Un bi­lan très cash

Causette - - LIVRES - Isa belle Mo­trot

Vous ne ver­rez plus ja­mais votre ban­quière de la même fa­çon. Dans son pre­mier ro­man, L’Heure des comptes, Louise Long dé­voile les cou­lisses d’une agence ban­caire de quar­tier et la vie pal­pi­tante (mais si !) de ses em­ployés. Un livre dé­li­cieu­se­ment sar­cas­tique et fou­gueu­se­ment fé­mi­niste.

On me di­sait tou­jours : « Tu as une vraie plume, il faut que tu écrives ! » Je ré­pon­dais : « J’écri­rai plus tard, quand je se­rai im­bai­sable… Eh bien, nous y sommes ! » Ah ça, elle est cash Louise Long ! Ru­gueuse comme l’hé­roïne de son ro­man, une ban­quière quin­qua, lu­cide et pleine d’hu­mour, qui tombe amou­reuse d’un col­la­bo­ra­teur plus jeune qu’elle. Une his­toire d’amour ra­va­geuse qui ha­bille avec élé­gance le vé­ri­table pro­pos du ro­man : les in­jus­tices faites aux femmes.

« La banque, c’est une bonne toile de fond pour créer des por­traits de femmes et mon­trer leurs dé­tresses. Parce que la prin­ci­pale in­jus­tice, c’est d’abord l’ar­gent. Quand on met le nez dans les comptes, les prêts, les legs, toutes ces étapes qui rythment les vies, on me­sure à quel point l’écart des sa­laires re­ten­tit sur le quo­ti­dien, la ges­tion des fa­milles, le sa­cri­fice des car­rières. Et quand elles sont seules, les femmes trinquent en­core plus… »

L’Heure des comptes est une ha­bile po­ly­pho­nie. Les per­son­nages confient tour à tour leur point de vue et, à tra­vers des lam­beaux de leur quo­ti­dien, ra­content la fa­meuse his­toire d’amour. La ban­quière, ses clients, ses em­ployés, cha­cun com­mente. Bien sûr, leur sub­jec­ti­vi­té brouille les pistes. Ain­si, l’hé­roïne elle-même, hau­taine et dé­tes­table pour cer­tains est gé­né­reuse et fan­tasque pour les autres. Au lec­teur de faire la part des choses. Au pas­sage, Louise Long règle son compte à cette nou­velle in­jonc­tion qui or­donne aux quin­quas d’être épa­nouies. « J’en ai marre de voir par­tout des femmes qui clament “C’est mer­veilleux d’avoir 50 ans, je suis dé­si­rable, je suis Sha­ron Stone !” Moi je dis, 50 ans c’est af­freux ! Et c’est idiot de le nier. J’ai choi­si de mettre mon éner­gie dans l’écriture parce qu’il faut, à ce tour­nant de la vie, se construire une nou­velle exis­tence. »

Une dé­ter­mi­na­tion que l’on per­çoit dans la vi­va­ci­té de l’écriture, l’hu­mour trash et le style par­fois cru. Tout ça donne du liant à l’af­faire, comme une sauce bien re­le­vée. « Et en­core, j’ai al­lé­gé ! J’aime bien les écri­tures agres­sives, l’adresse au lec­teur. Au dé­part, ma ban­quière était plus vi­ru­lente. Je l’ai adou­cie sur les conseils de mes pre­miers lec­teurs, mais j’ai tou­jours peur de bas­cu­ler dans le cu­cul niais. » Alors là, Louise, pas de risque, on est en­core… loin du compte.

L’Heure des comptes, de Louise Long. Éd. Flam­ma­rion,

306 pages, 19 eu­ros.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.