Dis­po­si­tif in­tra-uté­rin Mi­re­na : des ef­fets pas si se­con­daires

Voi­là des an­nées que des femmes por­tant le sté­ri­let hor­mo­nal du la­bo­ra­toire Bayer se plaignent de lourds ef­fets se­con­daires sans que les au­to­ri­tés ni cer­tains gy­né­co­logues ne les prennent au sé­rieux. Alors qu’à l’étran­ger les plaintes s’ac­cu­mulent, des Fr

Causette - - SOMMAIRE - 3. Si­gna­le­ment-sante.gouv.fr, ca­té­go­rie « Mé­di­ca­ment ».

Fin 2015, Flo­rence 1 se fait po­ser le Mi­re­na, un sté­ri­let hor­mo­nal 2 au­quel re­courent chaque an­née en­vi­ron 300 000 Fran­çaises. Pro­blème : « De­puis plu­sieurs mois, je suis très ir­ri­table, [ je n’ai] plus au­cune li­bi­do, [ j’ai] par­fois [des] dou­leurs pen­dant les rap­ports et [des] sai­gne­ments après, [des] idées noires et [un] état de plus en plus dé­pres­sif. […] J’ai pris un peu de poids, [une] pi­lo­si­té ex­ces­sive, de même que l’ac­né et la trans­pi­ra­tion. Gros maux de tête […], sys­tème di­ges­tif en vrac, mal de dos… », égraine-t-elle sur la page Fa­ce­book « Les dan­gers du sté­ri­let Mi­re­na ».

Comme elle, des mil­liers de femmes té­moignent des lourds ef­fets in­dé­si­rables ren­con­trés après la pose de ce contra­cep­tif com­mer­cia­li­sé de­puis vingt ans par le la­bo­ra­toire Bayer. « Quand on nous le pose, on ne nous parle pas des ef­fets se­con­daires. Mon gy­né­co m’a van­té ce­la comme le “der­nier truc à la mode, su­per gé­nial” », constate, amère, Emy Du­gay, 36 ans, qui a créé en 2013 le groupe Fa­ce­book « Pro­blèmes Sté­ri­let Mi­re­na ». Un manque d’in­for­ma­tion au­quel s’ajoute sou­vent le dé­ni du corps mé­di­cal : de­puis des an­nées, nom­breuses sont celles qui se voient ré­pondre que leurs pro­blèmes sont « psy­cho­lo­giques », qu’ils ne « peuvent pas être liés » à leur sté­ri­let… bref, qu’elles se montent le bour­ri­chon. « On re­met tout le temps en doute notre pa­role de femme, à croire qu’on ne connaît pas notre corps », dé­nonce Emy Du­gay. Avec d’autres in­ter­nautes, elles ont donc dé­ci­dé de créer l’as­so­cia­tion Sté­ri­let Hor­mones Vigilance. « Le but est de se re­grou­per pour por­ter plainte, pré­vient-elle. Car les ré­per­cus­sions sur la vie des femmes concer­nées sont énormes. »

Des mil­liers de plaintes

« Dé­pres­sion, kystes, perte de che­veux ou crises d’an­goisse peuvent être dus à l’ac­tion et à l’im­pré­gna­tion hor­mo­nale du sté­ri­let, confirme la pro­fes­seure Ma­rie-Ch­ris­tine Pé­raultPo­chat, res­pon­sable du centre ré­gio­nal de phar­ma­co­vi­gi­lance de Poi­tiers. Ces ef­fets existent, on le sait, ce sont des choses que nous connais­sions grâce à une base de don­nées in­ter­na­tio­nale. » À l’étran­ger, Mi­re­na fait d’ailleurs l’ob­jet de pro­cé­dures ju­di­ciaires dans plu­sieurs pays. En Es­pagne, 2 900 plaintes ont dé­jà été dé­po­sées. Aux États-Unis, au moins 2 600 pro­cé­dures étaient en cours en jan­vier à la suite de per­fo­ra­tions de l’uté­rus, de gros­sesses ex­tra-uté­rines ou de pro­blèmes d’hy­per­ten­sion crâ­nienne.

En France ? La grogne monte et les si­gna­le­ments au­près de l’Agence na­tio­nale de sécurité du mé­di­ca­ment (ANSM) s’ac­cu­mulent. Les centres ré­gio­naux de phar­ma­co­vi­gi­lance in­citent d’ailleurs les pa­tientes à si­gna­ler en ligne les pro­blèmes qu’elles ont pu ren­con­trer 3. « Nous avons re­çu en­vi­ron cinq cents dé­cla­ra­tions au ni­veau na­tio­nal. Ça com­mence à faire beau­coup ! » concède la Pr Pé­rault-Po­chat. In­quié­tant, d’au­tant que cer­taines font état de nou­veaux ef­fets in­dé­si­rables (ver­tiges, fa­tigue, troubles du som­meil, at­taques de pa­nique…).

« Ces ef­fets, qui ne sont pas ins­crits dans la no­tice, ont été rap­por­tés dans d’autres pays de l’Union eu­ro­péenne. L’Agence eu­ro­péenne du mé­di­ca­ment a ou­vert ce dos­sier il y a plu­sieurs mois. Une éva­lua­tion est en cours », ex­pli­quet-on à l’ANSM. Cette der­nière, qui s’est dé­ci­dée à me­ner des « in­ves­ti­ga­tions », se réuni­ra en juin avec ses ho­mo­logues eu­ro­péens afin de faire le point et, peut-être, de dé­ci­der d’un plan d’ac­tion. Mais, en at­ten­dant, es­time l’agence, les don­nées dis­po­nibles « ne re­mettent pas en cause le rap­port bé­né­fice/risque » . Quant au la­bo­ra­toire Bayer, il as­sure « tra­vailler avec les au­to­ri­tés pour prendre en compte l’en­semble des dé­cla­ra­tions » . Et rap­pelle que « les ef­fets in­dé­si­rables connus fi­gurent sur la no­tice du pro­duit » . Au­tre­ment dit… tant pis pour nous, on nous avait pré­ve­nues !

U Au­ré­lia Blanc et Vir­gine Roels

1. Le pré­nom a été mo­di­fié. 2. Le dis­po­si­tif in­tra-uté­rin Mi­re­na, pré­co­ni­sé en cas de règles dou­lou­reuses, li­bère en conti­nu dans l’uté­rus une hor­mone pro­ges­ta­tive (le lé­vo­nor­ges­trel), pen­dant cinq ans.

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