UN HOMME AMOU­REUX

MAL­GRÉ L’HO­MO­PHO­BIE AM­BIANTE, LES LETTRES D’UN GRAND AU­TEUR PO­LO­NAIS À SON JEUNE AMANT FONT UN TA­BAC.

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Ws­zyst­ko jak chcesz (« Tout ce que vous vou­lez »), de Ja­ros­law Iwas­kie­wicz

Au gré des dé­cla­ra­tions de res­pon­sables po­li­tiques et de re­pré­sen­tants de l’Église ca­tho­lique, la Po­logne cultive sa ré­pu­ta­tion de pays ho­mo­phobe. D’après un son­dage da­tant de 2013, seule­ment 12 % de la po­pu­la­tion juge que l’ho­mo­sexua­li­té n’est « pas un pro­blème ». En 2017, les couples ho­mo­sexuels n’ont tou­jours pas de re­con­nais­sance lé­gale. Quelques pro­grès tou­te­fois : la Po­logne a élu son pre­mier maire gay, 2 000 per­sonnes ont osé dé­fi­ler lors d’une gay pride à Var­so­vie… Et les lettres d’amour d’un écri­vain ho­mo­sexuel, pu­bliées sous le titre Ws­zyst­ko jak chcesz,

fi­gurent ac­tuel­le­ment en tête des ventes dans les li­brai­ries. Leur au­teur, Ja­rosław Iwasz­kie­wicz (1894-1980), qua­li­fié dans le quo­ti­dien Pols­ka Times

de « su­per­gay de la lit­té­ra­ture po­lo­naise », est l’un des poètes, dra­ma­tuges et ro­man­ciers les plus im­por­tants du xxe siècle, dans son pays mais aus­si à l’étran­ger, où les adap­ta­tions ci­né­ma­to­gra­phiques de cer­tains de ses textes, comme Les De­moi­selles de Wil­ko

(par An­dr­zej Wa­j­da), ont contri­bué à sa re­nom­mée. Il a même été pres­sen­ti à une époque pour le No­bel de lit­té­ra­ture. Mais jus­qu’à la pa­ru­tion, cette an­née, de Ws­zyst­ko jak chcesz, Iwasz­kie­wicz res­tait un mys­tère pour ses com­pa­triotes. Certes, il n’avait ja­mais cher­ché à ca­cher son ho­mo­sexua­li­té, il l’avait même re­ven­di­quée et en avait par­lé en dé­tail, dans ses jour­naux no­tam­ment. Mais ses his­toires d’amour, nom­breuses et ro­cam­bo­lesques, éveillaient la sus­pi­cion. « Qui était vrai­ment Ja­rosław Iwasz­kie­wicz ? Un ro­man­tique dé­chi­ré par la pas­sion ? Ou un cy­nique avide de pou­voir ? », s’in­ter­ro­geait ain­si Pols­ka Times en 2013, re­layant les cri­tiques de cer­tains contem­po­rains du poète prompts à voir en lui un joueur mé­ga­lo­mane qui col­lec­tion­nait les jeunes hommes en leur of­frant sa pro­tec­tion (il jouis­sait en Po­logne d’une grande in­fluence de par son sta­tut de som­mi­té lit­té­raire et politique, puis­qu’il fut trente ans dé­pu­té et vingt ans pré­sident de l’Union des écri­vains po­lo­nais) pour mieux les aban­don­ner en­suite. Le re­cueil des lettres d’Iwasz­kie­wicz adres­sées à Jer­zy Błes­zyńs­ki, son jeune amant ren­con­tré en 1953, lève les doutes : cette cor­res­pon­dance dé­voile un homme éper­du d’amour et vic­time de ses sen­ti­ments. « L’écri­vain doit ris­quer l’hu­mi­lia­tion et se te­nir en équi­libre entre le bon sens et la fo­lie », com­mente le ma­ga­zine Kon­takt, tan­dis que le quo­ti­dien Ga­ze­ta Wy­borc­za évoque le sen­ti­ment d’au­then­ti­ci­té et d’uni­ver­sa­li­té res­sen­ti à la lec­ture de ces pages : « Ces lettres per­mettent d’ob­ser­ver de près le mé­ca­nisme de l’amour uni­ver­sel, de la nais­sance de cet amour, de la pas­sion, de la ja­lou­sie et jus­qu’à la fin tra­gique. »

Ws­zyst­ko jak chcesz (« Tout ce que vous vou­lez »), de Ja­rosław Iwasz­kie­wicz, Wilk I Król, 2017.

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