Res­tez cou­vert-e-s !

Sy­phi­lis, chaude-pisse…, des ma­la­dies sexuellement trans­mis­sibles d’un autre âge ? Oh que non. Elles sont même en pleine pro­gres­sion, alertent les pou­voirs pu­blics dans leur rap­port an­nuel sur la san­té des Fran­çais. Ex­pli­ca­tions.

Causette - - SOMMAIRE - par Clo­tilde Ca­du

IST : voi­là trois pe­tites lettres qu’on avait presque fi­ni par ou­blier. Elles sont pour­tant tou­jours d’ac­tua­li­té et s’in­vitent même beau­coup trop sou­vent sous nos couettes. Ch­la­my­diose, go­no­coc­cie (aus­si connue sous les noms peu en­ga­geants de blen­nor­ra­gie ou « chaude-pisse »), sy­phi­lis… Dans le jar­gon de l’agence na­tio­nale San­té pu­blique France, ce­la donne la mise en garde sui­vante : « Les in­fec­tions sexuellement trans­mis­sibles bac­té­riennes consti­tuent un pro­blème de san­té pu­blique du fait de leur grande fré­quence, de leur trans­mis­si­bi­li­té, de leurs com­pli­ca­tions (neu­ro­sy­phi­lis...), de leurs sé­quelles (in­fer­ti­li­té...) et parce qu’elles sont aus­si des co­fac­teurs de trans­mis­sion du VIH. » Dans son der­nier rap­port 1, pu­blié le 11 mai, l’au­to­ri­té sa­ni­taire s’in­quiète en ef­fet de la per­sis­tance de ces in­fec­tions sa­cré­ment te­naces de­puis une quin­zaine d’an­nées. Chiffres à l’ap­pui : entre 2012 et 2014, le nombre de cas de chla­my­dias diag­nos­ti­qués dans les ré­seaux de la­bo­ra­toires par­te­naires de l’agence (1 640 sites de pré­lè­ve­ment) a aug­men­té de 12 %, ce­lui des go­no­coc­cies de 25 %. Si les ho­mo­sexuels sont par­ti­cu­liè­re­ment vi­sés, no­tam­ment par la sy­phi­lis, « tout le monde est ex­po­sé », dit Ndein­do Ndei­koun­dam, co­or­don­na­teur du pro­gramme IST à San­té pu­blique France. L’IST la plus ré­pan­due, la ch­la­my­diose, concerne ain­si es­sen­tiel­le­ment les femmes et peut en­traî­ner, si elle n’est pas trai­tée à temps, une sté­ri­li­té. « Nos ré­seaux montrent qu’il y a une ten­dance à la hausse », in­dique en­core Ndein­do Ndei­koun­dam, pré­ci­sant qu’une en­quête sa­ni­taire est en cours pour com­prendre ce qui se passe. Ce­pen­dant, tous les ac­teurs concer­nés n’en sont pas à pa­ni­quer. « Nous sommes moins alar­mistes que les pou­voirs pu­blics, on ne peut pas par­ler d’épi­dé­mie d’IST », nuance Jean-Bap­tiste Lu­si­gnan, res­pon­sable du pôle pré­ven­tion au Crips Île-de-France (Centre ré­gio­nal d’in­for­ma­tion et de pré­ven­tion du si­da et pour la san­té des jeunes), sans pour au­tant nier la pré­sence de ces ma­la­dies. La hausse des cas, in­dé­niable, touche da­van­tage cer­taines po­pu­la­tions (hommes ayant des re­la­tions avec les hommes, mi­grants, tra­vailleurs du sexe). Les po­li­tiques de dé­pis­tage, ef­fi­caces, ac­cen­tuent aus­si ma­thé­ma­ti­que­ment le nombre de cas : plus on cherche, plus on trouve. Mais ce n’est en au­cun cas une rai­son pour bais­ser la garde !

Re­lâche sur le pré­ser­va­tif

Les IST bac­té­riennes se trans­mettent plus fa­ci­le­ment que les autres, no­tam­ment via le sexe oral non pro­té­gé. Elles sont aus­si moins connues, en­traî­nant une moindre vigilance. Le re­lâ­che­ment sur le port du pré­ser­va­tif, la dis­pa­ri­tion de la peur du VIH pour­raient aus­si jouer un rôle dans le re­tour des IST. D’autres en­core s’in­ter­rogent sur l’im­pact des sites de da­ting, fa­vo­ri­sant ren­contres et re­la­tions. « Les IST ont tou­jours exis­té, elles sont en­core très pré­sentes. La lutte est très simple, c’est le pré­ser­va­tif », rap­pelle Anne-Lise Pi­nault, der­ma­to­logue au centre hos­pi­ta­lier Émile-Dur­kheim d’Épi­nal ( Vosges). Un son­dage réa­li­sé en mars 2016 mon­trait que 54 % des 18-35 ans l’uti­li­saient sys­té­ma­ti­que­ment 2. Peut mieux faire ! « Les IST fa­vo­risent l’in­fec­tion par le VIH en fra­gi­li­sant les mu­queuses, rap­pelle le doc­teur Pi­nault. D’où l’in­té­rêt de les dé­pis­ter. » En cas de doute, ne pas hé­si­ter à de­man­der un dé­pis­tage à son mé­de­cin ou à se rendre dans l’un des centres gra­tuits de dé­pis­tage pré­sents sur tout le ter­ri­toire.

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