Kin­sha­sa Ma­kam­bo, his­toires d’un com­bat pour un État de droit

Carto - - INFOGÉO CINÉMA - N. Rouiaï

Le 27 mars 2018, le Conseil de sé­cu­ri­té de l’ONU a re­nou­ve­lé pour un an le man­dat de la MONUSCO en Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go (RDC). Les quelque 16 000 Casques bleus pré­sents ont deux ob­jec­tifs : as­su­rer la pro­tec­tion des ci­vils et ap­puyer le pro­ces­sus élec­to­ral en vue du scru­tin pré­vu le 23 dé­cembre 2018 pour rem­pla­cer le pré­sident Jo­seph Ka­bi­la (de­puis 2001), dont le man­dat s’est ache­vé en dé­cembre 2016. Le do­cu­men­taire kin­sha­sa ma­kam­bo, réa­li­sé par Dieu­do Ha­ma­di (2017), re­vient sur le com­bat de trois ac­ti­vistes lut­tant pour la te­nue d’un scru­tin libre en dé­cembre 2016 et leur im­puis­sance face au re­fus du chef de l’État d’aban­don­ner le pou­voir.

Kin­sha­sa Ma­kam­bo met en scène le par­cours de Ben, Jean-Ma­rie et Ch­ris­tian, trois jeunes en ré­bel­lion contre le pou­voir de Jo­seph Ka­bi­la. Ce film, dont le titre si­gni­fie « Le casse-tête de Kin­sha­sa », montre, avec un style coup de poing ac­cen­tué par la ca­mé­ra à l’épaule, plu­sieurs es­paces : ce­lui de la rue, au coeur des ma­ni­fes­ta­tions et dans la lutte, et ce­lui de l’in­ti­mi­té, met­tant ponc­tuel­le­ment en avant des am­biances plus calmes, où les sen­ti­ments et les ré­flexions s’ex­priment et s’éla­borent. Les si­tua­tions per­son­nelles et sin­gu­lières des pro­ta­go­nistes per­mettent d’ana­ly­ser les di­vers modes de contes­ta­tion. Ben, di­plô­mé sans em­ploi, avait quit­té la RDC pour les États-Unis. Après avoir ap­pris que la carte verte qu’il es­pé­rait ne vien­drait ja­mais, il rentre à Kin­sha­sa. Dans cette ville, il est ti­raillé entre l’in­jonc­tion de sa fa­mille de se pro­té­ger et la vo­lon­té de s’in­ves­tir plei­ne­ment dans le com­bat pour un État de droit et contre le pou­voir de Jo­seph Ka­bi­la. Jean-Ma­rie, lui, a su­bi la tor­ture dans les pri­sons congo­laises. C’est dans la rue et sur les mar­chés qu’il prend le che­min de la contes­ta­tion. Ch­ris­tian fait le choix de pri­vi­lé­gier les ca­naux lé­gaux, po­li­tiques et ins­ti­tu­tion­nels de la pro­tes­ta­tion en adhé­rant à l’Union pour la dé­mo­cra­tie et le pro­grès so­cial (UDPS), le grand par­ti d’op­po­si­tion d’Étienne Tshi­se­ke­di (1932-2017). Les trois pro­ta­go­nistes se re­trouvent à plu­sieurs re­prises dans des ma­ni­fes­ta­tions vio­lem­ment ré­pri­mées et lors de réunions clan­des­tines. Là, ils re­mettent en ques­tion les condi­tions de la ré­vo­lu­tion ci­toyenne congo­laise et, de ma­nière plus uni­ver­selle, la forme que doit prendre la lutte pour la dé­mo­cra­tie. Doit-elle s’ap­puyer sur les par­tis exis­tants ou de­meu­rer in­for­melle et clan­des­tine ? Doit-elle ris­quer de pro­vo­quer des morts et des bles­sés ou doit-elle pri­vi­lé­gier la voie du dia­logue ? En somme, doit-elle res­ter dans un cadre lé­gal et pa­ci­fique ou la ré­ponse face à une ré­pres­sion bru­tale ne peut-elle être que vio­lente ? Hé­ri­tier du pou­voir de son père as­sas­si­né, Laurent-Dé­si­ré Ka­bi­la (1997-2001), le tom­beur de la dic­ta­ture de Mo­bu­tu Sese Se­ko (19651997), Jo­seph Ka­bi­la s’est main­te­nu au pou­voir de­puis la fin of­fi­cielle de son man­dat. Après plu­sieurs jour­nées de vio­lences meur­trières en dé­cembre 2016, la te­nue d’élec­tions a été ac­tée par le gou­ver­ne­ment. Même si la Cons­ti­tu­tion l’in­ter­dit, Jo­seph Ka­bi­la n’a pas en­core dé­cla­ré pu­bli­que­ment qu’il ne bri­gue­ra pas un nou­veau man­dat. Alors que toute ma­ni­fes­ta­tion de l’op­po­si­tion est pro­hi­bée de­puis sep­tembre 2016, Kin­sha­sa Ma­kam­bo est par­fois ponc­tué de scènes vio­lentes, voire san­glantes. Un choix as­su­mé par Dieu­do Ha­ma­di, qui pro­pose un film mi­li­tant, tout en s’at­ta­chant à in­ves­tir et ar­ti­cu­ler plu­sieurs réa­li­tés.

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