LA MÉ­TA­PHORE DU SCULP­TEUR

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Mat­thew Wal­ker écrit dans Pour­quoi nous dor­mons :

« Ima­gi­nez la créa­tion d’une sculp­ture à par­tir d’un bloc d’ar­gile. Il convient d’abord de pla­cer un large tas de ma­tière pre­mière sur un pié­des­tal (c’est la masse des sou­ve­nirs per­son­nels ac­cu­mu­lés, les nou­veaux et les an­ciens, of­ferts chaque nuit au som­meil). On éli­mine en­suite une grande par­tie de la ma­tière su­per­flue (longs tron­çons de som­meil pro­fond), avant de fa­çon­ner briè­ve­ment les premiers dé­tails (courtes pé­riodes de som­meil REM). Après cette pre­mière ses­sion, les mains sé­lec­tives re­viennent ex­ca­ver en pro­fon­deur (nou­velle longue phase de som­meil pro­fond), pour en­ta­mer en­suite une phase plus mar­quée de conso­li­da­tion des struc­tures raf­fi­nées qui ont émer­gé (un peu plus de som­meil REM). Après plu­sieurs autres cycles de tra­vail, l’équi­libre des be­soins sculp­tu­raux s’est in­ver­sé. Les traits prin­ci­paux ont été taillés à par­tir de la masse ori­gi­nelle de la ma­tière pre­mière. Puis­qu’il ne reste plus que l’ar­gile im­por­tante, le sculp­teur et ses ou­tils cherchent à ren­for­cer et à su­bli­mer cer­tains traits de la ma­tière res­tante (c’est le be­soin des fonc­tions du som­meil REM qui se fait avant tout sen­tir, le som­meil pro­fond n’ayant plus que peu de tra­vail à ac­com­plir.)

Le som­meil trouve dans ce sys­tème un moyen de ré­soudre avec élé­gance la crise de l’ar­chi­vage de nos sou­ve­nirs, la force ex­ca­va­trice glo­bale du som­meil pro­fond s’im­po­sant dans un pre­mier temps avant de lais­ser la place à la main gra­veuse du som­meil REM, qui vient mê­ler les dé­tails, les mettre en connexion et les ajou­ter les uns aux autres. »

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