AL­COOL ET ÉJACULATION PRÉ­COCE

Dans ce nou­veau vo­lume des on au­to bio­gra­phie fleuve, Karl Ove Knaus­gaard ne s’ in­té­resse qu’à deux choses : la bois­son et les filles.

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Aux confins du monde, de Karl Ove Knaus­gaard

C’est de­ve­nu un ren­dez­vous at­ten­du. Tous les dix-huit ou vingt-quatre mois pa­raît aux édi­tions De­noël un nou­veau vo­lume de l’au­to­bio­gra­phie de Karl Ove Knaus­gaard. Est-il en­core né­ces­saire de pré­sen­ter cette oeuvre mo­nu­men­tale, in­ti­tu­lée Mon com­bat – le plus grand best-sel­ler nor­vé­gien de tous les temps, qu’on a pu com­pa­rer à rien moins que la Re­cherche du temps per­du ? Knaus­gaard en a ré­di­gé les 3600 pages en un temps re­cord, se re­li­sant à peine, ten­tant de col­ler au plus près de la réa­li­té, quitte à se lan­cer dans d’in­ter­mi­nables des­crip­tions d’ac­ti­vi­tés sans in­té­rêt ap­pa­rent (comme le mé­nage).

Le pre­mier tome était consa­cré à la fi­gure du père, al­coo­lique et violent. Le deuxième, consi­dé­ré comme le plus réus­si, aux amours de l’au­teur avec sa com­pagne, la ro­man­cière sué­doise Lin­da Bos­tröm, et à ses frus­tra­tions de père au foyer. Le troi­sième re­ve­nait sur son en­fance. Ce­lui qui pa­raît à pré­sent en France fait un bond de quelques an­nées. On y re­trouve Knaus­gaard à l’orée de l’âge adulte, jeune pro­fes­seur dans un vil­lage per­du au nord du cercle arc­tique. « C’est le vo­lume le plus lé­ger et le plus drôle de tous ceux qui ont été tra­duits jus­qu’ici », es­time dans The New York Times le ro­man­cier Jef­frey Eu­ge­nides, qui a beau­coup contri­bué au suc­cès de l’au­teur nor­vé­gien dans les pays an­glo­phones.

Dans Aux confins du monde, Knaus­gaard boit beau­coup et lorgne avec concu­pis­cence cer­taines de ses élèves, à peine moins âgées que lui. Il a 18 ans et il est en­core vierge. Il avoue même ne s’être en­core ja­mais mas­tur­bé. Les oc­ca­sions de pas­ser à l’acte ne manquent pour­tant pas. Il est beau gar­çon, les femmes lui tombent dans les bras. Sim­ple­ment, il a un pe­tit pro­blème dont la ré­cur­rence de­vient l’un des grands mo­tifs co­miques du livre. « Ce nou­vel opus au­rait pu s’in­ti­tu­ler “Mon com­bat… avec l’al­cool et l’éjaculation pré­coce” », ré­sume Rod­ney Welch dans The Wa­shing­ton Post.

Knaus­gaard tente aus­si de de­ve­nir écri­vain. Il ré­dige quelques nou­velles et il lit beau­coup – Joyce, Tol­kien, Kun­de­ra, García Már­quez, Ham­sun. Il ido­lâtre He­ming­way. Ce qui ne manque pas de sel quand on com­pare le style di­rect et el­lip­tique de son mo­dèle et le sien. « Lui ne suit pas la théo­rie de l’ice­berg chère à He­ming­way, se­lon la­quelle les neuf dixièmes d’une his­toire doivent se trou­ver sous la sur­face, mais la théo­rie de la toun­dra, dans la­quelle une plaine im­mense et froide de dé­tails s’étend sous vos yeux », re­marque Jon Day dans le Fi­nan­cial Times. Une plaine dont la mo­no­to­nie même fas­cine.

Dans le qua­trième vo­let de son au­to­bio­gra­phie, Karl Ove Knaus­gaard se ra­conte au sor­tir de l'ado­les­cence.

Aux confins du monde, de

Karl Ove Knaus­gaard, tra­duit du nor­vé­gien par Ma­rie-Pierre Fi­quet, De­noël, 656 p., 24,50 €.

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