Turquie: un corps mi­li­taire sous ten­sions

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ex­pres­sion « paix dans le pays, paix dans le monde » ré­sume la stra­té­gie dé­fen­sive de la Turquie entre 1923 et 2015. De­puis, An­ka­ra nour­rit une vi­sion plus of­fen­sive de la dé­fense, en­cou­ra­gée par le dé­clin pro­gres­sif de l’in­fluence des mi­li­taires sur les af­faires po­li­tiques. Amor­cé de­puis l’ar­ri­vée du Par­ti de la jus­tice et du dé­ve­lop­pe­ment (AKP) au pou­voir en 2002, ce dé­clin a été ren­for­cé par la ten­ta­tive de coup d’État de juillet 2016. La Turquie cherche à se do­ter d’une pro­fon­deur stra­té­gique dans son étran­ger proche. L’opé­ra­tion « Bou­clier de l’Eu­phrate » (août 2016-mars 2017) a eu pour am­bi­tion d’éra­di­quer la me­nace dji­ha­diste à la fron­tière tur­co-sy­rienne et d’em­pê­cher toute conti­nui­té ter­ri­to­riale entre les can­tons kurdes de Sy­rie. Un contin­gent turc sta­tionne aus­si à Ba­shi­qa, près de Mos­soul, en Irak. En in­vo­quant les « droits his­to­riques » is­sus de l’Em­pire ot­to­man, le pré­sident Re­cep Tayyip Er­do­gan (de­puis 2014) se place comme le ga­rant des groupes sun­nites du nord de l’Irak et s’ins­crit dans la lutte plu­ri­sé­cu­laire contre l’en­ne­mi per­so-chiite. Ain­si, la Turquie se dote de points d’ap­pui au Qa­tar et en Somalie ; ces dé­ploie­ments per­ma­nents hors du ter­ri­toire na­tio­nal sont une pre­mière de­puis la fin de l’Em­pire. À par­tir de 1998, la ma­rine (DZKK) as­sure la jonc­tion par le dé­ve­lop­pe­ment de ca­pa­ci­tés hau­tu­rières. La construc­tion pour 2021 du TCG Ana­do­lu, équi­valent des Mis­tral fran­çais, ma­ni­feste cette am­bi­tion. Par son ton­nage, la DZKK est la on­zième ma­rine du monde, la qua­trième de Mé­di­ter­ra­née et la pre­mière du bas­sin Le­van­tin. Au tra­vers d’un soutien fi­nan­cier et d’une po­li­tique de com­mandes pu­bliques, l’État turc, conscient de son re­tard, nour­rit une stra­té­gie d’ac­qui­si­tion de ma­té­riel de dé­fense moderne et na­tio­nal. Quand le pays fait ap­pel à des par­te­naires étran­gers, il exige un trans­fert de tech­no­lo­gies afin d’at­teindre l’au­to­suf­fi­sance mi­li­taire. Néan­moins, les co­opé­ra­tions mi­li­taires se font plus rares. Pa­ra­doxa­le­ment, c’est au mo­ment où An­ka­ra en­tend rayon­ner sur la scène ré­gio­nale que l’ar­mée se re­trouve mise à mal. Sa taille est re­la­ti­ve­ment pré­ser­vée, car les mi­li­taires li­mo­gés sont rem­pla­cés par des « ci­vils en treillis », mais cette pra­tique pose la ques­tion de sa qua­li­té. En ef­fet, les cadres sont les prin­ci­pales cibles des purges, ce qui ré­duit les ca­pa­ci­tés de pla­ni­fi­ca­tion et de com­man­de­ment. L’ar­mée de l’air (THK) est la plus tou­chée, les purges pro­vo­quant même une pa­ra­ly­sie des ca­pa­ci­tés de frappe. Le dé­fi­cit de pi­lotes (chasse, ra­vi­taille­ment, hé­li­co­ptères) et les nom­breuses ré­vo­ca­tions dans les forces spé­ciales amènent à dou­ter des ca­pa­ci­tés aé­ro­por­tées du pays, et donc de la cré­di­bi­li­té à me­ner une guerre moderne contre un en­ne­mi ir­ré­gu­lier à l’ins­tar des dji­ha­distes de l’or­ga­ni­sa­tion de l’État is­la­mique (EI ou Daech) ou des com­bat­tants du Par­ti des tra­vailleurs du Kur­dis­tan (PKK).

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