UN HÉROS OR­DI­NAIRE

Les Mé­moires d’un an­cien com­bat­tant dont la vie a épou­sé les vio­lents sou­bre­sauts du xxe siècle.

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Alois Du­bec est le héros tchèque par ex­cel­lence: c’est ce que ré­pètent les mé­dias à l’oc­ca­sion de la pa­ru­tion de son au­to­bio­gra­phie co­si­gnée avec le jour­na­liste Tomáš Men­schik. L’homme y ra­conte ses aven­tures à tra­vers le xxe siècle et l’Eu­rope et, mal­gré ses exils, ré­af­firme son amour de la pa­trie.

Né en 1923 en Tché­co­slo­va­quie, Du­bec connaît la pé­riode paisible de la Pre­mière Ré­pu­blique tché­co­slo­vaque, puis l’an­nexion des Su­dètes en 1938 à la suite des ac­cords de Mu­nich et l’ins­tau­ra­tion l’an­née sui­vante du pro­tec­to­rat de Bo­hê­meMo­ra­vie par l’Al­le­magne na­zie. Le jeune Alois Du­bec s’en­gage dans l’ar­mée de cet État sa­tel­lite mais, quand l’heb­do­ma­daire Tý­den pose la ques­tion qui fâche – « Pour­quoi vous être engagé dans cette ar­mée qui, de fac­to, était au ser­vice de l’Al­le­magne?» –, l’in­té­res­sé ba­laie le soup­çon. C’est pour évi­ter de ser­vir en Al­le­magne que Du­bec a choi­si cette ar­mée qui, as­su­ret-il, était un signe d’es­poir pour les Tchèques : « Nous prê­tions main-forte en cas d’inon­da­tion, de tem­pête, pour les mois­sons... Sur notre uni­forme, rien n’était al­le­mand. On écou­tait même la BBC.» Puis, comme il l’ex­plique au quo­ti­dien Dnes : « Toute la Ré­pu­blique a tra­vaillé pour les Al­le­mands. Même les fa­bri­cants de pan­toufles tra­vaillaient pour eux. Ils en avaient be­soin pour vivre et les Al­le­mands payaient cor­rec­te­ment ».

En 1944, Du­bec est en­voyé re­joindre les troupes na­zies en Ita­lie. Là, il passe du cô­té des par­ti­sans des bri­gades Ga­ri­bal­di. Jus­qu’à l’ar­ri­vée de l’hi­ver. « Les Ita­liens étaient ren­trés chez eux en at­ten­dant le prin­temps. On n’y croyait pas, mais ils étaient juste par­tis, comme ça », s’amu­set-il au­jourd’hui. Il prend alors la di­rec­tion de la Suisse puis de la Grande-Bre­tagne, où la Royal Air Force bri­tan­nique (RAF) lui offre une for­ma­tion de pi­lote. À la fin la guerre, re­tour en Tché­co­slo­va­quie. Après le coup d’État com­mu­niste de 1948, «il se­ra pa­veur, ar­ti­fi­cier, can­ton­nier», énu­mère le quo­ti­dien Dnes. Qui ex­plique : « Il était sus­pect en tant qu’an­cien sol­dat de l’Ouest, il ne pou­vait pas res­ter dans l’ar­mée.» Du­bec tien­dra jus­qu’au prin­temps de Prague en 1968 avant un nou­veau dé­part pour la Suisse. « Nous par­tions alors pour mille ans. Pour tou­jours.» L’exil du­re­ra fi­na­le­ment jus­qu’en 2000. Et le re­tour se­ra triom­phal. Sou­vent in­vi­té dans les écoles, il ra­conte sa vie avec ses amis par­ti­sans ita­liens ou pi­lotes de la RAF, sa ren­contre avec la reine d’An­gle­terre ou le pe­tit-fils de Chur­chill. « Lui, le trou­fion, le sol­dat du pro­tec­to­rat, le par­ti­san italien, le pi­lote de la RAF, le car­rier, l’émi­gré en Suisse », s’en­flamme Tý­den.

Di­voký kluk Alois Du­bec: Z Vla­cho­vy Lho­ty do RAF a zpet (« Sau­vage Alois Du­bec : de Vla­cho­va Lho­ta à la RAF et re­tour ») d’Alois Du­bec et Tomáš Men­schik, Ar­go, 2018.

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