LA BEAU­TÉ AVANT TOUT

Une phy­si­cienne al­le­mande dé­nonce l’at­ta­che­ment de ses col­lègues à des théo­ries plus belles que fon­dées.

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Lost in Math, de Sa­bine Hos­sen­fel­der

Théo­rie des cordes, mul­ti­vers, su­per­sy­mé­trie… Au­tant de théo­ries phares de la phy­sique qui «n’ont abou­ti à rien de­puis deux gé­né­ra­tions et conti­nuent d’at­ti­rer les fi­nan­ce­ments et l’at­ten­tion, mal­gré la pos­si­bi­li­té qu’elles soient to­ta­le­ment dé­con­nec­tées de la réa­li­té, note l’as­tro­phy­si­cien Ethan Sie­gel dans Forbes. Dans son livre Lost in Math, Sa­bine Hos­sen­fel­der met les pieds dans le plat.» Cette phy­si­cienne al­le­mande, spé­cia­liste de la gra­vi­té quan­tique, re­grette que, pour ses col­lègues, les don­nées ex­pé­ri­men­tales passent par­fois au se­cond plan, der­rière l’es­thé­tique. «Théo­ri­ser en l’ab­sence de don­nées em­pi­riques n’est pas nou­veau et a por­té ses fruits dans le pas­sé, rap­pelle le jour­na­liste scien­ti­fique Anil Anan­thas­wa­my dans la re­vue Na­ture. Au dé­but des an­nées 1960, le phy­si­cien amé­ri­cain Mur­ray Gell-Mann uti­lise la sy­mé­trie pour amé­lio­rer le mo­dèle stan­dard et pré­dire l’exis­tence de par­ti­cules qu’il ap­pelle quarks. Ses équa­tions ma­thé­ma­tiques se sont avé­rées justes et lui ont va­lu le prix No­bel.» Au­jourd’hui, cer­taines hy­po­thèses ne peuvent pas être vé­ri­fiées par l’ex­pé­rience et d’autres ont été in­va­li­dées par les faits, sans pour au­tant être re­mises en cause. C’est le cas de la su­per­sy­mé­trie. En com­bi­nant tout ce qui a de la va­leur aux yeux des phy­si­ciens théo­ri­ciens (sy­mé­trie, na­tu­rel, uni­fi­ca­tion et dé­cou­verte in­at­ten­due), la su­per­sy­mé­trie est de­ve­nue « ce que les bio­lo­gistes ap­pellent un hy­per­sti­mu­lus, un dé­clen­cheur ar­ti­fi­ciel mais ir­ré­sis­tible », dé­nonce Hos­sen­fel­der. Pour la phy­si­cienne, ses col­lègues at­tachent trop d’im­por­tance à la « beau­té » de ces théo­ries. Un terme trom­peur, re­grette le phy­si­cien Pe­ter Woit sur le site de l’As­so­cia­tion amé­ri­caine des ma­thé­ma­ti­ciens: les concepts de sy­mé­trie, d’uni­fi­ca­tion et de na­tu­rel « ont ga­gné leurs ga­lons grâce à leur suc­cès dans le dé­ve­lop­pe­ment du mo­dèle stan­dard de la phy­sique, et, si on peut leur donner une va­leur es­thé­tique, je ne suis pas convain­cu que ce soit éclai­rant. Dans le même temps, Hos­sen­fel­der af­firme conti­nuer de croire que de nou­velles idées vont émer­ger avec leur propre forme de beau­té.» C’est ce qui rend le livre «in­con­tour­nable, es­time Phi­lip Ball dans Pros­pect. Ce n’est pas tant un pam­phlet que l’aveu de la foi va­cillante d’Hos­sen­fel­der. Elle in­ter­roge (par­fois sans mé­na­ge­ment) des cher­cheurs émi­nents comme si elle cher­chait des rai­sons de croire que sa branche de la phy­sique ne s’est pas éga­rée.»

Lost in Math: How Beau­ty Leads Phy­sics As­tray (« Per­dus dans les cal­culs : comment la beau­té per­ver­tit la phy­sique »), de Sa­bine Hos­sen­fel­der, Basic Books, 2018.

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