Les éco­no­mistes échouent ré­gu­liè­re­ment à an­ti­ci­per les ré­ces­sions.

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Tout le monde le sait, les éco­no­mistes n’avaient pas pré­vu la dure ré­ces­sion qui a frap­pé nombre de pays en 2009. Mais on ne sait pas à quel point. En avril 2008, le rap­port in­ti­tu­lé Con­sen­sus Fo­re­casts, qui fé­dère ré­gu­liè­re­ment les avis de plus 700 éco­no­mistes, n’avait pré­vu au­cune des ré­ces­sions qui de­vaient frap­per quelque 49 pays l’an­née sui­vante. La crise fi­nan­cière était pour­tant dé­jà bien ins­tal­lée. La banque Nor­thern Rock avait été na­tio­na­li­sée au Royaume-Uni et Bear Stearns avait fait faillite aux États-Unis. Plus éton­nant en­core, en sep­tembre 2008 le con­sen­sus de­meu­rait in­chan­gé : au­cune éco­no­mie ne de­vait en­trer en ré­ces­sion en 2009. Plus amu­sant, constate l’éco­no­miste Tim Har­ford dans le Fi­nan­cial Times, en sep­tembre 2009, alors que la ré­ces­sion était avé­rée, le con­sen­sus la « pré­voyait » dans 54 pays, alors que seule­ment 49 étaient frap­pés. Il y eut en­core 15 ré­ces­sions en 2012. Au­cune d’elles n’avait été pré­vue au prin­temps 2011 et seule­ment deux en sep­tembre 2011. Sur toute cette pé­riode, les pré­vi­sions d’or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales comme le FMI et l’OCDE ont été aus­si mau­vaises que celles des éco­no­mistes in­di­vi­duels.

Ces don­nées ont fait l’ob­jet d’une pu­bli­ca­tion en bonne et due forme en 2014 par un éco­no­miste du FMI, Pra­kash Loun­ga­ni. C’est un spé­cia­liste du genre. En 2001, il avait pu­blié dans l’In­ter­na­tio­nal Jour­nal of Fo­re­cas­ting une étude sur les pré­vi­sions éco­no­miques au cours des an­nées 1990. Il écri­vait dé­jà : « L’in­ca­pa­ci­té à pré­voir les ré­ces­sions est à peu près sans faille. » Et il sou­li­gnait dé­jà que toutes les pré­vi­sions se res­semblent peu ou prou, qu’elles soient le fait du FMI, de la Banque mon­diale ou du sec­teur pri­vé. Deux éco­no­mistes ita­liennes, Ma­ri­sa Pag­gi­ni et An­na Par­ziale, de l’uni­ver­si­té de Sa­lerne, font va­loir que l’échec des pré­vi­sions tient pour l’es­sen­tiel à la ten­dance des éco­no­mistes à sou­ses­ti­mer la na­ture chao­tique des in­ter­ac­tions entre les agents. L’évi­dente fai­blesse de la théo­rie éco­no­mique ac­tuelle, écrivent-elles, pour­rait être en par­tie com­pen­sée si l’on y in­tro­dui­sait des élé­ments de la théo­rie du chaos 1.

Ce qui est vrai en éco­no­mie l’est plus gé­né­ra­le­ment des col­lec­ti­vi­tés hu­maines. Dans un livre pu­blié en 2005, le psy­cho­logue Phi­lip Tet­lock ana­ly­sait 82 361 pré­vi­sions faites par 284 ex­perts en sciences po­li­tiques, en éco­no­mie et en jour­na­lisme dans les an­nées 1980 et 1990. Conclu­sion : les pré­vi­sions po­li­tiques et géo­po­li­tiques n’ont guère été meilleures que si elles avaient été faites par des chim­pan­zés lan­çant des flé­chettes 2.

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