LE BARON JAUNE DE PRAGUE

Un livre dé­nonce le mé­lange des genres pra­ti­qué par An­drej Ba­biš, un in­dus­triel mil­liar­daire aux portes du pou­voir.

Books - - ÉDITO | SOMMAIRE -

Žlutý baron, de Ja­kub Pa­to­cka et Zu­za­na Vla­satá

Sil­vio Ber­lus­co­ni fut le pre­mier de la dé­fer­lante, se­lon le quo­ti­dien tchèque Dnes. Puis il y a eu An­drej Kis­ka en Slo­va­quie, Pe­tro Po­ro­chen­ko en Ukraine, Bid­zi­na Iva­ni­sh­vi­li en Géor­gie. Et, en­fin, Do­nald Trump aux États-Unis. Le Tchèque d’ori­gine slo­vaque An­drej Ba­biš ne fait pas en­core par­tie de la liste, mais ce­la ne sau­rait tar­der. À l’is­sue des lé­gis­la­tives d’oc­tobre pro­chain en Ré­pu­blique tchèque, et la vic­toire pro­mise à son mou­ve­ment po­pu­liste ANO (acro­nyme si­gni­fiant « Ac­tion des ci­toyens mé­con­tents » ain­si que « oui » en tchèque), il de­vrait of­fi­ciel­le­ment in­té­grer le club de plus en plus large des hommes d’af­faires par­ve­nus au som­met de l’État.

C’est pour évi­ter ce scé­na­rio que Ja­kub Pa­toč­ka et Zu­za­na Vla­satá ont pu­blié Žlutý baron. Les deux jour­na­listes ne s’en cachent pas : « Ces élec­tions sont les plus im­por­tantes de­puis 1992 [date de la fin de la Tché­co­slo­va­quie] », s’alarme l’un d’eux dans De­nik Re­fe­ren­dum. Il est donc né­ces­saire de faire toute la lu­mière sur cet an­cien membre du Par­ti com­mu­niste de­ve­nu mil­liar­daire (sa for­tune est es­ti­mée à 2,7 mil­liards de dol­lars, se­lon le der­nier clas­se­ment Forbes). À la tête de plu­sieurs grands mé­dias et de l’em­pire agroa­li­men­taire Agro­fert, le quin­qua­gé­naire a été mi­nistre des Fi­nances avant d’être dé­mis de ses fonc­tions en mai der­nier pour cause de conflit d’in­té­rêts.

Socle de la puis­sance de Ba­biš, le conglo­mé­rat Agro­fert dé­tient 0,7% du ter­ri­toire tchèque ; il est le pre­mier em­ployeur du pays et contrôle 30% du mar­ché de la bou­lan­ge­rie. Les deux au­teurs dé­noncent l’en­ri­chis­se­ment dou­teux du « baron jaune » grâce aux sub­ven­tions pu­bliques (160 mil­lions d’eu­ros entre 2004 et 2013), et un sa­vant mé­lange des genres entre ac­tion pu­blique et in­té­rêts pri­vés.

Les Tchèques se sont ar­ra­ché ce livre, mais ce­la n’a pas eu d’in­ci­dence sur la cote de po­pu­la­ri­té de Ba­biš (64 % d’opi­nions fa­vo­rables). Les élec­teurs re­tiennent que, sous son mi­nis­tère, le pays a en­re­gis­tré le taux de chô­mage le plus bas d’Eu­rope, que la dette a sen­si­ble­ment di­mi­nué, la crois­sance aug­men­té et les sa­laires avec. « Il faut gé­rer l’État comme une en­tre­prise dont les ci­toyens se­raient les ac­tion­naires. Nous avons ici 10 mil­lions d’ac­tion­naires ! » s’est fé­li­ci­té Ba­bis dans l’heb­do­ma­daire Ty­den, ré­af­fir­mant son mé­pris pour les po­li­ti­ciens de car­rière qui, « dé­pour­vus de [s]es ta­lents de bu­si­ness­man, n’au­ront ja­mais rien ap­pris ». Une ex­pé­rience qui le rap­proche, ré­pète-t-il sou­vent, d’Em­ma­nuel Ma­cron.

« Ba­biš a ado­ré le voir étriller les par­tis tra­di­tion­nels », note le quo­ti­dien Li­do­vé No­vi­ny. Le pré­sident fran­çais « a tra­vaillé comme ban­quier, donc ce n’est pas un po­li­ti­cien tra­di­tion­nel qui n’au­rait vé­cu que de la po­li­tique. Et puis, En Marche ! est comme nous un mou­ve­ment cen­triste, sou­te­nu par des grands pa­trons », confirme Ba­biš dans les co­lonnes du quo­ti­dien. Seules ses po­si­tions pro-eu­ro­péennes dé­plaisent au « baron jaune » : pas as­sez an­ti­sys­tème à son goût.

Les Tchèques sont pré­ve­nus : si An­drej Ba­biš de­vient Pre­mier mi­nistre en oc­tobre pro­chain, il gé­re­ra l’État comme une en­tre­prise.

Žlutý baron. Sku­tecný plán An­dreje Ba­biše: Zrí­dit stát ja­ko fir­mu

(« Le baron jaune. Le vé­ri­table pro­jet d’An­drej Ba­biš : gé­rer l’État comme une en­tre­prise »), de Ja­kub Pa­to­cka et Zu­za­na Vla­satá, Re­fe­ren­dum, 2017.

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