Le tube de plu­sieurs gé­né­ra­tions

Le Type H de Ci­troën, a ec­tueu­se­ment mais im­pro­pre­ment bap­ti­sé “Tube”, fête ses 70 ans cette an­née. Em­blé­ma­tique dupay­sage d’une cer­taine France tein­tée de nos­tal­gie, au même titre que sa cou­sine la 2 CV, il a entre autres per­mis à desama­teurs d’éva­sion

Camping-Car Magazine - - Ré­tro - PAR PHI­LIPPE BILLON

En­fant de la guerre, le Type H a été conçu en ca­chette de l’oc­cu­pant, par une équipe ré­duite, sous la hou­lette de Pierre Fran­chi­set. Une gé­nèse qui n’est pas sans rap­pe­ler celle de la Re­nault 4 CV. Si cette der­nière a re­mis la France sur la route, le Type H est l’uti­li­taire qui a per­mis à ses tra­vailleurs de faire de même. In­con­tour­nable dès sa com­mer­cia­li­sa­tion, en 1948, ce vaillant gaillard a tout fait : com­merce am­bu­lant, ré­veillant les cam­pagnes au son de son klaxon, étal de mar­ché, four­gon de l’ar­ti­san, am­bu­lance ou cor­billard, dé­pan­neuse, bu­reau de poste iti­né­rant, grue de feue EDF, pa­nier à sa­lade avec sa robe pie… Sans ou­blier, bien sûr, des trans­for­ma­tions en cam­ping-car ! Il faut dire que l’en­gin est très mo­derne pour l’époque avec ses roues avant mo­trices, sa car­ros­se­rie mo­no­coque, son plan­cher bas et plat, sa porte la­té­rale cou­lis­sante, le tout avec une bouille in­imi­table qui en­gendre im­mé­dia­te­ment

la sym­pa­thie. En fait, seule la coque, consti­tuée de tôle on­du­lée – per­met­tant une moindre épais­seur, sans perdre en ri­gi­di­té –, est in­édite car, pour le reste, le Type H est un mé­ca­no : en­semble mo­to­pro­pul­seur de la Trac­tion Avant (7 ou 11 CV), mais dis­po­sée mo­teur vers l’avant (sur la Trac­tion, c’est la boîte de vi­tesses), train avant de 15/6 et ac­ces­soires de 2 CV (vo­lant, comp­teurs, Com­mo­do, poi­gnées de portes, ré­tro­vi­seurs, phares…).

Simple, pas cher, évo­lu­tif Le four­gon est pen­sé dans un sou­ci d’éco­no­mie, comme le montrent les char­nières réa­li­sées par pliage de tôles, les toiles qui font of ce de car­ros­se­rie à l’ar­rière sur les pre­miers mil­lé­simes, ou en­core la cou­leur im­po­sée puisque dé­jà en stock chez Ci­troën. Mais ses cô­tés pra­tiques, comme la porte cou­lis­sante – très rare à l’époque –, le hayon ar­rière en trois par­ties, les dif­fé­rentes formes de car­ros­se­rie, la fa­ci­li­té et la ca­pa­ci­té de char­ge­ment em­portent l’adhé­sion des ar­ti­sans, com­mer­çants, ad­mi­nis­tra­tions et amé­na­geurs ama­teurs. Pour­tant, le “Tube” est loin d’être par­fait. Si sa te­nue de route en­chante, le confort net­te­ment moins, ses per­for­mances sont ané­miques et le vo­lume so­nore à bord qua­si in­sup­por­table. Sans ou­blier une consom­ma­tion par­ti­cu­liè­re­ment éle­vée, même si le critère n’in­té­res­sait que peu à l’époque. Ce­la n’a pas em­pê­ché notre be­so­gneux de res­ter plus de 33 ans au ca­ta­logue des che­vrons et de s’écou­ler à un de­mi-mil­lion d’exem­plaires, sans évo­lu­tion ma­jeure. Bien sûr, ce ver­sa­tile ne pou­vait lais­ser les adeptes d’éva­sion in­sen­sibles. Ré­pan­du, fa­cile à ré­pa­rer, pas trop cher en oc­ca­sion et simple à amé­na­ger, le Type H se prête d’au­tant plus à la réa­li­sa­tion d’un cam­ping-car. Si les trans­for­ma­tions pro­fes­sion­nelles, comme celles des car­ros­se­ries Le Bas­tard de Rouen ou Cur­rus de Pa­ris, sont ra­ris­simes, im­pos­sible en re­vanche de re­cen­ser les in­nom­brables réa­li­sa­tions d’ama­teurs. Re­te­nons tou­te­fois celle de Paul Ma­gès, in­gé­nieur Ci­troën, pa­pa entre autres de la sus­pen­sion hy­drau­lique, qui en 1949 réa­lise l’un des pre­miers cam­ping-cars fran­çais, et sans doute le pre­mier Type H amé­na­gé (voir té­moi­gnage de son ls Mi­chel, page sui­vante). Au­jourd’hui, après s’être ra­ré é au point de de­ve­nir aus­si in­trou­vable qu’un da­hu, le Type H connaît une énième car­rière avec le dé­ve­lop­pe­ment des food-trucks dont il de­vient une gure em­blé­ma­tique. En­core. Car le “Tube” est éter­nel.

L’un des pre­miers Type H amé­na­gés est l’oeuvre de Paul Ma­gès, brillant in­gé­nieur tra­vaillant chez Ci­troën, qui dé­ve­lop­pa, entre autres, la sus­pen­sion hy­drau­lique (qui fit la re­nom­mée de la marque). Son fils Mi­chel se sou­vient : « Nous étions une fa­mille nom­breuse, et il n’y avait pas de voi­ture per­met­tant de se dé­pla­cer à huit. Mon père a donc dé­ci­dé d’ache­ter un H pour le trans­for­mer. Les portes et le hayon ar­rière ont tout d’abord été dé­po­sés, châs­sis et pa­villon ral­lon­gés, ain­si que les pa­rois la­té­rales grâce à des portes cou­lis­santes sou­dées. Des vitres ont été po­sées sur la porte cou­lis­sante et les cô­tés cor­res­pon­dants au vé­hi­cule d’ori­gine. L’iso­la­tion a été réa­li­sée avec de la laine de verre re­cou­verte d’Iso­rel, et un double plan­cher sous le­quel se ran­geaient, le ma­tin, les lits sus­pen­dus des en­fants. Deux ban­quettes la­té­rales se trans­for­maient en cou­chage pour nos pa­rents. Dans la par­tie sé­jour, si­tuée der­rière la ca­bine, il‚y avait une gla­cière et, à l’ar­rière, un la­va­bo avec un cir­cuit d’eau que l’on met­tait sous pres­sion grâce à une valve sur le ré­ser­voir et une pompe à main. Nous pas­sions les va­cances dans le Var, près de Bormes-les-Mi­mo­sas, puis dans un cam­ping de Pam­pe­lonne. Nous l’avons gar­dé long­temps avant qu’un de nos voi­sins du cam­ping ne le ra­chète et ne l’uti­lise quelques an­nées. Par la suite, notre H a été re­ven­du à un pro­prié­taire ter­rien qui trans­por­tait ses che­vaux avec, puis à une so­cié­té de chasse pour ses adhé­rents. Au­jourd’hui, il a cer­tai­ne­ment dis­pa­ru. Je me rap­pelle qu’il at­ti­sait la‚ cu­rio­si­té, un cam­ping-car dans les an­nées 1950, ce n’était pas cou­rant ! Ga­ré de­vant les chan­tiers na­vals de la Cio­tat, à l’heure de la dé­bauche, il avait at­ti­ré une foule in­croyable ! »

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