CARTE DE VI­SITE Lire en poche En­tre­tien avec Lio­nel Des­tre­mau

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La Bible, l’ico­no­gra­phie éro­tique, la littérature de gare, le ro­man noir, la col­lec­tion « Que sais-je ? »..., le livre de poche a une as­cen­dance plus que mé­tis­sée. C’est dans les an­nées 30 dans le monde an­glo-saxon (Pen­guin et Po­cket Books), et en 1953 en France (Le Livre de Poche), que ce for­mat se gé­né­ra­lise pour la dif­fu­sion de la littérature clas­sique avant de tou­cher tous les genres lit­té­raires et de don­ner une se­conde vie aux oeuvres ré­centes. Mais ce n’est qu’en 2005 que leur se­ra consa­cré un sa­lon, à l’ini­tia­tive d’un en­sei­gnant aux mé­tiers du livre et de la ville de Gra­di­gnan, en ban­lieue bor­de­laise. Celle-ci vou­lait ain­si sou­li­gner la qua­li­té et l’am­bi­tion de sa toute nou­velle mé­dia­thèque. Les édi­teurs, in­té­res­sés, dou­tèrent néan­moins de la vo­lon­té des au­teurs de se dé­pla­cer. Mais le suc­cès pu­blic étei­gnit toute ter­gi­ver­sa­tion, et dé­mon­tra dé­fi­ni­ti­ve­ment l’at­ta­che­ment et la consi­dé­ra­tion des lec­teurs pour un for­mat que cer­tains ju­gèrent long­temps avec condes­cen­dance. C’est dé­sor­mais l’équi­valent de sa po­pu­la­tion que reçoit Gra­di­gnan du­rant trois jours, soit 25 000 vi­si­teurs. Tou­jours or­ga­ni­sé par la ville, l’évé­ne­ment est de­puis 2012 pla­cé sous la res­pon­sa­bi­li­té de Lio­nel Des­tre­mau, an­cien édi­teur spé­cia­li­sé dans l’exé­gèse lit­té­raire, grand ama­teur et au­teur de poé­sie, cri­tique au Ma­tri­cule des anges, mais sur­tout an­cien di­rec­teur de col­lec­tion ro­man noir et poé­sie au Seuil puis res­pon­sable d’édi­tion pour la col­lec­tion, de poche, Points.

En quoi se dis­tingue l’édi­tion de poche de l’édi­tion tra­di­tion­nelle « grand for­mat » ?

Cô­té édi­tion, c’est une pro­duc­tion plus tech­nique où le mar­ke­ting est plus pré­sent, où il est au­tant ques­tion de chiffres que de lettres. Le poche est stra­té­gique, c’est une vache à lait pour les édi­teurs. Mais sa grande qua­li­té est sa ca­pa­ci­té à ame­ner le lec­teur vers des écri­tures et des genres qu’il n’au­rait ja­mais tes­tés sans ce­la. Son faible coût, sa pra­ti­ci­té et l’éten­due des ca­ta­logues per­mettent beau­coup plus de cu­rio­si­té, que l’on soit grand lec­teur ou lec­teur des plages et tran­sports.

Lire en poche tra­duit-il cette di­ver­si­té ?

C’est un sa­lon gé­né­ra­liste. Nous ac­cueillons douze li­braires, qui, cha­cun avec sa spé­ci­fi­ci­té et sa sen­si­bi­li­té, couvre le large spectre du poche avec des grands au­teurs, des confi­den­tiels, des po­pu­laires, des nou­veaux, des ex­pé­ri­men­ta­teurs, des tech­ni­ciens... Et puis la littérature jeu­nesse qui re­pré­sente le tiers de l’es­pace et des pro­po­si­tions. C’est en fait un sa­lon de pas­se­relles. J’adore y aper­ce­voir des té­les­co­pages, comme cette jeune fille l’an pas­sé met­tant dans le même sac un livre d’éric Che­vil­lard et un autre de Ber­nard Wer­ber. Grâce au poche, nous avons tous ces contra­dic­tions dans

nos bi­blio­thèques. Ce ne sont d’ailleurs des contra­dic­tions que pour les profs de fac. Il s’agit plu­tôt de plaisirs va­riés. Même quand par­fois pointe la dé­cep­tion ou l’in­com­pré­hen­sion, il y a tou­jours une dé­cou­verte, une ex­plo­ra­tion.

Cô­té au­teurs ?

L’éven­tail est éga­le­ment large. Notre par­rain, Har­lan Co­ben cette an­née, n’est pas un hôte de pres­tige qui cache la mi­sère. Rien que son in­vi­té carte blanche, Lee Child, est plus po­pu­laire que lui dans le monde an­glo-saxon. Au to­tal, une cen­taine d’au­teurs sont pré­sents. Mais l’ob­jec­tif n’est pas de les ali­gner comme dans une étable en­chai­nant des si­gna­tures sans dis­con­ti­nu. Lire en poche est un peu comme un mar­ché des pro­duc­teurs, où le contact di­rect est pri­vi­lé­gié. 90 % des au­teurs par­ti­cipent aux pro­grammes de ren­contres, dé­bats ou ani­ma­tions. Avec comme point d’ap­pui en 2017 la thé­ma­tique « pou­voirs de l’ima­gi­na­tion ». Un vaste su­jet qui nous per­met éga­le­ment de faire un fo­cus sur la littérature science-fic­tion, fan­tas­tique ou fan­ta­sy.

Les li­seuses et autres in­no­va­tions nu­mé­riques ne vous font-elles pas craindre pour l’ave­nir du livre de poche ?

Les usages nu­mé­riques sont un com­plé­ment plus qu’un rem­plaçant. Vous n’ame­nez pas votre li­seuse à la plage, vous ne la tor­dez pas dans votre jean, vous n’y cor­nez ou sou­li­gnez rien... Bien de ses uti­li­sa­teurs re­viennent en ar­rière, ou com­binent les usages. Du moins chez ceux qui connaissent le pa­pier. L’en­jeu est plu­tôt avec les toutes der­nières gé­né­ra­tions. Équi­pées d’écrans de­puis le plus jeune âge, en­core faut-il qu’elles croisent l’ob­jet livre. C’est pour­tant le moyen idéal de dé­ve­lop­per la concen­tra­tion et une mé­moire sur le temps long, ce que ne leur ap­por­te­ra pas le html. Cô­té au­teurs et édi­teurs, le livre aug­men­té de­vrait être à mon sens une piste de tra­vail prio­ri­taire. Mais il est vrai que les ou­vrages col­la­bo­ra­tifs sont un peu à l’op­po­sé du ca­rac­tère du lit­té­ra­teur.

Un coup de coeur à par­ta­ger pour cette édi­tion ?

Ils sont nom­breux. J’en ci­te­rai un pour la confiance qu’il trans­met bien que ce­la soit dans un monde post-apo­ca­lyp­tique. Par­mi cette mince hu­ma­ni­té sur­vi­vante et dé­so­lée, l’es­poir re­naît d’une troupe qui se réunit pour jouer Sha­kes­peare. Ce qui sur­vit, ce n’est pas la tech­nique et l’in­fra­struc­ture mais l’art et la culture. Une oeuvre, « Sta­tion ele­ven » (fi­na­liste du Na­tio­nal Book Awards, ndlr), et une au­teure ca­na­dienne, Emi­ly St. John Man­del, à re­trou­ver sur le sa­lon et lors d’une ren­contre (le 7/10 à 16h30).

Lire en poche Du 6 au 8/10 Parc de Man­da­vit, Gra­di­gnan Liane 10, 36 et na­vette de­puis les Quin­conces les 7 et 8 entre 13h et 17h50. www.li­reen­poche.fr

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