Stu­peur et trem­ble­ments

Causette - - POLITIQUE -

L’hor­reur, le dé­goût, la ré­volte nous en­va‑ hissent en ima­gi­nant le cal­vaire de ces cen­taines de femmes mal­me­nées, tri­po­tées, abu­sées. À ce jour, 561 per­sonnes ont por­té plainte pour avoir été vic­times de vols, vio­lences et agres­sions sexuelles sur le par­vis de la gare de Co­logne, en Al­le­magne, la nuit de la Saint-Syl­vestre. Qua­rante pour cent des plaintes dé­po­sées par ces femmes l’ont été pour viol ou agres­sion sexuelle

Se­lon les au­to­ri­tés al­le­mandes, cou­pables, il est vrai, d’avoir tar­dé à don­ner l’in­for‑ ma­tion, la ma­jo­ri­té des agres­seurs sup­po­sés pro­vient d’Afrique du Nord. À vrai dire, on n’en sait pas beau­coup plus. L’en­quête est en cours, chaque plainte se­ra ins­truite, et ce­la pren­dra du temps. Ce temps de l’en‑ quête est es­sen­tiel à l’ébauche d’une vé­ri­té. Mais la vé­ri­té im­porte-t‑elle en­core ? Dès que l’in­for­ma­tion est sor­tie, l’ex­trême droite s’en est em­pa­rée avec dé­lec­ta­tion. Très vite, les mi­grants ré­cem­ment ar­ri­vés ont été te­nus pour res­pon­sables de ces agres‑ sions, ain­si que ces « collabos hu­ma­nistes » qui ont eu la bê­tise de les ac­cueillir, peut-on lire sous di­verses formes plus ou moins ly­riques sur la Toile.

La cause des femmes contre celle des mi­grants

« Qui ose­ra en­core nier le lien entre im­mi­gra­tion et in­sé­cu­ri­té ? » tweete Ni­co­las Bay, se­cré­taire gé­né­ral du Front na­tio­nal, le 4 jan­vier. « La di­gni­té et la li­ber­té de la femme, un ac­quis pré­cieux que nous avons le de­voir de pro­té­ger », tweete à son tour Ma­rine Le Pen, le 9. Nous voi­là som­més de choi­sir entre la cause des femmes et celle des mi­grants, comme si elles étaient de­ve­nues in­con­ci­liables et qu’il n’y avait pas d’autre op­tion pos­sible. Le mur est dres­sé et le ma­laise pa­ra­lyse. Un écran de fu­mée, qui in­toxique, nous em­pêche d’y voir clair.

L’ori­gine étran­gère des agres­seurs semble éta­blie. Si elle in­ter­roge, elle ne dé­fi­nit pas pour au­tant leur acte. L’al­cool, l’ef­fet de groupe, la mi­sère sexuelle, la frus­tra­tion font, hé­las, sou­vent par­tie du cock­tail dans le cas d’agres­sion sexuelle, et ce, quelles que soient l’ori­gine et la re­li­gion de l’au­teur. Le dire, ce n’est pas ex­cu­ser, mais se dis­tan­cier de l’ana­lyse ex­clu­si­ve­ment cultu­relle.

Se­lon les der­niers chiffres par­mi les trente-deux sus­pects iden­ti­fiés par la po­lice fé­dé­rale, neuf sont al­gé­riens, huit ma­ro­cains, cinq ira­niens, quatre sy­riens, trois al­le­mands, un ira­kien, un amé­ri­cain et un serbe. Ces sus­pects ne sont donc pas re­pré­sen­ta­tifs des der­nières vagues

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