« LU­THER A FAIT L’AL­LE­MAGNE »

Goût du tra­vail, hor­reur des dettes, im­por­tance de l’édu­ca­tion et de la mu­sique, faible taux de na­ta­li­té… En 1517, Lu­ther lan­çait la Ré­forme. Cinq cents ans plus tard, ses va­leurs conti­nuent d’im­pré­gner l’Al­le­magne. Elles sont de­ve­nues un style de vie.

Books - - ÉDITO | SOMMAIRE - — Pro­pos re­cueillis par Bap­tiste Tou­ve­rey.

En 1517, Lu­ther lan­çait la Ré­forme. Cinq cents ans plus tard, ses va­leurs conti­nuent d’im­pré­gner l’Al­le­magne. Elles sont de­ve­nues un style de vie.

Dans votre livre, vous écri­vez : « Beau­coup de choses au­tre­fois ty­pi­que­ment pro­tes­tantes sont res­sen­ties de nos jours comme ty­pi­que­ment al­le­mandes. » Mais qu’est-ce qui vous per­met de ré­duire l’Al­le­magne à une na­tion pro­tes­tante alors que les ca­tho­liques y sont très nom­breux, no­tam­ment dans le Sud ?

Il est vrai que l’Al­le­magne ac­tuelle n’est que pour un tiers pro­tes­tante. Un autre tiers est ca­tho­lique et le der­nier tiers est d’une autre re­li­gion ou athée. Mais la culture do­mi­nante est la culture pro­tes­tante. C’est elle qui s’est im­po­sée, y com­pris aux Al­le­mands d’autres con­fes­sions.

Pour­quoi ?

Parce qu’elle pro­po­sait un mo­dèle bien mieux adap­té aux exi­gences de la mo­der­ni­té : pas de dogmes, le goût de l’ins­truc­tion, du tra­vail… Ce plus grand dy­na­misme s’est ma­ni­fes­té avec force au xixe siècle : les Al­le­mands pro­tes­tants réus­sis­saient mieux, s’en­ga­geaient da­van­tage, exer­çaient une plus grande in­fluence sur la so­cié­té. D’ailleurs, c’est une puis­sance pro­tes­tante, la Prusse, qui, à la fin du xixe siècle, a réa­li­sé l’uni­té du pays, ce qui a en­core plus contri­bué à dif­fu­ser les va­leurs lu­thé­riennes. Au point que les ca­tho­liques eux-mêmes ont fi­ni par les in­té­rio­ri­ser et les per­ce­voir non plus comme des va­leurs re­li­gieuses, mais plu­tôt comme un style de vie.

Ces va­leurs, quelles sont-elles ? Vous avez men­tion­né le goût du tra­vail…

Les Al­le­mands aiment tra­vailler en ef­fet. Le Fran­çais Jacques Ri­vière écri­vait en 1918 qu’ils « re­tombent dans le tra­vail comme d’autres dans le pé­ché ». Ça n’a pas vrai­ment chan­gé de­puis. Pour ce qui est des heures ré­gle­men­taires, rien ne semble les dif­fé­ren­cier de leurs voi­sins eu­ro­péens. Mais, si on re­garde les heures sup­plé­men­taires, on s’aper­çoit qu’ils en font plus que n’im­porte qui. Plus in­té­res­sant en­core : une bonne moi­tié de ces heures sup­plé­men­taires ne donnent lieu à au­cune com­pen­sa­tion fi­nan­cière, elles sont ef­fec­tuées gra­tui­te­ment, par pur amour du tra­vail !

Quel est le lien avec le pro­tes­tan­tisme ?

Pen­dant tout le Moyen Âge, le tra­vail était consi­dé­ré comme une pu­ni­tion di­vine, la con­sé­quence du pé­ché ori­gi­nel. Lu­ther a com­plè­te­ment ren­ver­sé cette pers­pec­tive. Il écrit : « L’homme est né pour tra­vailler comme l’oi­seau pour vo­ler. » Avec lui, le tra­vail est de­ve­nu une oeuvre pieuse, un hom­mage à la Créa­tion, la meilleure fa­çon de s’ac­com­plir, d’être plei­ne­ment un homme. La langue al­le­mande en garde la trace : le mé­tier (Be­ruf ) a été éle­vé au rang de vo­ca­tion (Be­ru­fung).

Et l’en­ri­chis­se­ment, mal vu jus­qu’alors, a ac­quis, par la même oc­ca­sion, une va­leur po­si­tive ?

Pas du tout ! Vous confon­dez cal­vi­nisme et lu­thé­ra­nisme. C’est Cal­vin qui a fait de la ri­chesse un signe d’élec­tion, qui l’a pré­sen­tée comme un bien­fait dis­pen­sé par Dieu pour ceux qu’Il a dé­ci­dé de sau­ver. Voyez Do­nald Trump. Il a été élu parce que, dans l’Amé­rique cal­vi­niste, il y a en­core cette idée que les riches, ceux qui ont réus­si, ont été choi­sis par Dieu. Rien de tel en Al­le­magne, où Trump n’au­rait ja­mais ga­gné ! Lu­ther se mé­fiait de l’ar­gent, il pen­sait même que la ri­chesse était dia­bo­lique. Il a re­fu­sé de tou­cher le moindre cen­time pour ses écrits. Il au­rait pu de­ve­nir mil­lion­naire, car sa tra­duc-

tion de la Bible est l’un des plus grands best-sel­lers de tous les temps. Mais il a dit : « L’ar­gent cor­rompt le ca­rac­tère. » C’est de­ve­nu un adage en al­le­mand.

Pour le cal­vi­niste, le tra­vail est avant tout un moyen de ga­gner de l’ar­gent. Pas pour le lu­thé­rien. Ce qui compte pour lui, c’est le tra­vail en lui-même, le tra­vail pour rien, si l’on peut dire. À ses yeux, tout tra­vail a la même va­leur et il im­porte peu d’être ser­vi­teur, ar­ti­san ou prince, l’es­sen­tiel est de bien faire son mé­tier. Un son­dage ré­cent de­man­dait aux gens quelles pro­fes­sions ils es­ti­maient le plus. Aux États-Unis, par­mi les dix pre­mières, on au­rait sû­re­ment trou­vé les chefs d’en­tre­prise. En Al­le­magne, les pom­piers oc­cupent la pre­mière place et les tra­vailleurs so­ciaux la deuxième, puis viennent les per­sonnes qui s’oc­cupent des per­sonnes âgées. Les éboueurs sont en sep­tième po­si­tion. Ce­la montre que les Al­le­mands ne s’in­té­ressent pas à la ré­mu­né­ra­tion, mais plu­tôt à l’uti­li­té so­ciale de chaque pro­fes­sion.

Cette dif­fé­rence entre lu­thé­ra­nisme et cal­vi­nisme peut-elle ex­pli­quer la dif­fé­rence de mo­dèle so­cial entre l’Al­le­magne et les États-Unis ?

Ab­so­lu­ment. Les pays où l’État so­cial est le plus dé­ve­lop­pé – les pays scan­di­naves et l’Al­le­magne – sont tous des pays lu­thé­riens. Pour Lu­ther, la com­mu­nau­té est res­pon­sable de tous ses membres, elle doit as­sis­tance à ses ma­lades, à ses han­di­ca­pés, aux en­fants. Le cal­vi­niste consi­dère, lui, que s’il est bien por­tant il n’a pas à payer pour les ma­lades. Ce qui fait que les Amé­ri­cains ont dû at­tendre Oba­ma pour avoir un sys­tème d’as­su­rance-ma­la­die à peu près com­pa­rable à ce­lui qu’avait mis en place Bis­marck à la fin du xixe siècle en Al­le­magne ! Et Trump est dé­jà en train de le re­mettre en cause…

Les Amé­ri­cains cal­vi­nistes ont au moins le mé­rite de la co­hé­rence : au­cune aide pour qui que ce soit. Les Al­le­mands lu­thé­riens dé­fendent l’État so­cial, mais vous écri­vez dans votre livre qu’ils sont hos­tiles aux chô­meurs. N’est-ce pas contra­dic­toire ?

En ap­pa­rence seule­ment. Le lu­thé­ra­nisme soup­çonne tou­jours le chô­meur de ne pas vou­loir tra­vailler, de re­fu­ser donc de rendre hom­mage à Dieu. Pour Lu­ther, tout le monde ne pou­vait pas re­ven­di­quer une aide de la com­mu­nau­té : les ma­lades, les en­fants, oui, mais pas ceux qui boivent au lieu de tra­vailler ou qui se sont en­det­tés.

Existe-t-il d’autres dif­fé­rences entre cal­vi­nisme et lu­thé­ra­nisme ?

Le rap­port à l’art, par exemple. Beau­coup de gens as­so­cient le pro­tes­tan­tisme à la des­truc­tion d’oeuvres d’art. Mais ces des­truc­tions ont été le fait des cal­vi­nistes, qui ac­cu­saient les images d’en­cou­ra­ger l’ido­lâ­trie. Pour Lu­ther, dans la me­sure où beau­coup de gens ne sa­vaient pas lire, les images res­taient im­por­tantes. Sim­ple­ment, il a de­man­dé aux ar­tistes de tou­jours ac­com­pa­gner leurs ta­bleaux d’une lé­gende ex­pli­ca­tive. Pour in­tro­duire une dis­tance, don­ner des clés d’in­ter­pré­ta­tion, em­pê­cher jus­te­ment tout risque de confondre la re­pré­sen­ta­tion de la di­vi­ni­té et la di­vi­ni­té elle-même. Le goût des Al­le­mands pour l’ex­pli­ca­tion, la mise en contexte des oeuvres d’art vient de là. Mieux : loin d’être un ico­no­claste, Lu­ther a eu l’in­tel­li­gence de se mettre en che­ville avec quelques-uns des plus grands ar­tistes de son temps. Il s’est lais­sé re­pré­sen­ter 30 à 40 fois par Cra­nach l’An­cien, par Dü­rer aus­si. Au­cun autre per­son­nage de l’his­toire al­le­mande n’a été au­tant por­trai­tu­ré. Il a aus­si fait peindre ses pa­rents, sa femme, toute sa fa­mille. Ces images, qui étaient le Fa­ce­book de l’époque, ont cir­cu­lé par­tout en Eu­rope. Il a donc fait un usage abon­dant et très no­va­teur des images.

Mais cette né­ces­si­té d’as­so­cier tou­jours un texte à une image montre que, dans le lu­thé­ra­nisme, le texte prime ?

Oui. Tout part du texte. Fon­da­men­ta­le­ment, le lu­thé­ra­nisme est un re­tour au texte de la Bible avec tout ce que

ce­la im­plique, qui est im­mense : en pre­mier lieu, l’al­pha­bé­ti­sa­tion des hommes et des femmes – car Lu­ther, mal­gré son in­dé­niable mi­so­gy­nie, a tou­jours écrit que « les jeunes filles comme les jeunes gar­çons » de­vaient ap­prendre à lire et écrire. À l’époque, c’était com­plè­te­ment ré­vo­lu­tion­naire. De là dé­coule, dans un se­cond temps, une cer­taine concep­tion de l’édu­ca­tion, très exi­geante. Tel­le­ment même qu’elle ex­plique, se­lon moi, le taux de na­ta­li­té très bas dans l’Al­le­magne ac­tuelle.

Que vou­lez-vous dire ?

Les Al­le­mands ont une concep­tion de la pa­ren­ta­li­té com­plè­te­ment idéa­li­sée, qui leur vient de Lu­ther. Ils pré­fèrent faire moins d’en­fants dont ils peuvent ain­si très bien s’oc­cu­per plu­tôt que beau­coup qu’ils né­gli­ge­raient. Les fa­milles nom­breuses sont mal vues chez nous, tou­jours sus­pectes de mal éle­ver leurs re­je­tons. Or, se­lon Lu­ther, quand vien­dra le Ju­ge­ment der­nier, il fau­dra rendre compte de la fa­çon dont on a éle­vé ses en­fants.

Pour re­ve­nir à l’es­sence du texte, com­ment s’ac­com­mode-t-elle de la place ex­cep­tion­nelle qu’oc­cupe la mu­sique en Al­le­magne ?

L’Al­le­magne, ef­fec­ti­ve­ment, pos­sède la culture mu­si­cale la plus riche du monde. Au­cun pays ne compte plus d’or­chestres par ha­bi­tant, et une étude de 2012 montre qu’un pe­tit Al­le­mand sur deux en moyenne ap­prend à jouer d’un ins­tru­ment. Mais, une nou­velle fois, Lu­ther n’est pas étran­ger à ce phé­no­mène ! Contrai­re­ment à Cal­vin, qui avait de grandes pré­ven­tions contre la mu­sique, Lu­ther la consi­dé­rait comme un don de Dieu. Il souf­frait de sé­vères dé­pres­sions – des ten­ta­tions du diable, se­lon lui, qu’il fal­lait com­battre. Or la mu­sique l’y ai­dait… Elle a joué un rôle cen­tral dans les églises lu­thé­riennes. Comme les images, elle fonc­tion­nait en as­so­cia­tion avec le texte. Lu­ther di­sait que ce­lui qui chante prie deux fois. Il loue Dieu par le texte mais aus­si par la mu­sique. Et, pour que cha­cun puisse chan­ter, il a in­tro­duit une in­no­va­tion ra­di­cale : des textes en al­le­mand et non plus en la­tin. Jus­qu’ici, seul le prêtre – qui sa­vait le la­tin – pou­vait chan­ter. Avec Lu­ther, l’ac­cès à la mu­sique s’est dé­mo­cra­ti­sé. A émer­gé une concep­tion de cet art très par­ti­cu­lière : c’est une joie, mais une joie sé­rieuse. Dans notre monde ac­tuel, lar­ge­ment sé­cu­la­ri­sé, cette concep­tion conti­nue à im­pré­gner le rap­port des Al­le­mands à la mu­sique. Ils l’écoutent en si­lence, de fa­çon re­cueillie. Je re­viens de Sar­daigne, où je suis al­lée à l’Opé­ra, et là c’est très dif­fé­rent : les gens parlent, rient. C’est im­pen­sable chez nous.

Se­lon vous, la culture pro­tes­tante al­le­mande est de­ve­nue la culture al­le­mande tout court, les ca­tho­liques al­le­mands re­pre­nant à leur compte les va­leurs lu­thé­riennes dé­sor­mais sé­cu­la­ri­sées. Pour­tant, le cli­vage entre pro­tes­tants et ca­tho­liques n’a pas com­plè­te­ment dis­pa­ru : au xxe siècle, les pro­tes­tants n’ont-ils pas beau­coup plus sou­te­nu Hit­ler que les ca­tho­liques ?

C’est l’un des cha­pitres les plus noirs du pro­tes­tan­tisme, mais un cha­pitre tout à fait ca­rac­té­ris­tique, hélas. Lu­ther était an­ti­sé­mite, c’est in­con­tes­table, et même d’un an­ti­sé­mi­tisme violent. Au dé­but, il a dé­fen­du une po­si­tion to­lé­rante, parce qu’il avait l’es­poir que les juifs se conver­ti­raient. Le ca­tho­li­cisme était si dé­ca­dent qu’il lui sem­blait nor­mal que les juifs aient émis des ré­serves jus­qu’alors. Mais, à par­tir du mo­ment où la re­li­gion était ré­for­mée, ces ré­serves de­vaient dis­pa­raître. Or ce­la n’a pas été le cas, il n’y a pas eu de conver­sions en masse de juifs, et son at­ti­tude a alors chan­gé : il ne s’est plus conten­té de dé­non­cer les er­reurs du ju­daïsme, il a te­nu des pro­pos hai­neux contre les juifs en tant que per­sonnes. De théo­lo­gique, son an­ti­sé­mi­tisme est de­ve­nu ra­cial. Et, au xixe siècle, quand l’an­ti­sé­mi­tisme s’est for­te­ment dé­ve­lop­pé en Al­le­magne, il a été fa­cile de le jus­ti­fier grâce aux écrits de Lu­ther.

Autre élé­ment qui ex­plique le plus grand sou­tien ap­por­té par les pro­tes­tants al­le­mands au na­zisme : Lu­ther, à la dif­fé­rence de Cal­vin, a tou­jours prê­ché l’obéis­sance aux puis­sances tem­po­relles. Se­lon lui, on pou­vait les cri­ti­quer, mais pas les re­mettre ra­di­ca­le­ment en cause, car elles étaient vou­lues par Dieu. Il a condam­né, par exemple, la guerre des Pay­sans – ce sou­lè­ve­ment contre les abus de l’aris­to­cra­tie. Pour lui, c’était un blas­phème.

Cette ten­dance du lu­thé­ra­nisme à l’obéis­sance a fait qu’il n’y a pas eu d’équi­valent de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise en Al­le­magne. Il était im­pen­sable de ren­ver­ser des mo­narques. La pre­mière et seule fois où ce­la a réus­si, c’est en 1989, avec la ré­vo­lu­tion pa­ci­fique en RDA. D’ailleurs, les pas­teurs y ont joué un rôle dé­ci­sif, pré­ci­sé­ment parce qu’ils avaient ti­ré les le­çons de ce qui s’était pas­sé sous le IIIe Reich. Ils avaient conscience de la res­pon­sa­bi­li­té qui avait été la leur. Ils ne vou­laient pas se lais­ser à nou­veau cor­rompre par une dic­ta­ture.

Les élec­tions lé­gis­la­tives al­le­mandes ont lieu fin sep­tembre. Quelle est l’in­fluence du lu­thé­ra­nisme sur la po­li­tique al­le­mande ac­tuelle ?

Les deux tiers des mi­nistres du gou­ver­ne­ment sor­tant sont pro­tes­tants. Et beau­coup d’entre eux agissent de fa­çon ty­pi­que­ment pro­tes­tante, pas tou­jours avec des ef­fets très po­si­tifs. Pre­nez le mi­nistre des Fi­nances, Wolf­gang Schäuble : s’il im­pose une austérité dé­mente à la Grèce, c’est en par­tie à cause de son rap­port lu­thé­rien à l’ar­gent. Il croit à l’épargne et a hor­reur des dettes. Les Al­le­mands plé­bis­citent une telle po­li­tique, même si ces der­nières an­nées, avec les taux né­ga­tifs, les épar­gnants per­daient de l’ar­gent et que les dettes per­mettent d’in­ves­tir dans l’ave­nir. N’ou­blions pas que, dans notre langue, « dette » se dit Schuld. C’est le même mot que pour « faute » !

Et An­ge­la Mer­kel ?

C’est elle aus­si une fi­gure ty­pi­que­ment pro­tes­tante. Au­cun luxe os­ten­ta­toire chez cette fille de pas­teur. Elle s’ha­bille de fa­çon mo­deste et passe les va­cances les moins spec­ta­cu­laires qui soient dans sa mai­son de cam­pagne. Tout ce­la par­ti­cipe lar­ge­ment d’une mise en scène, bien en­ten­du, mais si­gni­fi­ca­tive de ce qu’at­tendent les Al­le­mands de leurs di­ri­geants. Au dé­but de mon livre, je ra­conte que, lorsque j’étais jour­na­liste au ma­ga­zine po­li­tique Ci­ce­ro, j’avais en­quê­té sur les re­pas de la chan­ce­lière, qui, loin de l’image de so­brié­té qu’elle veut don­ner, fait ap­pel, pour ses dî­ners en cercle res­treint, aux meilleurs chefs de Ber­lin. J’avais re­cueilli le té­moi­gnage de l’un d’eux. Son pa­tron m’a sup­plié de ne pas pu­blier l’ar­ticle : la chan­cel­le­rie n’au­rait plus ja­mais fait ap­pel à ses ser­vices. Voi­là qui au­rait été im­pen­sable en Ita­lie ou en France. Il n’y a qu’en Al­le­magne que les di­ri­geants doivent à ce point se gar­der de mon­trer qu’ils pro­fitent de la vie !

LE LIVRE

Deut­schland Lu­ther­land. Wa­rum uns die Re­for­ma­tion bis heute prägt (« L’Al­le­magne, pays de Lu­ther. Pour­quoi la Ré­forme nous fa­çonne en­core au­jourd’hui »), Karl Bles­sing Ver­lag, 2015, 256 p.

L’AU­TEURE

Ch­ris­tine Eichel est une jour­na­liste et écri­vaine al­le­mande. Elle a tra­vaillé pour la té­lé­vi­sion et di­ri­gé le ser­vice culture du ma­ga­zine po­li­tique Ci­ce­ro puis ce­lui de l’heb­do­ma­daire Fo­cus. Notre en­tre­tien avec elle a été réa­li­sé à la Mai­son Hein­rich Heine, à Pa­ris.

Si le mi­nistre al­le­mand des Fi­nances Wolf­gang Schäuble a im­po­sé une austérité dé­mente à la Grèce, c’est en par­tie à cause de son rap­port lu­thé­rien à l’ar­gent, es­time Ch­ris­tine Eichel.

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