Les in­sectes, à la res­cousse de l’hu­ma­ni­té ?

En 2050, la Terre ac­cueille­ra 9,77 mil­liards d’êtres hu­mains, se­lon les Na­tions unies, soit 2,2 mil­liards de plus qu’en 2017. Face aux risques d’in­sé­cu­ri­té ali­men­taire, les in­sectes ap­pa­raissent comme un moyen de sub­ve­nir aux be­soins, d’au­tant qu’ils sont

Carto - - ENVIRONNEMENT - J. Ca­My

La bio­masse des in­sectes a bais­sé de 76% en Eu­rope entre 1989 et 2016, se­lon une étude scien­ti­fique pu­bliée en oc­tobre 2017 et réa­li­sée sur une soixan­taine de ter­ri­toires en Al­le­magne, pou­vant être re­pré­sen­ta­tive de ce qui se passe sur le con­tinent (1). Les fac­teurs ex­pli­ca­tifs de ce dé­clin sont nom­breux. Il y a les her­bi­cides, qui éli­minent les herbes avec les­quelles ils se nour­rissent, les in­sec­ti­cides, mais éga­le­ment l’ex­pan­sion de la taille des terres agri­coles, en­traî­nant la dis­pa­ri­tion des mu­rets, haies, mares dans les­quels ils se re­pro­duisent. De nom­breux in­sectes sont me­na­cés. En France, l’abeille voit chaque an­née 30 % de ses co­lo­nies dis­pa­raître et le phé­no­mène est iden­tique aux États-Unis. Ba­rack Oba­ma (2009-2017) avait lan­cé en 2014 une stra­té­gie pour sau­ver les abeilles amé­ri­caines. Et elles ne sont pas les seules tou­chées. Dans l’Hexa­gone, cinq es­pèces de pa­pillons sont dans la zone rouge, comme l’her­mite, qui ac­cuse une baisse de 30 % d’in­di­vi­dus en dix ans. Cer­taines li­bel­lules sont me­na­cées, et même le co­léo­ptère pique-prune, qui joue un rôle im­por­tant dans la chaîne ali­men­taire puis­qu’il est l’une des proies pré­fé­rées des ani­maux noc­turnes des fo­rêts. En Nou­velle-Zé­lande, le cha­ran­çon bos­se­lé, es­pèce en­dé­mique, est me­na­cé d’ex­tinc­tion, comme le bour­don géant de Dahl­bom en Ar­gen­tine, la nymphe de Grèce (li­bel­lule), le pa­pillon bleu du Si­naï… Le pa­pillon mo­narque, cé­lèbre pour ses mi­gra­tions à tra­vers l’Amé­rique du Nord, est éga­le­ment pro­té­gé et sur­veillé en rai­son de la baisse de sa po­pu­la­tion de­puis les an­nées 1990. En Al­le­magne, le nombre d’es­pèces de pa­pillons est pas­sé de 117 en 1840 à 71 en 2013. Ain­si, cette di­mi­nu­tion est mon­diale et pour­rait avoir des ré­per­cus­sions graves. Car les in­sectes jouent un rôle im­por­tant dans la pol­li­ni­sa­tion pour plus de 80 % des plantes sau­vages (mais aus­si les cultures) et re­pré­sentent la source de nour­ri­ture de 60% des oi­seaux. Les in­sectes comme les guêpes qui pa­ra­sitent les pu­ce­rons peuvent aus­si rem­pla­cer la chi­mie dans ce cas pré­cis.

UN PLAT DE RÉ­SIS­TANCE ?

Ce constat vient en contre­point d’un autre, ce­lui de de­voir, à plus ou moins long terme, in­clure les in­sectes dans l’ali­men­ta­tion hu­maine (du moins pour les car­ni­vores). Cette source al­ter­na­tive de pro­téines est étu­diée sé­rieu­se­ment. Il faut dire que 100 grammes de cri­quets pos­sèdent une va­leur éner­gé­tique trois fois su­pé­rieure à celle d’un steak de boeuf de même poids. De­puis 2012, le pro­jet fran­çais « De­si­rable » a la vo­lon­té de mettre en oeuvre les moyens pour un nou­veau sec­teur in­dus­triel de l’in­secte comme res­source agroa­li­men­taire de pro­téines pour les êtres hu­mains, mais aus­si pour les ani­maux d’éle­vage, qui en sont de grands consom­ma­teurs. Les in­sectes sont des ani­maux qui gé­nèrent peu de dé­chets, consomment peu d’eau et peuvent aus­si se nour­rir des dé­chets hu­mains. Les be­soins d’un cri­quet sont 12 fois in­fé­rieurs à ceux d’une vache et quatre fois in­fé­rieurs à ceux d’un mou­ton. Le cri­quet a 15 fois moins be­soin d’eau que la vache et deux fois moins que les ha­ri­cots. De plus, 80 % du cri­quet est co­mes­tible, contre 40 % du boeuf. Pour le mo­ment, il existe en­core des ver­rous tech­niques, éco­no­miques, mais aus­si ré­gle­men­taires. En ef­fet, l’Agence na­tio­nale de sécurité sa­ni­taire de l’ali­men­ta­tion, de l’en­vi­ron­ne­ment et du tra­vail (ANSES) a de­man­dé en 2015 da­van­tage de re­cherches sur les al­ler­gies et autres risques sa­ni­taires liés à la consom­ma­tion d’in­sectes. Si la place des in­sectes dans notre ali­men­ta­tion est ain­si ame­née à aug­men­ter, la France est en­core loin des pays de l’Asie du Sud-Est ou du Mexique, qui en consomment plus de 300 es­pèces dif­fé­rentes. Il en existe 1900 co­mes­tibles. Par­mi les plus dé­gus­tés, on re­trouve les co­léo­ptères (31%), les che­nilles (18%) puis les guêpes, abeilles et four­mis (14%). Ce­pen­dant, les no­nin­sec­ti­vores en mangent dé­jà ré­gu­liè­re­ment puisque le poids d’in­sectes in­gur­gi­tés sans le sa­voir à l’in­té­rieur de nos lé­gumes ou plats pré­pa­rés est es­ti­mé à un ki­lo­gramme par an.

NOTES

(1) Cas­par A. Hall­mann (dir.), « More than 75 percent de­cline over 27 years in to­tal flying in­sect bio­mass in pro­tec­ted areas », in PLOS One, 18 oc­tobre 2017.

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