L’ÉPO­PÉE DES RE­FUZ­NIKS

Books - - ARCHIVES -

Leurs en­fants noir­cissent au­jourd’hui les pages des grands jour­naux amé­ri­cains. Sous leur plume, on peut sou­vent lire les ar­ticles les plus avi­sés sur la Rus­sie de Vla­di­mir Poutine. Pour la plu­part, ils n’y ont pra­ti­que­ment pas vé­cu: ils sont amé­ri­cains, is­raé­liens ou eu­ro­péens, des­cen­dants des « re­fuz­niks » (ot­kaz­ni­ki, de « re­fus » en russe), ces juifs dis­si­dents so­vié­tiques qui ont pu quit­ter le pays de « l’avenir ra­dieux » à par­tir de 1970, par­fois après des an­nées de tra­cas­se­ries ad­mi­nis­tra­tives, d’as­si­gna­tion à ré­si­dence ou de pri­son.

Après une es­cale en Eu­rope (Vienne ou Rome, le plus sou­vent), beau­coup de juifs d’URSS ont conti­nué leur route vers Is­raël. Le plus cé­lèbre d’entre eux est cer­tai­ne­ment l’homme po­li­tique et écri­vain is­raé­lien Na­tan Sha­rans­ky, lon­gue­ment em­pri­son­né en URSS avant d’être échan­gé contre des es­pions so­vié­tiques. Mais bien d’autres se sont éta­blis aux États-Unis, sur­tout à New York. Tous ont em­por­té une par­tie de la Rus­sie avec eux, qu’ils ont trans­mis à leurs des­cen­dants. Dans les textes de la jour­na­liste Ma­sha Ges­sen ou du ro­man­cier Gary Sh­teyn­gart, le pays d’origine est tou­jours là, sus­ci­tant au­tant de craintes que de fas­ci­na­tion. Après avoir été les premiers à s’in­quié­ter des dé­rives de la dé­mo­cra­tie russe, les en­fants de re­fuz­niks es­timent qu’ils ont, dé­sor­mais, un autre com­bat à me­ner après l’élec­tion de Do­nald Trump dans leur pays d’adop­tion. « Je suis né dans une dic­ta­ture, je ne compte pas mou­rir dans une autre », dit Gary Sh­teyn­gart, qui a quit­té son Le­nin­grad na­tal avec ses pa­rents à l’âge de 6 ans.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.