CONFU­SION ET SEN­TI­MENTS

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Aux confins de la Nor­vège, deux gar­çons ado­les­cents connaissent le temps d’un été une idylle aus­si brève que fou­droyante. An­ne­li Fur­mark et Mo­ni­ka Stein­holm livrent un ré­cit ini­tia­tique à dimension uni­ver­selle.

Aux confins de la Nor­vège, deux gar­çons ado­les­cents connaissent le temps d’un été une idylle aus­si brève que fou­droyante. La des­si­na­trice suédoise An­ne­li Fur­mark et la ro­man­cière nor­vé­gienne Mo­ni­ka Stein­holm livrent un ré­cit ini­tia­tique à dimension uni­ver­selle.

Jens, 17 ans, est un grand rou­quin pa­taud aux yeux verts. Ti­mide, il se trouve un peu gros et ne sait pas na­ger – ce qui peut se ré­vé­ler un vé­ri­table han­di­cap pour un ado­les­cent de Trom­sø, prin­ci­pale ville nor­vé­gienne au-de­là du cercle po­laire. Sur­tout en cet été ca­ni­cu­laire où il se­ra sou­vent ame­né à se je­ter à l’eau, au propre comme au fi­gu­ré. Un été après le­quel rien ne se­ra plus comme avant : quel ado n’en a pas connu ?

Jens est amou­reux. D’abord de Nik­las, son ami d’en­fance qui, lui, sort avec la jo­lie Gunn. Du coup, Jens est ter­ri­ble­ment mal­heu­reux, ce qui l’amène à avouer son ho­mo­sexua­li­té à ses pa­rents – très com­pré­hen­sifs, même si sa mère tente de l’en­voyer chez le psy et que son père consi­dère qu’être amou­reux «c’est pas la fin du monde ». « C’est juste très chiant », ajoute-t-il.

En fait, Jens n’est pas au bout de ses peines. En vi­site chez son oncle, il va vite ou­blier Nik­las pour Edor, un gar­çon un peu fê­lé, as de ska­te­board et hé­té­ro in­vé­té­ré, qui n’ima­gine pas un seul ins­tant tom­ber raide dingue de Jens. Et là, c’est un vé­ri­table coup de foudre dans la nuit blanche de l’été nor­vé­gien.

Po­sée comme ce­la, l’his­toire que nous ra­content Mo­ni­ka Stein­holm et An­ne­li Fur­mark a tout l’air d’une ré­édi­tion à l’eau de rose de La Confu­sion des sen­ti­ments à l’ère de Fa­ce­book et des ré­seaux so­ciaux, om­ni­pré­sents dans la vie de ces ados du Grand Nord. Mais, en fait, on y dé­couvre une vé­ri­table his­toire d’amour avec ses tour­ments et ses joies, dé­crite avec force et beau­coup de pu­deur.

Un pre­mier amour qui prend la forme d’une double ré­vé­la­tion, celle de soi comme celle de l’autre, et qui va, comme le laisse en­tendre la fin du ré­cit, fa­çon­ner à tout ja­mais la vie de ces deux jeunes. Être amou­reux de cette fa­çon-là peut être éprou­vant, mais ce n’est ja­mais, quoi qu’en pense le pa­pa de Jens, « chiant ».

À l’origine, Au plus près est un ro­man jeu­nesse de la jeune au­teure nor­vé­gienne Mo­ni­ka Stein­holm, qui vit elle-même à Trom­sø. Sa dimension uni­ver­selle, bien au-de­là de la thé­ma­tique des amours ho­mo­sexuelles, est cer­tai­ne­ment la rai­son de son suc­cès dans le monde scan­di­nave. « Des pay­sages somp­tueux et des sen­ti­ments splen­dides », ré­sume le quo­ti­dien sué­dois Da­gens Ny­he­ter. C’est An­ne­li Fur­mark, très connue pour ses ro­mans gra­phiques en Suède, qui a mis le ré­cit en images.

La lec­ture d’Au plus près a aus­si des ver­tus pé­da­go­giques, au­tant pour les jeunes que pour leurs pa­rents. Nous sommes en Nor­vège, où l’ho­mo­sexua­li­té est, a prio­ri, mieux ac­cep­tée qu’ailleurs. Mais les ré­sis­tances sont là, peu­têtre moins vi­sibles mais, de ce fait, plus in­si­dieuses. Même si les pa­rents de Jens semblent com­pré­hen­sifs, ils n’en sont pas moins em­bar­ras­sés par le co­ming out de leur fils. Jens ira donc se ré­fu­gier chez son oncle, qui vit lui-même avec un homme à Finnsnes, à 160 ki­lo­mètres de Trom­sø. Le couple est en train d’or­ga­ni­ser la pre­mière gay pride de l’his­toire de leur vil­lage, peu­plé de quelque 3 000 âmes.

L’événement se pas­se­ra d’ailleurs très bien mal­gré quelques af­fiches ar­ra­chées par l’ami d’en­fance d’Edor – par ja­lou­sie plu­tôt que par homophobie. Mais Edor, qui vit dans la fa­mille re­com­po­sée de son père – un homme très sym­pa­thique au de­meu­rant –, se heurte à une telle hos­ti­li­té de sa part, froide, si­len­cieuse et dé­fi­ni­tive, qu’il ne pour­ra pas as­su­mer ses sen­ti­ments pour Jens. Il en sor­ti­ra dé­vas­té, et cer­tai­ne­ment aus­si un peu gran­di. Mais quel gâ­chis !

LE LIVREAu plus près, tra­duit du sué­dois par Flo­rence Si­sask, Édi­tions çà et là, 224 p., 22 €. En librairie le 19 oc­tobre.LES AU­TEURESAn­ne­li Fur­mark est une illus­tra­trice et au­teure de bande des­si­née suédoise. Trois de ses livres, Le Centre de la Terre (2013), Hi­ver rouge (2015) et Un So­leil entre des pla­nètes mortes (2017), ont été tra­duits aux Édi­tions çà et là.Mo­ni­ka Stein­holm est une écri­vaine de lit­té­ra­ture jeu­nesse nor­vé­gienne.

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