Un of­fi­ciel chi­nois a de­man­dé à un consul bri­tan­nique pour­quoi il ne payait pas quel­qu’un pour jouer au ten­nis à sa place.

Les guerres de l’Opium marquent le dé­but d’un siècle d’hu­mi­lia­tions qui ne pren­dra fin qu’avec Mao.

Books - - 18 FAITS & IDÉES À GLANER DANS CE NUMÉRO -

T T out comme dans l’his­toire eu­ro­péenne il y un avant et un après la nais­sance d’un Orien­tal, Jé­sus, l’his­toire de Chine, telle qu’elle a été écrite ces der­nières dé­cen­nies, est di­vi­sée en deux par les faits d’armes d’une poi­gnée de mar­chands et mi­li­taires bri­tan­niques », écrit T. H. Bar­rett dans The In­de­pendent. Ces faits d’armes, c’est ce qu’on a ap­pe­lé les guerres de l’Opium. La pre­mière a lieu de 1839 à 1842, la se­conde de 1856 à 1860. Le pré­texte fut avant tout éco­no­mique. Au mi­lieu du xixe siècle, la ba­lance com­mer­ciale du Royaume-Uni avec la Chine est très dé­fa­vo­rable : les An­glais achètent d’énormes quan­ti­tés de thé (ce n’est que plus tard qu’ils se met­tront à le culti­ver eux-mêmes en Inde) et n’ont pas grand-chose à pro­po­ser aux Chi­nois en échange, si ce n’est de l’opium. Quand les au­to­ri­tés chi­noises dé­cident d’in­ter­dire les im­por­ta­tions de cette sub­stance ju­gée dé­bi­li­tante pour la po­pu­la­tion, la guerre éclate. En Eu­rope, ces conflits ne sont plus guère connus. En Chine, ils sont consi­dé­rés comme un évé­ne­ment fon­da­teur, le dé­but d’un siècle d’hu­mi­lia­tions qui n’au­rait pris fin qu’avec la prise de pou­voir de Mao Ze­dong, en 1949. Comme le montre Ju­lia Lo­vell dans le livre qu’elle consacre au pre­mier de ces conflits, il n’en a pas tou­jours été ain­si. Il a fal­lu at­tendre les an­nées 1920 pour que les guerres de l’Opium de­viennent un ou­til de pro­pa­gande an­ti-im­pé­ria­liste. Au­jourd’hui en­core, elles oc­cupent une place de choix dans les ma­nuels sco­laires chi­nois. Ce qui prouve que « l’his­toire n’est pas écrite uni­que­ment par les vain­queurs », iro­nise The Eco­no­mist. Lo­vell s’ap­puie sur des sources aus­si bien bri­tan­niques que chi­noises. Elle a no­tam­ment éplu­ché la cor­res­pon­dance of­fi­cielle entre les em­pe­reurs et leurs gé­né­raux. Le ré­sul­tat, à en croire Ber­nard Por­ter dans la Lon­don Re­view of Books, est un « ex­cellent ré­cit sen­sible aux dif­fé­rences cultu­relles qui ont tou­jours ren­du la Chine si dif­fi­cile à com­prendre pour les Oc­ci­den­taux et in­ver­se­ment ». À l’époque, dé­jà, cette in­com­pré­hen­sion est la règle. Ain­si, les Chi­nois res­tent per­plexes de­vant la pas­sion des Bri­tan­niques pour le sport. Lo­vell ra­conte qu’un jour un of­fi­ciel chi­nois au­rait de­man­dé à un consul bri­tan­nique pour­quoi il ne payait pas quel­qu’un pour jouer au ten­nis à sa place.

Sur le pa­pier, l’ar­mée chi­noise de l’époque (comme celle d’au­jourd’hui) était la plus im­por­tante du monde. Mais elle fut la­mi­née par la su­pé­rio­ri­té tech­nique oc­ci­den­tale. Pour ne rien ar­ran­ger, elle était très mal com­man­dée et per­sonne n’osait in­for­mer l’em­pe­reur de la réa­li­té de la si­tua­tion. La guerre fai­sait rage de­puis deux ans et de­mi quand ce­lui-ci s’en­quit : « À pro­pos, où est l’An­gle­terre et pour­quoi les An­glais nous vendent-ils de l’opium ? »

La Guerre de l’Opium, de Ju­lia Lo­vell, tra­duit de l’an­glais par Sté­phane Roques, Bu­chet/Chas­tel, 588 p., 27 €.

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