tra­tions per­son­nelles ha­bi­tuelles – le sen­ti­ment de ne pas être pris en consi­dé­ra­tion à son tra­vail, les pro­blèmes d’al­cool et d’ar­gent –, qui ame­nèrent deux fi­gures émi­nentes des ser­vices de sé­cu­ri­té ouest-al­le­mands à col­la­bo­rer avec l’Est.

Même si nous nous en dou­tions, les moyens consa­crés au ren­sei­gne­ment ain­si que le de­gré d’in­ter­pé­né­tra­tion entre RFA et RDA se ré­vèlent stu­pé­fiants. Wolf es­time que dans les an­nées 1950 on comp­tait pas moins de 80 agences de ren­sei­gne­ment en ac­ti­vi­té à Ber­lin, et « on avait par­fois l’im­pres­sion que la moi­tié de Bonn était em­ployée à sur­veiller l’autre moi­tié ». « À la fin de la Guerre froide, écrit-il, les Russes étaient ar­ri­vés à la conclu­sion qu’il était im­pos­sible de sa­voir avec cer­ti­tude pour quel camp tra­vaillait un agent al­le­mand. »

Il est as­sez co­casse que Wolf se serve de ce point pour se jus­ti­fier après coup. Il se montre scep­tique sur ce que les ser­vices de ren­sei­gne­ment peuvent ac­com­plir. On en ap­prend sou­vent da­van­tage, ob­serve-t-il, en li­sant at­ten­ti­ve­ment la presse. Mais il af­firme que ces ser­vices ont bel et bien contri­bué à main­te­nir la paix pen­dant la Guerre froide, pré­ci­sé­ment parce que chaque camp était bien in­for­mé sur l’ar­se­nal mi­li­taire, la stra­té­gie et les in­ten­tions réelles de l’autre. Cet ar­gu­ment se tient plu­tôt.

Sa se­conde ligne de dé­fense est le clas­sique tu quoque. « Nos pé­chés et nos er­reurs furent ceux de toutes les autres agences de ren­sei­gne­ment, écrit-il dès la pre­mière page. Des crimes ont été com­mis de part et d’autre. » Dans les an­nées 1970 et 1980, les mé­thodes em­ployées par l’Est, af­firme-t-il, n’étaient que ra­re­ment plus bru­tales que celles de l’Ouest – et elles l’étaient moins que celles de la CIA en Amé­rique la­tine, ou celles de bien des ser­vices se­crets au MoyenO­rient. Certes, ses col­lègues et lui ont eu re­cours au sexe, à la cor­rup­tion et au chan­tage mais, à l’en croire, pas à la tor­ture ni à ce que son texte nomme de fa­çon un peu leste les « opé­ra­tions mouillées » (c’est-à-dire les as­sas­si­nats, dans l’ar­got du mi­lieu russe). Les dé­cès qu’il y a eu, in­si­nue-t-il sans grande convic­tion, ont ré­sul­té la plu­part des fois de la dose ex­ces­sive de sé­da­tifs ad­mi­nis­trée lors d’un en­lè­ve­ment à l’Ouest. Lui, comme ses ho­mo­logues de l’Ouest, es­ti­mait que la fin jus­ti­fiait les moyens. Et il a cru dans le noble ob­jec­tif qu’il ap­pelle le so­cia­lisme jus­qu’au bout et même au-de­là. Son livre se conclut sur une ré­af­fir­ma­tion de sa foi dans le mar­xisme.

Il se de­mande ce­pen­dant – à moins que ce soient sa co­au­teure et ses édi­teurs qui le lui aient de­man­dé – s’il éprouve de la culpa­bi­li­té ou des re­mords. Il fait une dis­tinc­tion as­sez ban­cale entre la « res­pon­sa­bi­li­té », une af­faire de conscience, qu’il as­sume, et la « culpa­bi­li­té », une af­faire de droit, qu’il ré­cuse en ce qui le concerne. Ce n’est guère convain­cant, même si c’est com­pré­hen­sible étant don­né qu’il a pas­sé toutes ces der­nières an­nées à com­pa­raître de­vant les tri­bu­naux. Il a été condam­né à six ans de pri­son pour « tra­hi­son » par un tri­bu­nal de Düs­sel­dorf en 1993. Fai­sant re­mar­quer que le terme ju­ri­dique al­le­mand était Lan­des­ver­rat, lit­té­ra­le­ment « tra­hi­son du pays », il a de­man­dé, de fa­çon as­sez rai­son­nable : « Quel pays suis-je cen­sé avoir tra­hi ? » Car la Ré­pu­blique fé­dé­rale n’est de­ve­nue son pays que le 3 oc­tobre 1990. La Cour consti­tu­tion­nelle a été sen­sible à la per­ti­nence de cette ob­jec­tion et a cas­sé la condam­na­tion.

Néan­moins, fin mai – pile au mo­ment de la pu­bli­ca­tion de son livre –, il a été condam­né à deux ans de pri­son avec sur­sis pour trois af­faires re­mon­tant au dé­but de la Guerre froide : l’en­lè­ve­ment d’un of­fi­cier de la Sta­si et de sa pe­tite amie, qui avaient fui à l’Ouest, ce­lui d’un se­cré­taire de l’Otan que la Sta­si es­pé­rait re­cru­ter et la dé­ten­tion pro­lon­gée d’un Al­le­mand de l’Est qu’ils vou­laient im­pli­quer dans un com­plot vi­sant à faire pas­ser

Willy Brandt pour un col­la­bo­ra­teur du na­zisme. Je pense que cette cam­pagne pour faire condam­ner Wolf de­vant des tri­bu­naux ouest-al­le­mands a été mal ins­pi­rée : elle a plus af­fai­bli que ren­for­cé la cré­di­bi­li­té de l’État de droit dans le pays nou­vel­le­ment uni­fié. Il est dif­fi­cile de croire que les agents des ser­vices se­crets oc­ci­den­taux n’ont rien fait de com­pa­rable du­rant les pre­mières an­nées de la Guerre froide et pour­tant il n’est pas ques­tion de les pour­suivre en justice.Tant pis pour le prin­cipe d’éga­li­té de­vant la loi. Beau­coup, sur­tout à l’Est, se­ront confor­tés l’idée qu’il y a une loi pour ceux de l’Est et une autre pour ceux de l’Ouest.

Le ver­dict his­to­rique et éthique est une autre af­faire. Wolf dit clai­re­ment qu’il éprouve des re­mords à pro­pos du sort de cer­taines per­sonnes, bien que ce­la contraste quelque peu avec le ton froid et dé­ta­ché avec le­quel il ra­conte l’his­toire de ces gens qui ont fi­ni dans les pri­sons ouest-al­le­mandes et y sont res­tées de nom­breuses an­nées. Plus lar­ge­ment, il fait son « au­to­cri­tique », comme on di­sait dans le mou­ve­ment com­mu­niste, pour n’avoir pas été as­sez cri­tique as­sez tôt en­vers le sta­li­nisme d’abord et le ré­gime de Ho­ne­cker en­suite. Sa dé­fense ici consiste à dire qu’il pen­sait que « le chan­ge­ment ne pou­vait ve­nir que d’en haut ». Il es­ti­mait que la dis­si­dence telle qu’elle a pu être pra­ti­quée par quel­qu’un comme Ro­bert Ha­ve­mann, un an­cien sta­li­nien qui de­vint l’un des cri­tiques les plus vi­ru­lents du ré­gime de Ho­ne­cker dans les an­nées 1970, ou les mou­ve­ments de contes­ta­tion ve­nus de la base, ne pou­vaient me­ner à rien. Il re­con­naît néan­moins que So­li­dar­ność, en Po­logne, a fait vo­ler en éclats cette idée re­çue.

Cette re­ven­di­ca­tion d’une équi­va­lence mo­rale entre les es­pions de l’Est et de l’Ouest se heurte à un vrai pro­blème : dans quelle me­sure son ser­vice de ren­sei­gne­ment ex­té­rieur était-il in­té­gré au vaste ap­pa­reil de ré­pres­sion in­té­rieure ? C’est un point sur le­quel il re­vient à plu­sieurs re­prises, en gé­né­ral dans un es­prit de dé­ni. « Je ne consi­dé­rais pas les ser­vices de ren­sei­gne­ment comme une par­tie de l’ap­pa­reil ré­pres­sif », dit-il. Son tra­vail re­le­vait « d’une sphère d’ac­ti­vi­té sé­pa­rée, plus dé­fen­sive ». Il était « ré­so­lu­ment op­po­sé aux ac­tions vio­lentes ou dan­ge­reuses ». À pro­pos des dé­par­te­ments de la Sta­si qui sou­te­naient di­rec­te­ment des ter­ro­ristes, il écrit : « Ils fai­saient leur tra­vail, je fai­sais le mien. » Il ad­met mal­gré tout qu’il y avait la « co­opé­ra­tion ad­mi­nis­tra­tive or­di­naire avec le contre-es­pion­nage » et qu’« ils étaient par­fai­te­ment au cou­rant de ce qui se pas­sait, ain­si que des mé­thodes sou­vent mus­clées du contre-es­pion­nage ».

Der­rière cet eu­phé­misme se cache une réa­li­té qui est dé­sor­mais fa­mi­lière à tous les lec­teurs al­le­mands et qui, même dans le monde an­glo­phone, fait qu’au­jourd’hui la Sta­si est au­tant sy­no­nyme du mal que la Ges­ta­po. Les mé­thodes em­ployées par la Sta­si contre son propre peuple n’étaient cer­tai­ne­ment pas aus­si bru­tales que celles des po­lices po­li­tiques d’Amé­rique la­tine ou d’Afrique du Sud, même si les contes­ta­taires étaient bat­tus, in­ter­ro­gés sans mé­na­ge­ment et in­car­cé­rés. Dans un État où une per­sonne sur cin­quante avait un lien di­rect avec la po­lice se­crète – comme em­ployé à plein temps ou comme col­la­bo­ra­teur oc­ca­sion­nel –, ils n’avaient pas be­soin de re­cou­rir à une telle bru­ta­li­té. Des plans mi­nu­tieux et raf­fi­nés étaient éla­bo­rés pour ins­til­ler la peur, la sus­pi­cion ou pour re­tour­ner l’épouse et les en­fants d’un dis­si­dent en vue contre lui. L’Al­le­magne de l’Est, en 1984, di­sons, était pro­ba­ble­ment aus­si proche qu’un pays l’a ja­mais été de l’État de sur­veillance to­tale qu’Or­well dé­peint dans 1984.

Wolf in­siste sans cesse sur le fait qu’il n’est en rien res­pon­sable de cette ré­pres­sion in­té­rieure. Se ré­fé­rant à la ca­rac­té­ri­sa­tion bien connue de la RDA comme une « société de niche », dans la­quelle la plu­part de la po­pu­la­tion s’était re­ti­rée dans la sphère pri­vée – un bun­ga­low à la cam­pagne, le sport, un em­ploi non politique –, il n’hé­site pas à af­fir­mer que la HVA était sa « niche » à lui.À d’autres ! La HVA et l’ap­pa­reil in­té­rieur de la Sta­si n’étaient pas des ser­vices dis­tincts, comme la CIA et le FBI aux États-Unis ou le MI6 et le MI5 au Royaume-Uni. La HVA était une des di­vi­sions de la Sta­si ; ses bu­reaux se si­tuaient à l’in­té­rieur du com­plexe prin­ci­pal du mi­nis­tère. D’autres of­fi­ciers de la Sta­si avec les­quels j’ai pu m’en­tre­te­nir confirment que la HVA jouis­sait d’une plus grande au­to­no­mie que d’autres dé­par­te­ments et avait un code de conduite quelque peu dif­fé­rent et, de l’avis gé­né­ral, meilleur. Mais elle était bien plus in­té­grée au reste de la Sta­si que Wolf ne s’ef­force de l’in­si­nuer.

Il est d’au­tant plus dif­fi­cile de le prou­ver que la plu­part des do­cu­ments de la HVA ont été soit dé­truits, soit, comme on l’a lais­sé en­tendre, dé­mé­na­gés à Mos­cou. Néan­moins, dans les 180 ki­lo­mètres de dos­siers qui ont sur­vé­cu au sein du bâ­ti­ment prin­ci­pal du mi­nis­tère, il reste suf­fi­sam­ment de preuves d’une co­opé­ra­tion au jour le jour. Dans mon propre dos­sier, par exemple, on trouve une ins­truc­tion de rou­tine pour un in­for­ma­teur de la HVA qui doit agir contre moi 11. Wolf lui-même men­tionne en pas­sant le fait qu’« un an­cien agent de [s]on dé­par­te­ment, nom­mé Knut [sic] Wol­len­ber­ger, avait in­fil­tré le groupe de ré­for­mistes de Ro­bert Ha­ve­mann, afin de le ma­ni­pu­ler et de le sub­ver­tir ». Cer­tains lec­teurs peuvent igno­rer que l’af­faire Knud Wol­len­ber­ger four­nit l’un des plus illustres exemples de tra­hi­son do­mes­tique ja­mais ré­vé­lés de­puis la réuni­fi­ca­tion. Il a es­pion­né sa propre femme dès leur pre­mière ren­contre. Voi­là pour les soi-di­sant mains propres de la HVA.

Pour ce qui est du bru­tal, du pa­ra­noïaque Mielke, qui conti­nuait à boire à la san­té de Sta­line dans les an­nées 1970, bien que leur re­la­tion fût ten­due, Wolf était l’un de ses ad­joints et ils ont étroi­te­ment col­la­bo­ré pen­dant plus de trente ans. Dans ce qui est peut-être la plus étrange ré­vé­la­tion du livre, nous ap­pre­nons que lors­qu’ils se ren­dirent à Mos­cou en­semble, Mielke « in­sis­ta pour par­ta­ger une chambre avec [Wolf ] parce qu’il se sen­tait seul, à moins que ce ne fût parce que les alen­tours l’ef­frayaient un peu. La nuit, il ron­flait bruyam­ment, ce qui n’était pas l’idéal pour une se­maine de dé­tente. » Pauvre Mi­scha, pri­vé de

bonnes nuits de som­meil.

Mais qu’en est-il de tous ces gens dont la vie a été rui­née par les sbires de Mielke ? Par exemple la femme et les en­fants de Knud Wol­len­ber­ger ; sans même par­ler de tous ceux qui se sont sui­ci­dés dans les pri­sons de la Sta­si. Wolf s’est-il ja­mais op­po­sé à Mielke pour autre chose que pour la conduite de son propre ser­vice ? Non pas que nous ayons en­ten­du par­ler d’une ac­tion dans un sens ou dans l’autre. Per­sonne n’a ja­mais rien dé­cou­vert là-des­sus. Nous voi­là en fait au coeur du pro­blème : la ques­tion du ca­rac­tère de Wolf. Ce livre est in­ti­tu­lé L’Homme sans vi­sage parce que jus­qu’en 1978 les ser­vices se­crets oc­ci­den­taux ne sa­vaient même pas à quoi Wolf res­sem­blait. Mais après l’avoir lu, il de­meure un homme sans vi­sage en un sens plus pro­fond : en par­tie à cause de l’agen­ce­ment plus thé­ma­tique que vrai­ment au­to­bio­gra­phique de son ou­vrage, en par­tie parce qu’il est lui-même in­sai­sis­sable et in­cons­tant.

Qui était le vrai Wolf ? Oui, c’était un maître-es­pion très ef­fi­cace, qui a su ex­ploi­ter mé­tho­di­que­ment et sou­vent ha­bi­le­ment la po­si­tion par­ti­cu­liè­re­ment fa­vo­rable d’un État étroi­te­ment contrô­lé par la po­lice pour pé­né­trer la moi­tié oc­ci­den­tale, grande ou­verte, ron­gée par la culpa­bi­li­té, du même pays. Oui, il est, quand on le ren­contre, in­tel­li­gent, culti­vé, char­mant, spi­ri­tuel. Mais c’est ce qui pousse à se de­man­der aus­si­tôt : com­ment a-t-il pu te­nir trente-cinq ans dans ce mi­nis­tère, avec ses gardes-chiourmes, ses brutes ? Sa ré­ponse est – on ne s’en éton­ne­ra pas – une ra­tio­na­li­sa­tion ro­man­tique : tout ce qui a été fait l’a été pour le bien de la grande cause. Lors­qu’il a pris sa re­traite, nous ra­conte-t-il, il a ci­té un poème de son père, in­ti­tu­lé « Par­don d’être hu­main » :

Et si j’ai trop haï,

Ai­mé trop fou­gueu­se­ment, trop li­bre­ment, Par­don­nez-moi d’être hu­main. La sain­te­té n’était pas pour moi.

On n’au­ra pas de mal à être d’ac­cord avec le der­nier vers. N’en de­meure pas moins que l’en­semble de cette citation té­moigne d’une illu­sion gran­diose. Car s’il a eu du suc­cès (et conti­nue peu­têtre d’en avoir) avec les femmes, sa vie, loin d’avoir été fou­gueuse et libre, s’est écou­lée pour l’es­sen­tiel en de longues heures grises dans un bu­reau de ce qui est sans doute l’or­ga­ni­sa­tion la plus psy­cho­ri­gide de l’his­toire.

Lui-même re­con­naît à un mo­ment don­né qu’il a vé­cu « la vie d’un bu­reau­crate ». Deux an­ciens haut gra­dés de son ser­vice ajoutent qu’au­tant l’au­teur Wolf loue la le­çon de « cou­rage citoyen » que lui a ap­prise son père, au­tant l’of­fi­cier de ren­sei­gne­ment Wolf n’a ja­mais ma­ni­fes­té rien de tel dans son tra­vail. Au contraire, af­firment-ils, il était pro­fon­dé­ment au­to­ritäts­gläu­big – dé­fé­rent en­vers l’au­to­ri­té – et même en­clin à flat­ter le bru­tal Mielke 12. Pen­dant trente-cinq ans, il ne s’est ja­mais éle­vé contre l’hor­rible, la dis­crète, l’om­ni­pré­sente ré­pres­sion qui était or­ga­ni­sée de­puis son mi­nis­tère – et di­rec­te­ment sou­te­nue par son dé­par­te­ment. Étaitce par idéalisme ? Peut-être un peu. Mais c’était sur­tout par confor­misme, par lâ­che­té et par sou­ci de son pe­tit confort. Car ce bon vi­vant de Wolf a eu une vie très confor­table dans la vieille RDA : une voi­ture avec chauf­feur, des pri­vi­lèges, une dat­cha où il pou­vait cui­si­ner ses dé­li­cieux pel­me­ni. Lors de sa re­traite, en 1986, il « né­go­ci[a] avec Mielke des in­dem­ni­tés de dé­part » (une mer­veilleuse em­bar­dée dans la langue de l’en­tre­prise ca­pi­ta­liste). Dans cette enveloppe étaient com­pris un chauf­feur, une se­cré­taire, un bu­reau au mi­nis­tère où il pou­vait tra­vailler à « La Troï­ka » et un bel ap­par­te­ment au coeur de Ber­lin-Est, don­nant sur la Spree, où il ha­bite tou­jours.

C’est là qu’il est as­sis, le té­moin Wolf, beau par­leur, culti­vé, raf­fi­né, bien ha­billé, bien lo­gé : si dif­fé­rent de tous les autres an­ciens of­fi­ciers de la Sta­si, amers, ignares, vul­gaires, avec qui j’ai pu m’en­tre­te­nir, dans leurs sor­dides pe­tits bun­ga­lows. Et ce­pen­dant si sem­blable à eux. Si sem­blable à ces bu­reau­crates mes­quins, exé­cu­teurs du mal, en ce que lui aus­si a der­rière lui toute une exis­tence de sui­visme, de com­pro­mis­sion, d’obéis­sance à l’au­to­ri­té. Lui aus­si a les mains sales. Mais comme eux, il est en­fer­ré dans la stra­té­gie écu­lée du dé­ni : ce n’était pas moi, c’était l’autre dé­par­te­ment. « Je fai­sais mon tra­vail, ils fai­saient le leur. » Voi­là le der­nier se­cret, le mieux gar­dé du lé­gen­daire maître-es­pion Markus Wolf : c’était un agneau dé­gui­sé en loup.

— Timothy Garton Ash est un his­to­rien bri­tan­nique, spé­cia­liste de l’Eu­rope cen­trale et orien­tale. Pro­fes­seur d’études eu­ro­péennes à l’uni­ver­si­té d’Ox­ford, il est l’au­teur de plu­sieurs ou­vrages sur les pays de l’an­cien bloc de l’Est, dont La Chau­dière. Eu­rope cen­trale, 1980-1990 (Gal­li­mard, 1990). — Cet ar­ticle est pa­ru dans The New York Re­view of Books le 29 mai 1997. Il a été tra­duit par Bap­tiste Tou­ve­rey.

LE LIVRE

L’Homme sans vi­sage. Mé­moires du plus grand maître-es­pion com­mu­niste, Plon, 1998, 381 p. L’AU­TEUR

Markus Wolf a di­ri­gé le ser­vice du ren­sei­gne­ment ex­té­rieur de l’Al­le­magne de l’Est de 1952 à 1986. Il est dé­cé­dé en 2006.

Markus Wolf di­ri­geait le ren­sei­gne­ment ex­té­rieur de la RDA de­puis 1958. Les ser­vices oc­ci­den­taux ne par­vien­dront à le prendre en en pho­to que vingt ans plus tard, à Stock­holm.

Markus Wolf (ici à Ber­lin en 1993) avait pris sa re­traite en 1986. Il a pas­sé les der­nières an­nées de sa vie à écrire des livres et à com­pa­raître de­vant les tri­bu­naux.

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