TER­MI­NUS NEW YORK

Un ou­vrage post­hume rend hom­mage à Eve­lyn Ho­fer, « la plus cé­lèbre des pho­to­graphes mé­con­nus aux États-Unis ». Grande voya­geuse, elle re­ve­nait tou­jours à New York, sa ville d’adop­tion, de­ve­nue son plus grand dé­fi ar­tis­tique.

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Le re­gard d’Eve­lyn Ho­fer, pho­to­graphe in­jus­te­ment mé­con­nue, sur sa ville d’adop­tion, de­ve­nue son plus grand dé­fi ar­tis­tique.

Elle ne pre­nait ja­mais ses pho­tos à la va-vite, pas vrai­ment au ha­sard non plus. Elle prê­tait une at­ten­tion toute par­ti­cu­lière à la lu­mière, no­tant dans un pe­tit car­net à quel mo­ment de la jour­née elle était op­ti­male (sou­vent à l’aube), et re­ve­nait le len­de­main, ou un autre jour, mu­nie de son ma­té­riel. « Elle ac­com­plis­sait son tra­vail avec pa­tience et un in­croyable sou­ci du dé­tail. Elle uti­li­sait une chambre 4 × 5, lourde et mas­sive, et pre­nait son temps pour chaque cli­ché – comme lors­qu’elle tra­vaillait sur ses livres de voyage, fai­sant de longs re­pé­rages au préa­lable », ra­conte son as­sis­tant de tou­jours, An­dreas Pau­ly, au­jourd’hui res­pon­sable de ses archives.

Eve­lyn Ho­fer est dé­cé­dée en 2009, à Mexi­co, où sa fa­mille avait trou­vé re­fuge après un long pé­riple eu­ro­péen, fuyant la bar­ba­rie na­zie. Née en 1933 à Mar­bourg, en Al­le­magne, elle a ain­si vé­cu à Ge­nève, à Zu­rich, à Pa­ris et à Ma­drid. Elle s’éta­blit à New York en 1946 et, à par­tir de cette date, la « ville qui ne dort ja­mais » se­ra son port d’at­tache. Son chez-elle. Et son «plus grand dé­fi pho­to­gra­phique», ajoute An­dreas Pau­ly, à qui l’on doit l’ini­tia­tive de cet ou­vrage in­ti­tu­lé sim­ple­ment New York.

Les pho­tos qui le com­posent ont été prises entre 1964 et 1975, et cer­taines d’entre elles ont dé­jà été pu­bliées dans un livre pa­ru en 1965, New York Pro­clai­med 1, co­si­gné par l’écri­vain et cri­tique bri­tan­nique Vic­tor Saw­don Prit­chett et cha­leu­reu­se­ment ac­cueilli par la presse amé­ri­caine à l’époque. « Un livre splen­dide », écri­vait Rus­sell Lynes, le di­rec­teur du ma­ga­zine Har­per’s, sur­tout im­pres­sion­né par le re­gard culti­vé et ori­gi­nal que pose V.S. Prit­chett sur sa ville. Cette for­mule – des pho­tos ac­com­pa­gnant un texte d’écri­vain sur une ville (ou l’in­verse) – s’im­po­se­ra comme le mode de tra­vail fa­vo­ri d’Eve­lyn Ho­fer : elle fe­ra ain­si des livres sur Flo­rence, Du­blin, Londres et Wa­shing­ton, dé­ployant toute la force de

son ta­lent. Un ta­lent qui res­te­ra, mal­gré les ef­forts d’une poi­gnée d’ad­mi­ra­teurs fi­dèles, sous-es­ti­mé de son vi­vant. À sa dis­pa­ri­tion, The New York Times lui consa­cra une longue né­cro­lo­gie qui la com­pa­rait à Au­gust San­der et à Ro­bert Frank, tout en consta­tant qu’elle était res­tée lar­ge­ment igno­rée outre-At­lan­tique. L’in­fluent cri­tique d’art amé­ri­cain Hil­ton Kra­mer aime par­ler d’elle comme de la «plus cé­lèbre des pho­to­graphes mé­con­nus aux États-Unis ».

Le re­gard qu’elle pose, en tout cas, sur New York et ses ha­bi­tants ne laisse pas in­dif­fé­rent. Plus d’un de­mi-siècle plus tard, on reste ébloui par les lignes épu­rées de l’ar­chi­tec­ture de la ville, tout « en ver­ti­cales et en ho­ri­zon­tales», comme

l’écri­vait dé­jà Rus­sell Lynes en 1965. On y dé­couvre une mé­ga­pole tour à tour dé­serte et bon­dée – ce qui n’em­pêche pas Eve­lyn Ho­per d’iso­ler et de fixer sur sa pel­li­cule des per­son­nages à la fois ano­nymes et em­blé­ma­tiques. Un po­li­cier du Bronx, un pro­me­neur de Cen­tral Park, le voi­tu­rier d’un grand hô­tel, des dé­mé­na­geurs au re­pos, un gar­çon bou­cher à Lit­tle Ita­ly, une fa­mille his­pa­nique au grand com­plet sur le pa­lier de son ap­par­te­ment… Tous fixent son ob­jec­tif avec une in­ten­si­té in­ouïe. Les cli­chés noir et blanc, très gra­phiques, al­ternent avec pho­tos en Ko­da­chrome, aux cou­leurs chaudes, jo­li­ment nos­tal­giques d’une époque char­nière, les an­nées 1960 et 1970. En fait, Eve­lyn Ho­fer semble hé­si­ter pen­dant toute sa vie entre les deux, gar­dant un pied dans l'après­guerre et po­sant ré­so­lu­ment l’autre dans le xxie siècle. Mais, éton­nam­ment, New York reste tou­jours la même : in­croya­ble­ment mo­derne même dans ses as­pects les plus vin­tage.

L'AU­TEUREEve­lyn Ho­fer (1922-2009) est une pho­to­graphe amé­ri­caine d’origine al­le­mande. Elle s’éta­blit en 1946 à New York, où elle col­la­bore à Vogue et à Har­per’s Ba­zaar, et co­signe des ou­vrages sur des villes ou des pays.À par­tir des an­nées 1970, elle se concentre sur des pro­jets pho­to­gra­phiques au long cours pour la presse ma­ga­zine (no­tam­mentLife et The New York Times Ma­ga­zine).

As­ta­na,2009. Ar­tères, 1964..

Sta­tion de la ligne L, 1964.

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