Por­trait Au­rore Ca­sa­no­va

De la danse à la vigne, il n’y a qu’un pas… Ou presque

Bulles & Millesimes - - SOMMANAIRE - Par Jean Ba­tilliet

Je me sen­tais bien. Dans la nature, dans le si­lence, presque en ape­san­teur

Elle parle du cham­pagne avec sen­si­bi­li­té, élo­quence et pré­ci­sion. Tour­billon­nante comme les bulles qu’elle éla­bore de­puis l’âge de 24 ans. Au­rore Ca­sa­no­va n’est pas is­sue du sé­rail cham­pe­nois. Mais ce­lui-ci l’a ad­mise avec bien­veillance tant sa conver­sion est ori­gi­nale et sa per­son­na­li­té at­ta­chante. Rien ne des­ti­nait cette jeune dan­seuse à pas­ser du tu­tu et des chaus­sons à la com­bi­nai­son de vi­gne­ronne. Et pour­tant !

« Ma f amille était pro­prié­taire de pr esque deux hect ares à Puil­sieux. Ma mère ex­ploi­tait de­puis 1986 des vignes qu’ell e avait plan­tées en 1968. C’est elle qui m’a ap­pris à les conduire se­lon les be­soins par­ti­cu­lier s de chaque par celle. Puis ell e m’a lais­sé faire comme je le sen­tais. Je n’uti­lise pas de désher­bants. Je prends la char­rue et je m’oriente vers la bio­dy­na­mie sans la contrainte des cer­ti­fi­ca­tions. »

De la danse à la vigne, il n’y a qu’un pas… Ou presque. Au­rore

Ca­sa­no­va choi­sit de re­prendre l’ex­ploi­ta­tion à 24 ans. « Cette dé­ci­sion a été prise à un mo­ment où j’av ais en­vie de tour­ner une page. » De trou­ver une nou­velle res­pi­ra­tion. « J’ai com­men­cé la danse à Pa­ris à l’âge de 10 ans. Le ma­tin, j’étu­diais et l’après-mi­di, j’al­lais au col­lège Ro­gno­ni, l’école des En­fants

du Spec­tacle, proche du Pa­ra­dis La­tin », se sou­vient-elle. Elève douée, elle par­ti­cipe à son pre­mier spec­tacle à l’âge de 14 ans au Théâtre du Châ­te­let avec le bal­let Ma­riins­ky de Saint-Pé­ters­bourg (Rus­sie). Lau­réate de nom­breux pre­miers prix, elle in­tègre le corps de bal­let de l’opé­ra de Bor­deaux. Elle re­joint en­suite ceux de l’opé­ra de Rome, du bal­let royal da­nois de Co­pen­hague et de l’opé­ra de Zu­rich. Entre 17 et 24 ans, elle en­chaîne les tour­nées. « J’ai presque fait le tour du

monde. De Bang­kok à San Fran­cis­co. » Sa grâce et sa pré­ci­sion sur les pointes font mer­veille. La jeune femme vi­re­volte dans ce monde exi­geant et par­fois très dur. Elle s’oc­troie une pa­ren­thèse dans le ci­né­ma aux cô­tés de Ca­role Bou­quet et Fran­çois Ber­léand, dans le pre­mier film de Niels Ta­ver­nier, Au­rore, et par­ti­cipe à un court-mé­trage de Bo­ris Za­bo­rov, Son­net, avec Char­lotte Ram­pling. En 2011, elle tire sa ré­vé­rence sur la scène de l’opé­ra de Zu­rich.

Un uni­vers émo­tion­nel

Au­rore Ca­sa­no­va met la même éner­gie à dé­cou­vrir le monde du cham­pagne que ce­lui de la cho­ré­gra­phie. Elle passe un di­plôme de re­prise d’ex­ploi­ta­tion au ly­cée vi­ti­cole d’Avize, fait la ren­contre de vi­gne­rons pas­sion­nés et dé­cide de créer sa marque. Dans le vi­gnoble de Puil­sieux, elle trouve une sé­ré­ni­té ab­so­lue. « Je me sen­tais bien. Dans la nature, dans le si­lence, presque en ape­san­teur. » Elle ap­porte à la vigne la mi

nu­tie qui était la sienne sur scène. « J’ai beau­coup été ai­dée au dé­part et j’ai choi­si des as­sem­blages qui cor­res­pondent à l’uni­vers sen­so­riel et émo­tion­nel dans l equel je veux em­me­ner le dé­gus­ta­teur. »

De­puis le mil­lé­sime 2016, la jeune femme vi­ni­fie seule une par­tie de la ven­dange et com­mer­cia­lise sous son nom de 6.000 à 7.000 bou­teilles. La gamme com­prend un brut com­po­sé de char­don­nay, pi­not noir et meu­nier et un rosé conçu avec le même as­sem­blage. « Je cher che un rosé qui res­semble à un pét ale. » Au­rore Ca­sa­no­va ne s’em­balle pas. Elle sait

que la réus­site est une aven­ture au long cours. « Je tra­vaille avec la res­tau­ra­tion, ex­plique celle qui a dé­jà f ait la une de L’Ex­press… à sa grande sur­prise. Avec mon ma­ri, Jean-Bap­tiste, vi­gne­ron lui aus­si, nous avons des pro­jets de dé­ve­lop­pe­ment. Mais sans prendre de risques. Une par­tie de mes r ai­sins sont ven­dus à Pal­mer, une belle co­opé­ra­tive de Reims, pour pré­ser­ver notre équi­libre fi­nan­cier.» Au­rore Ca­sa­no­va n’en­tend pas faire de grands je­tés à corps per­du.

© Do­mi­nique Bru­neau

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