Londres à la Re­nais­sance : sur les pas de Sha­kes­peare

Carto - - HISTOIRE - B. MuL­LeR

En sep­tembre 1666, un in­cen­die, le « Great Fire », ra­vage Londres, ef­fa­çant presque toute trace de la ci­té telle que William Sha­kes­peare (1564-1616) l’a connue. Sa­chant que le Londres his­to­rique d’au­jourd’hui est une créa­tion des XVIIIe et XIXe siècles, sur quels do­cu­ments peut-on se fon­der pour se re­pré­sen­ter les rues qu’ar­pen­tait le dra­ma­turge ? Que ré­vèlent ces sources sur la ma­nière d’en­vi­sa­ger la car­to­gra­phie dans la Re­nais­sance an­glaise ?

Alors que les cartes ur­baines fleu­ris­saient dé­jà un de­mi-siècle plus tôt sur le con­tinent, Londres ne fut re­pré­sen­tée dans son in­té­gra­li­té que tar­di­ve­ment. Jusque dans les an­nées 1550, les quelques vues exis­tantes étaient des images en miniature, sty­li­sées et peu fi­dèles, avec une fonc­tion es­sen­tiel­le­ment illus­tra­tive. Re­pré­sen­ter la ville de­vint alors un su­jet digne de sus­ci­ter l’in­té­rêt des éru­dits, des ar­tistes et des sou­ve­rains. Le suc­cès nais­sant des vues de Londres fut conco­mi­tant avec le dé­but d’un ac­crois­se­ment re­mar­quable de la ville, qui al­la en s’ac­cé­lé­rant à par­tir de 1550. Entre 1550 et 1600, Londres vit presque tri­pler sa po­pu­la­tion, qui pas­sa de 75 000 ha­bi­tants à plus de 200 000. Grâce au suc­cès des cartes ur­baines, nous pou­vons re­tra­cer l’évo­lu­tion de la ca­pi­tale bri­tan­nique et son ex­pan­sion au-de­là des murs ro­mains qui la dé­li­mi­taient.

L’EX­PAN­SION DE LONDRES AUX XVIE ET XVIIE SIÈCLES

Contem­po­raine de la nais­sance de Sha­kes­peare, la « carte d’Agas » est le der­nier aper­çu de Londres avant que le vé­ri­table es­sor ne com­mence. La ver­sion de 1633 rend compte des dé­li­mi­ta­tions de la ville dans les an­nées 1560. En ef­fet, seules quelques mo­di­fi­ca­tions ont été ap­por­tées à l’ori­gi­nal de 1565, au­jourd’hui dis­pa­ru : l’écus­son des Stuarts (1371-1714) rem­place ce­lui des Tu­dors (1485-1603) et le Royal Ex­change fi­gure sur la carte alors qu’il ne fut inau­gu­ré qu’en 1571 par la reine Éli­sa­beth Ire (1558-1603). Ja­nelle Jens­tad, de l’uni­ver­si­té de Vic­to­ria (Co­lom­bie-Bri­tan­nique, Ca­na­da), en pro­pose une ver­sion in­ter­ac­tive (1) : la carte an­cienne est ac­com­pa­gnée d’une lé­gende cli­quable qui per­met de mettre en évi­dence cer­tains élé­ments et bâ­ti­ments ré­fé­ren­cés (églises, ta­vernes, ri­vières, etc.), comme ici les portes de la ci­té (cf. carte 1). On voit com­ment les li­mites au nord sont ja­lon­nées par des mu­railles, dont on fer­mait en­core les portes chaque nuit. Jusque dans les an­nées 1560, à part quelques dé­bor­de­ments au nord et le long du ri­vage à l’ouest, Londres était re­la­ti­ve­ment bien conte­nue dans ses en­ceintes. Quelque trente ans plus tard, dans un ou­vrage in­ti­tu­lé A Sur­vey of Lon­don (1598), John Stow

(1525-1605) s’of­fus­quait de l’ex­pan­sion désor­ga­ni­sée de la ville. Il faut dire que, sous les Tu­dors puis sous Jacques Ier (1603-1625), la po­pu­la­tion aug­men­ta for­te­ment et, avec elle, la mor­ta­li­té. En 1593, une épi­dé­mie de peste fit 10 000 morts, for­çant William Sha­kes­peare à fer­mer son théâtre. On ne s’éton­ne­ra guère alors que le barde em­ploie le mot de plague (épi­dé­mie) pas moins de 117 fois dans son cor­pus ! De plus en plus de monde s’ins­tal­lait hors les murs, ce qui af­fo­la la ville et la Cou­ronne : fa­mine et désordre so­cial ris­quaient de se pro­pa­ger au sein de cette po­pu­la­tion échap­pant au contrôle de la ci­té. Les au­to­ri­tés ins­tau­rèrent des dé­crets, mais en vain. En ef­fet, il fal­lait ob­te­nir une li­cence pour construire au-de­là des mu­railles ; cette règle fut sou­vent contour­née à l’aide de pots-de-vin.

La dé­mo­gra­phie ga­lo­pante ren­dit en­suite l’ap­pli­ca­tion de la règle impossible, et les au­to­ri­tés se ré­si­gnèrent. Cette pé­riode de grand es­sor fit aus­si de Londres un lieu hau­te­ment ani­mé dans le­quel William Sha­kes­peare trou­vait ses sources d’ins­pi­ra­tion.

UNE CA­PI­TALE ANI­MÉE

Les re­gistres montrent que l’écri­vain vi­vait dans la ca­pi­tale en 1592, et ce­ci jus­qu’en 1610, date à la­quelle il re­tour­na dans sa ville na­tale, Strat­ford-upon-Avon, pour y cou­ler des jours pai­sibles. Nous dis­po­sons d’une image pré­cise de Londres à l’époque où il y exer­çait sa car­rière de dra­ma­turge. Pu­bliée en 1616, la vue de Londres pro­po­sée par le Hol­lan­dais Claes Jans­zoon Visscher (1587-1652) re­pré­sente la ville vers 1600 (cf. do­cu­ment 2). À cette pé­riode, Sha­kes­peare vi­vait au sud de la Ta­mise, non loin du Globe, théâtre qu’il ve­nait de faire construire pour sa troupe en 1599 (cf. do­cu­ment 3) (2). À la fois pic­tu­rale et re­la­ti­ve­ment fi­dèle, la vue de Visscher donne une idée des dé­li­mi­ta­tions et ca­rac­té­ris­tiques de la ville, mais aus­si de la vie qui l’ani­mait.

L’idéa­li­sa­tion de la ville et de sa pros­pé­ri­té mar­chande dans les cartes ur­baines de l’époque laisse peu ima­gi­ner l’in­sa­lu­bri­té qui pou­vait ré­gner dans ses ruelles.

Cette vue, prise vers le nord, s’étend de Whi­te­hall à la tour de Londres et met en va­leur la ca­thé­drale Saint-Paul ain­si que le pont de Londres, le seul per­met­tant de fran­chir la Ta­mise, et ce­ci jus­qu’en 1750. Il fait le lien entre le Londres in­tra-mu­ros et Sou­th­wark, quar­tier si­tué au sud du fleuve. Le do­cu­ment fait fi­gu­rer les théâtres au pre­mier plan, des va­chers gui­dant leur trou­peau, des hu­mains plus grands que na­ture et des ba­te­liers ra­mant vi­gou­reu­se­ment sur une Ta­mise sur­di­men­sion­née. Très es­thé­tique, cette carte vi­sait à or­ner les mai­sons de riches pro­prié­taires. En vue d’ap­por­ter une di­men­sion sen­sa­tion­nelle à cette ca­pi­tale pleine de vie, Visscher y ajoute la mort : à l’en­trée sud du pont, des têtes dé­ca­pi­tées sont ex­po­sées sur des pi­quets. Ce spec­tacle sor­dide vi­sait au­tre­fois à rap­pe­ler aux ha­bi­tants de Sou­th­wark le sort que l’on ré­ser­vait aux traîtres. Si Visscher a cher­ché à rendre la carte at­trayante, son caractère ani­mé n’est néan­moins pas éloi­gné de la réa­li­té. La Ta­mise était le lieu de pas­sage de nom­breuses barques, cha­loupes et na­vires com­mer­ciaux. On ne comp­tait alors pas moins de 2000 ba­te­liers dis­po­sant d’une li­cence pour em­prun­ter le fleuve. Lorsque William Sha­kes­peare lo­geait avec une fa­mille de hu­gue­nots dans le quar­tier de Crip­ple­gate, au nord de Londres in­tra-mu­ros, il em­prun­tait sans doute ré­gu­liè­re­ment la voie flu­viale pour se rendre à Sou­th­wark. En hi­ver, quand la Ta­mise était ge­lée, elle fai­sait le plai­sir des Lon­do­niens qui se confec­tion­naient des pa­tins à glace en fixant des os d’ani­maux à leurs chaus­sures.

Des com­mer­çants ins­tal­laient alors leurs étals au bord du fleuve pour en faire pro­fi­ter les gens qui pa­ti­naient. Non moins ani­mé, le quar­tier de Sou­th­wark était aus­si ré­pu­té pour sa dé­bauche, forme de dis­trac­tion que Visscher s’est bien gar­dé de re­pré­sen­ter. Les Lon­do­niens s’y ren­daient al­lè­gre­ment pour pro­fi­ter des théâtres, des ta­vernes et des mai­sons closes. À Sou­th­wark rô­daient de nom­breux lar­rons, et mieux va­lait ne pas s’aven­tu­rer dans les ruelles la nuit tom­bée. Les théâtres étaient en plein es­sor : en 1600, ils at­ti­raient entre 10000 et 20000 spec­ta­teurs par se­maine, toutes classes so­ciales confon­dues. Les pu­ri­tains an­glais voyaient dans cet art une dé­pra­va­tion des moeurs : se­lon eux, nombre de pièces met­taient en scène le stupre et les théâtres at­ti­raient rixes, pros­ti­tu­tion et jeux d’ar­gent. Face à cette in­di­gna­tion, les au­to­ri­tés de Londres dé­ci­dèrent, en 1596, d’in­ter­dire toute re­pré­sen­ta­tion dans l’en­ceinte de Londres, que ce soit dans les théâtres ou dans les ta­vernes. C’est pour­quoi Sha­kes­peare et sa troupe s’ins­tal­lèrent au sud de la Ta­mise, oc­cu­pèrent pro­ba­ble­ment le Swan Theatre à Bank­side, puis firent construire le Globe. Même si Sou­th­wark fut in­cor­po­ré à Londres en 1556, et donc pla­cé sous la ju­ri­dic­tion de la ville, le quar­tier était re­la­ti­ve­ment in­dé­pen­dant et le vice y était to­lé­ré, tant qu’il ne per­tur­bait pas la paix de Londres in­tra-mu­ros. Dans The Par­ti­cu­lar Des­crip­tion of En­gland (1588), William Smith (1550-1618) pro­pose une re­pré­sen­ta­tion de Londres in­té­res­sante à plu­sieurs égards (3). Cette carte com­bine vue de pro­fil et pers­pec­tive à vol d’oi­seau, en­glo­bant West­mins­ter à l’ouest et la tour de Londres à l’est. En outre, William Smith offre une re­pré­sen­ta­tion de Sou­th­wark avant la construc­tion du Globe, quand Sha­kes­peare était en­core un jeune dra­ma­turge mé­con­nu : on y voit deux arènes dans les­quelles se dé­roulent des com­bats d’ours et de tau­reaux qui ins­pi­rèrent sans doute la mort d’An­ti­go­nus sous les griffes d’un ours dans le Conte d’Hi­ver. Londres fut une source in­ta­ris­sable d’ins­pi­ra­tion pour le dra­ma­turge qui, dans ses pièces his­to­riques, dresse des por­traits de la ville. William Sha­kes­peare met en scène les conflits po­li­tiques à West­mins­ter dans Hen­ry VI et le sang ver­sé à la tour de Londres dans Ri­chard III. Dé­cor idéal pour des in­trigues théâ­trales, celle-ci fut une for­te­resse, un pa­lais et une pri­son : y ré­gnaient les conspi­ra­tions, les tra­hi­sons et la mort. Tou­te­fois, le barde se plaît da­van­tage en­core à re­pré­sen­ter les bas-fonds de la ville, à en croire les scènes d’Hen­ry IV se dé­rou­lant dans une ta­verne du quar­tier d’East­cheap où le jeune prince de Galles cô­toie pros­ti­tuées, ivrognes et bri­gands.

GLORIFICATION DE LA VILLE À TRA­VERS LES CARTES

Glo­ri­fiant Londres, les car­to­graphes de la Re­nais­sance se gar­dèrent bien d’en mon­trer tous les vi­sages. Les as­pects lu­gubres sont oc­cul­tés ; et, lors­qu’ils ne le sont pas (on pense aux têtes em­pa­lées sur la carte de Visscher), ils servent à mon­trer le contrôle qu’exerce la ville sur les dis­si­dents. C’est avant tout la pros­pé­ri­té de cette grande puis­sance ma­ri­time qui est mise en re­lief. Des car­touches di­thy­ram­biques ac­com­pagnent la carte ur­baine ex­traite de l’ou­vrage de l’Al­le­mand Georg Braun (1541-1622) et du Fla­mand Frans Ho­gen­berg (1535-1590), Ci­vi­tates Or­bis Ter­ra­rum (cf. carte 4). On peut y lire à quel point Londres fut cé­lé­brée à tra­vers le monde pour son com­merce. La Ta­mise est mise en va­leur, no­tam­ment par la pré­sence de la barque royale au centre de la carte. Très pic­tu­rale, cette vue à vol d’oi­seau vise à ra­vir les yeux du spec­ta­teur. Les illus­tra­tions sont raf­fi­nées : les ombres des arbres et des ani­maux sont des­si­nées comme si le soleil brillait à l’ouest. À l’avant-plan de cette vue idéa­li­sée de la ville fi­gurent des per­son­nages, vê­tus se­lon la mode de la pre­mière moi­tié du XVIe siècle, comme pour of­frir une image vi­vante de la ville et de sa com­mu­nau­té. La Ta­mise est éga­le­ment à l’hon­neur dans la carte de John Nor­den (1546-1625) (cf. carte 5). Tout d’abord, le fleuve est mis en va­leur par le

choix d’une pers­pec­tive à vol d’oi­seau. Nor­den éla­bo­ra cette vue en se pos­tant sur le clo­cher de la ca­thé­drale du Saint-Sau­veur et de Sain­teMa­rie Ove­rie, à Sou­th­wark : on y dis­tingue une sil­houette, forme amu­sante d’au­to­por­trait, sur­mon­tée des mots « Sta­tio Pros­pec­tive ». Symp­tômes d’une vo­lon­té exa­cer­bée de re­haus­ser la re­nom­mée du Londres ma­ri­time, les deux ba­teaux à trois mâts du cô­té ouest du fleuve sont sur­di­men­sion­nés : ils n’au­raient ja­mais pu pas­ser le pont-le­vis du pont de Londres(4). C’est d’ailleurs la rai­son pour la­quelle les grands na­vires com­mer­ciaux et ceux par­tant pour les grandes dé­cou­vertes étaient amar­rés à l’est. La carte de John Nor­den com­bine trois vues : un pa­no­ra­ma de Londres, un plan fonc­tion­nel de la ville avec in­dex des rues (à droite) et une vue de West­mins­ter (à gauche). Le car­to­graphe trou­va une so­lu­tion in­gé­nieuse pour re­pré­sen­ter ce site qui, lo­ca­li­sé à un mille de Londres, ne pou­vait pas être in­clus dans le pa­no­ra­ma : les ma­rais de Lam­beth s’ouvrent pour ré­vé­ler une vue sub­ver­ti­cale du lieu, met­tant en va­leur les de­meures luxueuses et les beaux jar­dins qui longent la Ta­mise. L’idéa­li­sa­tion de la ville et de sa pros­pé­ri­té mar­chande dans les cartes ur­baines de l’époque laisse peu ima­gi­ner l’in­sa­lu­bri­té qui pou­vait ré­gner dans ses ruelles. Pour un aper­çu plus réa­liste des rues de Londres, il est in­té­res­sant de se pen­cher sur le tra­vail d’un groupe de six étu­diants de l’uni­ver­si­té de Lei­ces­ter, bap­ti­sé Pud­ding Lane Pro­duc­tions. Il s’agit d’une carte ani­mée en trois di­men­sions du Londres d’avant le « Great Fire » de 1666 (cf. do­cu­ment 6) (5). Pour créer cette ani­ma­tion, les étu­diants se sont ap­puyés sur les cartes an­ciennes dont dis­pose la Bri­tish Li­bra­ry. Ils se sont ren­dus à York et à Strat­ford-upon-Avon afin de mieux éva­luer l’étroi­tesse des rues, qui ne trans­pa­raît pas tou­jours dans les vues à vol d’oi­seau de l’époque. En outre, ils se sont im­pré­gnés de l’es­thé­tique des mai­sons en bois ty­piques de l’ère des Tu­dors pour créer les dé­cors. Loin de vou­loir en­jo­li­ver ces mai­sons à co­lom­bages, ils leur ont don­né une ap­pa­rence vé­tuste : les poutres, les portes et les fe­nêtres sont de guin­gois. Ils ont cher­ché à re­créer l’at­mo­sphère de Londres, de ma­nière réa­liste et sans dra­ma­ti­sa­tion, en jouant sur les pa­lettes de cou­leurs, en créant des ef­fets de brume et en ajou­tant des dé­tails qui rendent compte de la pes­ti­lence de cette ville exi­guë (ca­davres pes­ti­fé­rés, viande sus­pen­due, ruelles sa­lies par les eaux usées). En voya­geant dans les ruelles si­nueuses de ce vieux Londres vir­tuel, le spec­ta­teur ima­gine fa­ci­le­ment com­ment le feu a pu ra­pi­de­ment se pro­pa­ger et ra­va­ger l’en­ceinte de la ville.

LA NAIS­SANCE D’UNE NOU­VELLE ÈRE CAR­TO­GRA­PHIQUE

À en croire le ré­cit que fait le haut fonc­tion­naire de l’Ami­rau­té et membre du Par­le­ment Sa­muel Pe­pys (1633-1703) dans son Journal, vé­ri­table mine d’or pour les his­to­riens vou­lant s’in­for­mer sur le XVIe siècle an­glais, le « Great Fire » fut im­pres­sion­nant. Trois jours du­rant, du 2 au 5 sep­tembre 1666, ali­men­té par un vent fort ve­nu de l’est, le feu s’éten­dit dans Londres in­tra-mu­ros, for­mant une cou­ronne ar­dente au-des­sus de la ville et pro­dui­sant des bruits to­ni­truants. Les causes de l’in­cen­die furent sans doute ac­ci­den­telles, mais on ac­cu­sa vite les conspi­ra­teurs ca­tho­liques : un hor­lo­ger fran­çais, Ro­bert Hu­bert (1640-1666), fut dé­si­gné cou­pable après avoir avoué – alors qu’il ne se trou­vait pas à Londres au mo­ment des faits – et pen­du à Ty­burn. Entre les murs, 13200 mai­sons et 87 églises, ain­si que la ca­thé­drale Saint-Paul furent anéan­ties ; on compte neuf morts, chiffre éton­nam­ment bas, mais pas moins de 80 000 sans-abri. La carte éla­bo­rée par Wen­ces­laus Hol­lar

(1607-1677), en 1667, laisse ima­gi­ner l’am­pleur des dé­gâts (cf. carte 7). Au-de­là de cir­cons­crire la zone dévastée, cette carte in­no­vante marque la tran­si­tion vers une nou­velle ma­nière de re­pré­sen­ter la ville. Ce qui frappe est l’hy­bri­di­té entre un plan no­va­teur aux échelles tra­vaillées et une re­pré­sen­ta­tion plus pic­tu­rale et tra­di­tion­nelle au­tour de la zone dévastée. À par­tir de 1666, face à la né­ces­si­té de re­cons­truire la ville, des car­to­graphes et des ma­thé­ma­ti­ciens de re­nom sont ap­pe­lés en ren­fort. Les cartes ur­baines se font plus pré­cises, plus sobres, et ré­pondent aux be­soins prag­ma­tiques des en­tre­pre­neurs et des ar­chi­tectes. Peu à peu, les bâ­ti­ments en élé­va­tion, les scènes de pâ­tu­rage et les na­vires vo­guant sur la Ta­mise dis­pa­raissent des vues de Londres, pour lais­ser place à une nou­velle ère car­to­gra­phique.

NOTES

1. Pour ac­cé­der à la carte in­ter­ac­tive : http://ma­po­flon­don.uvic.ca/agas.htm 2. En 1613, le toit en chaume du Globe prit feu lors d’une re­pré­sen­ta­tion de Hen­ry VIII à cause de la bourre en­flam­mée d’un ca­non de théâtre, ré­dui­sant en cendres le bâ­ti­ment. Le lieu, re­bap­ti­sé Sha­kes­peare’s Globe, fut re­cons­truit à l’iden­tique en 1996, à quelques pas de son em­pla­ce­ment d’ori­gine. 3. Pour ac­cé­der à la carte de William Smith : www.bl.uk/lear­ning/ti­me­line/large102768.html 4. Pe­ter Whit­field, Lon­don: A Life in Maps, The Bri­tish Li­bra­ry, 2006. 5. Pour ac­cé­der à l’ani­ma­tion 3D : http://pud­din­gla­ned­mu­ga.blog­spot.fr/

2

1

3

4

5

6

7

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.