Ariane As­ca­ride À la vie, à la mort !

Ro­bert Gué­di­guian est de « re­tour au port » et c’est tant mieux : La Vil­la, son nou­veau film, est l’un de ses plus beaux. Mé­lan­co­lique et tendre. Avec ses co­mé­diens fé­tiches, dans la lu­mière hi­ver­nale d’une ca­lanque mar­seillaise, le ci­néaste de Ma­rius et

Causette - - CINÉMA - THÉÂTRE - LIVRES - MUSIQUE - PITCHOUS - Par Ariane Al­lard

Cau­sette : La Vil­la sonne comme un re­tour aux fon­da­men­taux dans l’oeuvre de Gué­di­guian. Vous qui, jus­te­ment, faites par­tie de ces fon­da­men­taux, com­ment l’ex­pli­quez-vous ?

Cette im­pres­sion passe par les ac­teurs, d’abord.

Ariane As­ca­ride : Par les lieux aus­si : la ca­lanque de Mé­jean, le bord de mer. Et cette lu­mière d’hi­ver, en fait, on ne l’a plus re­vue de­puis À la vie, à la mort, en 1995. C’est vrai que tout ça, c’est nous. Sauf que La Vil­la, c’est da­van­tage en­core : c’est le film où Ro­bert se dé­voile le plus. Une étape im­por­tante. Toutes les phrases que l’on en­tend, il peut les re­prendre à son compte, qu’elles soient dites par une femme, un homme, un jeune, un vieux. Oui, c’est ce­lui qui lui res­semble le plus. Vous sa­vez, Ro­bert est un homme mé­lan­co­lique, ça doit ve­nir de ses ori­gines ar­mé­niennes et teu­tonnes ! En même temps, il est ré­so­lu­ment tourné du cô­té de la vie…

Est-ce un film bi­lan, ty­pique de la soixan­taine ?

Non, pas en­core à ce stade. C’est plu­tôt une am­biance à la

A. A. : Tche­khov. Les per­son­nages sont là, ils constatent qu’ils ont vieilli, mais qu’ils ne sont pas com­plè­te­ment cuits. C’est un temps où on se dit : « Ah ouais, on se re­trouve là, j’ai rien vu ve­nir ! » Mais pas ques­tion de s’as­seoir et de re­gar­der le monde pour au­tant ! Beau­coup de films de Gué­di­guian sont ta­rau­dés par cette ques­tion : on ar­rête ou on conti­nue ?

Oui, et moi je ne pour­rais pas faire au­tre­ment que conti

A. A. : nuer. Comme Ro­bert. Le pro­blème, c’est de trou­ver la forme. On est dans une vraie mu­ta­tion so­ciale, il y a des tas de gens qui sont dé­çus, qui souffrent. Je sais au­jourd’hui que le monde ne res­sem­ble­ra pas aux uto­pies de ma jeu­nesse, même si elles étaient belles. Mais il faut conti­nuer. Il faut sor­tir, al­ler dans la rue. Tant pis si je passe pour une douce dingue ! At­ten­tion : je ne dis pas que c’est simple. Et le film, qui aborde la ques­tion des ré­fu­giés, ne l’af­firme pas non plus. Mais il faut ré­flé­chir, trou­ver

les moyens de les ac­cueillir. Parce que, si­non, on fait quoi ? On les noie tous dans la Mé­di­ter­ra­née ? La fra­ter­ni­té est un des thèmes im­por­tants de La Vil­la. Ça n’est pas un ha­sard si vous y in­ter­pré­tez la soeur de Gé­rard Mey­lan et de Jean-Pierre Dar­rous­sin, vos ca­ma­rades de jeu de­puis Der­nier Été, en 1980…

Oui, c’est tou­jours com­pli­qué, ce lien fra­ter­nel. Je le sais :

A. A. : j’ai deux frères dans la vie, moi aus­si ! Je peux me dis­pu­ter avec eux, mais quoi qu’il ar­rive, ce sont mes frères et je suis leur soeur. C’est ce que ra­conte le film. Mais cette fra­ter­ni­té, ça dit aus­si quelque chose sur nous, Jacques Bou­det, Jean-Pierre Dar­rous­sin, Gé­rard Mey­lan, moi. Com­ment on se re­garde, com­ment on s’aime.

Le temps qui passe aus­si…

À un mo­ment don­né, dans le ré­cit de La Vil­la, il y a un

A. A. : flash-back. Ro­bert a alors pla­cé un ex­trait de Ki lo sa ?, un long-mé­trage que l’on a tourné en­semble en 1985. C’est très émou­vant de se dire que sa jeu­nesse est ins­crite sur une pel­li­cule avec ses amis. Et de voir que cette pel­li­cule d’hier se ré­ins­crit dans une pel­li­cule d’au­jourd’hui. Très per­tur­bant aus­si. Car, même si le temps a pas­sé, j’ai l’im­pres­sion qu’à l’in­té­rieur de moi je suis res­tée la même ! Oui, re­mettre cette sé­quence, ça n’est pas rien. Ça ra­conte la fi­dé­li­té.

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La Vil­la, de Ro­bert Gué­di­guian. Sor­tie le 29 no­vembre.

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