La prin­ci­pale fonc­tion du som­meil pa­ra­doxal n’est pas le rêve.

Books - - 17 FAITS & IDÉES À GLANER DANS CE NUMÉRO -

Dans le der­nier livre pa­ru à ce jour sur le som­meil, le jour­na­liste scien­ti­fique Hen­ry Ni­cholls, lui-même at­teint de nar­co­lep­sie, in­ter­roge de nom­breux spé­cia­listes et constate l’ab­sence de consen­sus sur la ques­tion cen­trale: du point de vue de l’évo­lu­tion, à quoi sert de dor­mir? 1. Jerome Sie­gel, de l’uni­ver­si­té de Ca­li­for­nie à Los An­geles, penche pour une éco­no­mie d’éner­gie : le som­meil «re­flète l’avan­tage d’être in­ac­tif quand les condi­tions ne sont pas par­faites. Si vous de­vez conti­nuel­le­ment dé­pen­ser de l’éner­gie même quand elle n’est pas ai­sé­ment dis­po­nible, vous au­rez peu de des­cen­dants ou pas du tout ». Ob­jec­tion : le cer­veau dé­pense beau­coup d’éner­gie en dor­mant, sur­tout pen­dant le som­meil pa­ra­doxal. Mais tout de même moins que pen­dant l’éveil, ré­pond Sie­gel. Sa théo­rie ex­pli­que­rait que la quan­ti­té de som­meil re­quise pour une es­pèce don­née est fonc­tion du temps de re­pos que ses re­pré­sen­tants peuvent s’ac­cor­der. L’Aus­tra­lien Ja­mie Seymour penche aus­si pour une ex­pli­ca­tion éner­gé­tique, mais sous un autre angle. Sa mas­cotte est une re­dou­table mé­duse, Chi­ro­nex fle­cke­ri. Do­tée de 24 yeux, elle semble bien dor­mir la nuit, po­sée inerte sur le fonds ma­rin. « Ce­la fait sens de li­mi­ter l’éner­gie consom­mée et de la consa­crer à croître.» De même, les jeunes en­fants ont be­soin de beau­coup de som­meil pour per­mettre à l’hor­mone de crois­sance d’opé­rer. Pour le bio­lo­giste évo­lu­tion­niste J. Lee Ka­va­nau, le som­meil a été in­ven­té pour per­mettre au cer­veau de trai­ter l’in­for­ma­tion sans être en­com­bré par les sens. Les es­pèces aveugles ou do­tées d’une très faible vi­sion semblent n’avoir pas be­soin de dor­mir ou très peu. Les ex­pé­riences de l’équipe de Giu­lio To­no­ni à l’uni­ver­si­té du Wis­con­sin à Ma­di­son sug­gèrent que, chez les mam­mi­fères, le som­meil pro­fond opère à la fois un « la­vage de cer­veau » et une conso­li­da­tion des in­for­ma­tions utiles (lire aus­si « Dor­mir pour ou­blier ? », p. 18). Quant à sa­voir pour­quoi l’évo­lu­tion a in­ven­té le som­meil pa­ra­doxal, le mys­tère reste com­plet, es­time Em­ma­nuel Mi­gnot, de l’uni­ver­si­té Stan­ford. Il émet l’hy­po­thèse que chez les ver­té­brés ce­la a été la pre­mière forme de som­meil. De fait, il est gé­né­ré par le tronc cé­ré­bral, une struc­ture pri­mi­tive. Se­lon Mi­gnot, la prin­ci­pale fonc­tion du som­meil pa­ra­doxal n’est pas le rêve mais la qua­si-pa­ra­ly­sie du corps qui l’ac­com­pagne : re­pos phy­sique com­plet. Mais d’autres spé­cia­listes sou­lignent la sur­re­pré­sen­ta­tion du som­meil pa­ra­doxal chez les foe­tus et les nour­ris­sons hu­mains : il doit jouer un rôle dans le dé­ve­lop­pe­ment du cer­veau. Le rêve pour­rait aus­si com­plé­ter le tra­vail de « mé­nage » opé­ré par le som­meil pro­fond. Et sti­mu­ler la créa­ti­vi­té (lire notre dos­sier « Nos rêves ont-ils un sens ? », Books, juin 2015).

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