LE TELUGU À L’HON­NEUR

Books - - PÉRISCOPE -

Grand nom de la lit­té­ra­ture en telugu, une des langues les plus par­lées en Inde après le hin­di, Vis­wa­nadha Sa­tya­na­raya­na (1895­1976) se voit of­frir à titre post­hume une tra­duc­tion en an­glais avec un re­cueil re­mar­qué de deux courts ro­mans. Si­tué à Londres au dé­but du xxe siècle, le pre­mier ré­cit met en scène un de­mi­dieu à tête de che­val tout droit is­su de la my­tho­lo­gie hin­doue, qui parle sans­krit et at­ter­rit au beau mi­lieu de Tra­fal­gar Square. Cette créa­ture nom­mée Ha Ha Hu Hu «dé­fie les clas­si­fi­ca­tions de l’Eu­rope des Lu­mières, où l’homme règne en maître sur la na­ture », note l’heb­do­ma­daire pro­gres­siste Out­look. Comme Ha Ha Hu Hu ne se laisse pas im­pres­sion­ner par la tech­nique eu­ro­péenne, l’au­teur telugu conforte « l’idée d’un Oc­ci­dent ma­té­ria­liste au­quel s’op­pose une Inde spi­ri­tuelle». Dans le deuxième texte, un uni­ver­si­taire est vi­si­té en rêve par un poète de langue telugu du xiiie siècle et par l’au­teur des cé­lèbres fables du Pan­cha­tan­tra, les­quels dé­si­rent ap­prendre l’an­glais. Mais, au fil de la le­çon, les an­ciens s’étonnent : «Tu ne connais ni l’an­glais ni le telugu.» Mor­dant? Oui, Sa­tya­ na­raya­na est une «fi­gure cli­vante », re­con­naît Out­look. Les pro­gres­sistes de son époque le mé­pri­saient en tant que « re­lique d’un âge obs­cu­ran­tiste», tan­dis que ses ad­mi­ra­teurs voyaient en lui « le der­nier grand poète à avoir dé­fen­du la culture in­dienne contre les forces mon­tantes de la mo­der­ni­té oc­ci­den­tale». Dans l’heb­do­ma­daire con­ser­va­teur In­dia To­day, on ap­pré­cie cette tra­duc­tion d’un au­teur « sar­do­nique et drôle », qui aborde « l’hé­gé­mo­nie lin­guis­tique et cultu­relle » de fa­çon « sti­mu­lante ».

Ha Ha Hu Hu, de Vis­wa­nadha Sa­tya­na­raya­na, tra­duit du telugu par Vel­che­ru Na­raya­na Rao, Pen­guin, 2018.

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