En­tre­tien avec Mar­lène Schiap­pa, se­cré­taire d’État à l’éga­li­té entre les hommes et les femmes

Nom­mée à la tête du se­cré­ta­riat d’État à l’Éga­li­té entre les femmes et les hommes, Mar­lène Schiap­pa est pla­cée sous l’au­to­ri­té d’un Pre­mier mi­nistre qui n’a pas sou­te­nu l’éga­li­té réelle. Alors qu’Em­ma­nuel Ma­cron pro­met­tait de créer « un mi­nis­tère plein et

Causette - - SOMMAIRE - pro­pos re­cuei llis par au­drey le­bel

Cau­sette : À dé­faut d’un mi­nis­tère, vous dis­po­sez d’un se­cré­ta­riat d’État. Pre­mière pro­messe non te­nue ?

Pen­dant la cam­pagne d’Em­ma­nuel

Mar­lène Sc hiap­pa : Ma­cron, j’ai fait le tour de France des as­so­cia­tions pour par­ler de son pro­gramme. Ce qui est res­sor­ti de ces échanges est qu’un se­cré­ta­riat d’État se­rait plus per­ti­nent. Pour­quoi ? Parce que, à chaque fois, on me par­lait d’un be­soin de trans­ver­sa­li­té. Par exemple, s’agis­sant du pro­blème de l’en­do­mé­triose, les as­so­cia­tions de­vaient pas­ser par plu­sieurs mi­nis­tères, ce qui ral­lon­geait tous leurs dé­lais, et ce qui, fi­na­le­ment, était une bar­rière ad­mi­nis­tra­tive. Quand on a en charge un mi­nis­tère, on reste dans son do­maine de com­pé­tence. Quand on est un se­cré­taire d’État rat­ta­ché à Ma­ti­gnon, on peut, en re­vanche, bé­né­fi­cier du poids et de l’au­to­ri­té du Pre­mier mi­nistre pour que chaque mi­nistre se sente plei­ne­ment concer­né par la grande cause na­tio­nale de ce quin­quen­nat. Votre por­te­feuille est pla­cé sous l’au­to­ri­té du Pre­mier mi­nistre, Édouard Phi­lippe. Qui n’a vo­té ni la loi pour l’éga­li­té réelle entre les femmes et les hommes 1 ni celle pour le ma­riage pour tous. Une co­ha­bi­ta­tion qui va être dif­fi­cile ?

En ce qui concerne ses po­si­tions pas­sées, je

M. S. : note qu’il s’est ef­fec­ti­ve­ment abs­te­nu, alors que la ma­jo­ri­té de son groupe avait vo­té « contre ». C’était dé­jà une forme de po­si­tion­ne­ment politique de

s’abs­te­nir et de ne pas vo­ter comme son groupe. C’est jus­te­ment pour cette rai­son qu’Em­ma­nuel Ma­cron a te­nu à faire une com­plète re­com­po­si­tion de la vie politique : c’est ab­surde d’être obli­gé de vo­ter comme son groupe pour des ques­tions de lo­gique de groupe politique. Le but de la re­com­po­si­tion est de pou­voir avoir un gou­ver­ne­ment avec des gens qui, par le pas­sé, ont eu des po­si­tions très dif­fé­rentes, mais qui, tous, dé­cident de tra­vailler en­semble sur une ligne com­mune.

Par­don, mais ce n’est pas n’im­porte quel su­jet : Édouard Phi­lippe s’est abs­te­nu sur le vote de la loi con­cer­nant l’éga­li­té réelle entre les femmes et les hommes. Votre su­jet…

Les échanges que nous avons eus, lui et moi,

M. S. : avant ma no­mi­na­tion, les ga­ran­ties sur les moyens qu’il al­lait mettre à ma dis­po­si­tion, me conviennent par­fai­te­ment. Je ne me sens pas en contra­dic­tion.

Le pré­cé­dent mi­nis­tère des Droits des femmes bé­né­fi­ciait du plus petit bud­get de l’État (0,006 %). De quels moyens al­lez-vous dis­po­ser pour ce se­cré­ta­riat d’État ?

Non seule­ment nous avons le ser­vice et l’ad­mi

M. S. : nis­tra­tion de l’an­cien mi­nis­tère des Droits des femmes, mais en plus, nous avons les ser­vices de Ma­ti­gnon. Ce qui si­gni­fie que nous avons ac­cès aux ser­vices tech­niques, fi­nan­ciers et hu­mains de Ma­ti­gnon. Ce­la nous per­met d’avoir un pi­lo­tage politique beau­coup plus fort que s’il s’agis­sait d’un mi­nis­tère. L’idée n’est pas d’avoir un bud­get pré­éta­bli et de dire au Pre­mier mi­nistre ce que nous al­lons dé­pen­ser. Elle est de pré­sen­ter au Pre­mier mi­nistre un bud­get que nous sommes en train de construire pour que nous puis­sions en­suite nous ser­vir dans le bud­get de Ma­ti­gnon et dans les moyens de Ma­ti­gnon.

Une seule femme oc­cupe un mi­nis­tère ré­ga­lien, en l’oc­cur­rence Syl­vie Gou­lard au mi­nis­tère des Ar­mées. Une autre pro­messe non te­nue ?

J’en­tends les cri­tiques aus­si sur ce point. Les

M. S. : as­so­cia­tions fé­mi­nistes sont des lan­ceuses d’alerte, elles ont un rôle de vi­gie. J’ai un pro­fond res­pect pour elles. Ce qui n’em­pêche pas que l’on puisse avoir des désac­cords de fond. Néan­moins, ce ­gou­ver­ne­ment est pa­ri­taire. Il est com­po­sé de beau­coup de fé­mi­nistes : la mi­nistre du Tra­vail, la mi­nistre char­gée des Trans­ports, la mi­nistre des Ar­mées, toutes trois sont pro­fon­dé­ment en­ga­gées sur cette ques­tion. Le fait que la mi­nistre du Tra­vail soit une femme doit éga­le­ment être sou­li­gné, puisque le tra­vail se­ra un des thèmes prin­ci­paux du quin­quen­nat d’Em­ma­nuel Ma­cron : ce sont les pre­miers chan­tiers qu’il va lan­cer. Mu­riel Pé­ni­caud se­ra en pre­mière ligne. Le fait d’avoir Lau­ra Fles­sel au mi­nis­tère des Sports alors qu’on va por­ter la can­di­da­ture de Pa­ris aux jeux Olym­piques de 2024 est éga­le­ment un sym­bole fort pour la vi­si­bi­li­té des cham­pionnes, des spor­tives.

Quelles sont les prin­ci­pales lignes fixées pour ce quin­quen­nat ?

L’idée n’est pas de dé­cla­rer une politique pu­blique

M. S. : et de de­man­der aux as­so­cia­tions de l’ap­pli­quer, mais de par­tir de leurs de­mandes et d’ajus­ter une politique pu­blique en fonc­tion d’elles. À l’heure ac­tuelle, il s’agit de réunir l’en­semble des ac­teurs de la vie ci­vile et les as­so­cia­tions afin de se mettre d’ac­cord sur des in­di­ca­teurs pour faire un état des lieux des in­éga­li­tés entre les femmes et les hommes. Je re­met­trai en­suite ma feuille de route au Pre­mier mi­nistre. Je sou­haite, par exemple, qu’on ré­flé­chisse sur les évo­lu­tions du congé ma­ter­ni­té. La ma­ter­ni­té marque un point de dé­cro­chage très im­por­tant dans la tra­jec­toire ­pro­fes­sion­nelle des femmes. L’idée est de sé­cu­ri­ser cette pé­riode pour les femmes qui tra­vaillent, et de faire en sorte qu’elles puissent toutes conti­nuer leur ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle.

En mars, Em­ma­nuel Ma­cron dé­cla­rait dans

Cau­sette vou­loir ren­for­cer la politique de tes­ting à l’en­contre des en­tre­prises qui ne res­pectent pas l’éga­li­té sa­la­riale. Cette me­sure va-t-elle être mise en place ?

Ab­so­lu­ment. Il est très im­por­tant de pou­voir

M. S. : tes­ter les en­tre­prises dans leurs pra­tiques sa­la­riales. Cer­taines en­tre­prises as­surent avoir une grille de sa­laires et, par consé­quent, ne pas dis­cri­mi­ner les femmes. Or, dans les faits, quand on re­garde lon­gue­ment ces grilles, on s’aper­çoit que les hommes ­évo­luent plus vite que les femmes. On va donc lan­cer une opé­ra­tion de tes­ting, un ba­ro­mètre.

Com­ment comp­tez-vous concrè­te­ment tes­ter ces en­tre­prises ?

On va se re­po­ser sur le Dé­fen­seur des droits 2,

M. S. : qui se­ra mis­sion­né pour me­ner un cer­tain nombre d’opé­ra­tions, comme il peut le faire pour les dis­cri­mi­na­tions à ca­rac­tère ra­cial. Deux ac­tions se­ront en­suite mises en place : uti­li­ser le « name and shame », c’est-à-dire dé­non­cer les en­tre­prises qui ne res­pectent pas l’éga­li­té, et pro­po­ser des me­sures à ces ­en­tre­prises pour mettre fin à ces in­éga­li­tés par le biais d’un ­pro­gramme de bonnes pra­tiques.

U

1. Loi du 4 août 2014.

2. Le Dé­fen­seur des droits est une au­to­ri­té consti­tu­tion­nelle in­dé­pen­dante char­gée de veiller à la pro­tec­tion des droits et des li­ber­tés des ci­toyens et de pro­mou­voir l’éga­li­té.

Mar­lène Schiap­pa ar­rive à l’Ély­sée pour le pre­mier Conseil des mi­nistres du gou­ver­ne­ment d’édouard Phi­lippe.

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