“Ché­ri-e, je craque, bor­del !”

Vous en aviez gros sur la pa­tate, dites donc ! La BD d’Em­ma a per­mis à des di­zaines d’entre vous, ré­pon­dant à notre ap­pel à té­moi­gnages, de mettre des mots sur un sché­ma de couple pro­blé­ma­tique ou car­ré­ment dé­lé­tère. De­puis, vous vi­dez votre sac, vous vou

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Étape n° 1 : le grand dé­bal­lage

Pour Loïc, ce fut car­ré­ment une ré­vé­la­tion : « Je pen­sais être un ma­ri mo­dèle, ce­lui qui as­sure le plus dans le couple. Cette BD a com­plè­te­ment dé­mo­li cette image. En fait, je ne fais que ce que Ro­zenn me met au plan­ning : les re­pas que je pré­pare, c’est avec les courses qu’elle a com­man­dées au drive, les tour­nées de linge sont celles qu’elle a pré­pa­rées, la mai­son dans la­quelle je gère les en­fants est payée en grande par­tie par son tra­vail et, ac­ces­soi­re­ment, elle règle les fac­tures en temps et en heure. […] Il est très rare qu’une lec­ture pro­voque un vé­ri­table conflit so­cio­cog­ni­tif, je ne sais pas si le terme est exact, mais ça y res­semble va­che­ment ! »

Hé­té­ro ou gay, même com­bat, ren­ché­rit Julien. « Je me suis re­trou­vé, de ma­nière as­sez dé­rou­tante, dans la BD d’Em­ma. Je m’in­ter­roge de­puis sur la re­pro­duc­tion de ces rôles au sein d’un couple ho­mo­sexuel (en tout cas dans le mien). Vi­der la ma­chine à la­ver, te­nir la liste des ali­ments à ache­ter, pla­ni­fier les congés, prendre ren­dez-vous chez le vé­to (à dé­faut de gé­rer ceux chez le pé­diatre, au moins pour l’ins­tant) : j’ai l’im­pres­sion que l’en­semble de ces tâches m’in­combe. Éric est de très bonne vo­lon­té quand la tâche lui est confiée, mais n’est ja­mais (ou très très ra­re­ment) à l’ini­tia­tive ! »

Étape n° 2 : le dia­logue

ou la prise de bec

« Mais pas du tout, c’est n’im­porte quoi ! Je me sens aus­si res­pon­sable que toi des cor­vées ! » Voi­là com­ment Charlotte ra­conte la ­ré­ac­tion de son conjoint. Après la « phase de dé­ni » est ve­nue « la phase de deuil » du­dit conjoint, nous dit-elle : « Mais, quand même, je fais des trucs ! […] Et puis, peut-être qu’on n’a pas les mêmes ­prio­ri­tés, aus­si… »

En­suite, sa « dé­pres­sion » : « Ouais, bon, j’suis nul comme mec en fait, c’est ça ? » Et puis, pé­ni­ble­ment, ils ar­rivent à « faire un pas l’un vers l’autre » . La pro­po­si­tion de Charlotte à son bi­nôme : « Je veux bien lais­ser le linge sé­cher, sur­sé­cher et sur­sur­sé­cher ­pen­dant cinq jours, his­toire que tu sois bien sûr qu’il soit sec avant de prendre l’ini­tia­tive de le ra­mas­ser. De ton cô­té, tu peux, peut-être, m’en­voyer un tex­to quand je suis ultra à la bourre le mar­di soir en me di­sant : “T’in­quiète, je m’oc­cupe d’al­ler cher­cher le pa­nier de lé­gumes.” »

Étape n° 3 : la ten­ta­tive de ré­forme

« Chez moi, on s’en re­met à peine !, té­moigne Cé­line. Il y a donc eu des cris et des pleurs, car je n’ai pas man­qué la moindre oc­ca­sion de faire ré­fé­rence à ce qu’ex­plique Em­ma. Hier, je suis ren­trée après lui et avais lais­sé bien en vue de quoi pré­pa­rer le dî­ner. Avant, il au­rait fait comme si de rien n’était, mais hier, il a com­men­cé à pré­pa­rer notre re­pas, ce qui est une avan­cée ma­jeure ! Vi­si­ble­ment, ses col­lègues ont lu la BD aus­si, car ils en avaient dis­cu­té pen­dant la pause dé­jeu­ner et le pro­blème est bel et bien uni­ver­sel ! On a dé­ci­dé que, le jour où on au­rait des en­fants, on veille­rait à ce qu’ils ou elles n’aient pas de com­por­te­ment “mas­cu­lin” ou “fé­mi­nin” (sur­tout pas mas­cu­lin, en fait !) face aux dif­fé­rentes tâches mé­na­gères, ce qui est une bonne ré­so­lu­tion com­mune et que nous réus­si­rons à mettre en oeuvre, j’es­père. »

Pour So­nia et Fran­ces­ca, une seule so­lu­tion, lâ­cher prise : « Nous sommes deux femmes, en­semble de­puis huit ans. Il y a quelques an­nées, l’une d’entre nous s’était re­trou­vée coin­cée dans le rôle de la mère de fa­mille. Comme quoi, ce­la n’ar­rive pas qu’entre homme et femme ! Ce­la ne ve­nait pas de la mau­vaise vo­lon­té ou pa­resse de l’une, mais plu­tôt de la dif­fi­cul­té à dé­lé­guer et à faire confiance à l’autre. Ce qui nous a per­mis de re­cons­truire notre quo­ti­dien de ma­nière plus équi­li­brée, c’est d’avoir ac­cep­té qu’on n’a pas for­cé­ment les mêmes rythmes et exi­gences, que l’autre peut apprendre à (mieux) faire seule­ment si on le laisse faire. »

Étape n° 4 : al­ler plus loin !

« Je me suis ren­du compte que ça s’ap­pli­quait aus­si au mi­lieu pro­fes­sion­nel, dit Laure. Toute la vie de mon la­bo­ra­toire, hors contexte scien­ti­fique, re­pose sur les épaules des femmes. Ce sont elles qui fi­nissent par cra­quer de­vant la vais­selle qui s’ac­cu­mule. Ce sont elles qui mettent en place les col­lectes pour les ca­deaux de nais­sance, les ca­deaux de sou­te­nance, etc. Il est de tradition que cha­cun apporte quelque chose à par­ta­ger le jour de son an­ni­ver­saire, mais j’ai re­mar­qué que les femmes avaient ten­dance à le faire plus sou­vent, juste pour faire plai­sir et créer un mo­ment de convi­via­li­té.

En con­clu­sion, je trouve ça dom­mage de li­mi­ter ce concept au seul couple, parce que, en fait, cette charge ­men­tale existe éga­le­ment en de­hors du foyer, avec les mêmes ­mo­da­li­tés et les mêmes consé­quences. »

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