Ma­rie à tout prix

Causette - - CORPS & ÂME - Éric la Blanche

Res­ter vierge, c’est dif­fi­cile, mais le re­de­ve­nir après avoir eu un en­fant, seule Ma­rie, mère du Ch­rist, en était ca­pable. À la fois su­jet d’une GPA (ges­ta­tion pour au­trui) et d’une PMA ( pro­créa­tion mi­ra­cu­leu­se­ment as­sis­tée), la Vierge a bé­né­fi­cié en outre de ce qu’on ap­pel­le­rait au­jourd’hui une hy­mé­no­plas­tie (re­cons­truc­tion de l’hy­men) di­vine : son

1 pu­ce­lage est res­té in­tact mal­gré l’ac­cou­che­ment. C’est le concept de la vir­gi­ni­té per­pé­tuelle de Ma­rie, dogme of­fi­ciel des églises ca­tho­lique et or­tho­doxe de­puis 553 2. Pa­ra­bole, me di­rez-vous ? Non, as­sure Florence Hos­teau, théo­lo­gienne et psy­cho­thé­ra­peute, « la po­si­tion de l’église, c’est que la vir­gi­ni­té de Ma­rie est réelle ». Et c’est une sa­crée in­no­va­tion théo­lo­gique, car, dans la tra­di­tion juive de la­quelle est is­su le chris­tia­nisme, « une femme ne doit pas res­ter vierge : elle doit pro­créer » . Mais Jésus étant à la fois homme et Dieu, char­nel et di­vin, il avait be­soin d’une ma­man avec des pou­voirs spé­ciaux. Rap­pe­lons d’ailleurs que le concept d’Im­ma­cu­lée Concep­tion concerne Ma­rie elle-même, conçue en de­hors du pé­ché ori­gi­nel, et non son fils, comme on le croit sou­vent à tort. Ma­rie est vierge de tout pé­ché, même du pé­ché ori­gi­nel : « Elle réus­sit là où la pre­mière femme, Ève, a échoué », dé­crypte la théo­lo­gienne. Les en­nuis com­mencent lors­qu’on s’aper­çoit que Jésus a peut-être eu des frères et soeurs. Or, ces en­fants-là n’ayant pas été conçus, comme leur aî­né, par l’opé­ra­tion du Saint-Es­prit, il a bien fal­lu que Ma­rie et Joseph aient des… En­fin, vous com­pre­nez : adieu la vir­gi­ni­té, quoi ! L’église s’en tire en ex­pli­quant que les frères de Jésus sont en réa­li­té des cou­sins, le mot « frère » ayant été uti­li­sé abu­si­ve­ment ; un peu comme quand on dit « sa­lut, mon frère ! » à un, heu… cousin (par exemple). Sauf que,

Dé­vier­ger D’après notre cher Dr Kpote, la dif­fu­sion de cette ex­pres­sion chez les plus jeunes dé­coule de l’om­ni­pré­sence de cer­taines va­leurs re­li­gieuses comme la vir­gi­ni­té fé­mi­nine. Dé­pu­ce­ler, c’était trop sub­til ; dé­vier­ger, c’est plus di­rect !

comme le mot « cousin » est éga­le­ment uti­li­sé dans les textes, on ne voit pas très bien pour­quoi il n’au­rait été rem­pla­cé par frère que dans cer­tains pas­sages, et bon, bref, on s’y perd… Au fi­nal, le dogme de la vir­gi­ni­té per­pé­tuelle a fi­ni par s’im­po­ser dans la chré­tien­té – à part chez les pro­tes­tants, qui trou­vaient le concept un peu acro­ba­tique –, et une fa­meuse pu­celle guer­rière est en­core cé­lé­brée à ce jour. Pour­tant, le

3 sa­cré ayant dé­ser­té nos chambres à cou­cher, la vir­gi­ni­té a lar­ge­ment per­du sa di­men­sion di­vine. On se gar­de­ra bien de le re­gret­ter, même si, comme l’ajoute ma­li­cieu­se­ment Florence Hos­teau, « re­mettre une di­men­sion di­vine dans le char­nel se­rait plus éro­tique ». Et on lais­se­ra Georges Mous­ta­ki rendre un hom­mage mé­ri­té à l’éternel lais­sé-pour-compte de toute cette his­toire : « Par­fois je pense à toi, Joseph / Mon pauvre ami / Lorsque l’on rit / De toi qui n´avais de­man­dé / Qu´à vivre heu­reux avec Ma­rie. »

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