Re­tour en grâce

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An­dreï Kon­cha­lovs­ky, qui a re­çu le Lion d’ar­gent du réa­li­sa­teur à la Mos­tra de Ve­nise, n’a pas fi­ni de nous sur­prendre. De fait, avec Pa­ra­dis, l’au­teur russe oc­to­gé­naire de Ma­ria’s Lo­vers ef­fec­tue un sai­sis­sant re­tour en terre eu­ro­péenne : il y ra­conte l’hor­reur de la guerre – et de la bar­ba­rie na­zie – à tra­vers les des­tins d’un col­la­bo fran­çais, d’une aris­to­crate russe en­ga­gée dans la Ré­sis­tance fran­çaise et d’un of­fi­cier al­le­mand, in­tel­lec­tuel fé­ru de Tche­khov qui se trans­forme en adepte zé­lé du mons­trueux « pa­ra­dis » ger­ma­nique. Rien de conve­nu dans ces par­cours. Les trois ­pro­ta­go­nistes vont se croi­ser, mais à tra­vers un dis­po­si­tif nar­ra­tif gon­flé, qui donne à voir des scènes de leur vie à la fin de la guerre en al­ter­nance avec, pour cha­cun d’eux, des en­tre­tiens face ca­mé­ra. ­Fil­més de­puis un hy­po­thé­tique pa­ra­dis (on com­prend as­sez vite qu’ils sont morts), ils font alors ré­son­ner leur ver­sion de l’his­toire… Une double dé­tente qui a le mé­rite de te­nir à dis­tance le spec­ta­teur, donc de l’em­pê­cher de ju­ger hâ­ti­ve­ment. Pas­sion­nant. Sur­tout quand on com­prend à quel point Ol­ga, la pri­son­nière russe, est com­plexe. Car c’est elle le per­son­nage prin­ci­pal de Pa­ra­dis, prête à tout pour sur­vivre… jus­qu’au sur­saut sa­cri­fi­ciel. Nulle le­çon de mo­rale dans cet épi­logue, juste un hom­mage à sa part d’hu­ma­ni­té, ir­ré­duc­tible. Puisque c’est ce­la dont Kon­cha­lovs­ky veut nous par­ler : de l’hu­main. Une der­nière chose : Pa­ra­dis a été tourné dans un noir et blanc très sobre. C’est dire com­bien cette oeuvre est élé­gante, mo­ra­le­ment et vi­suel­le­ment.

U A. A.

Pa­ra­dis, d’An­dreï Kon­cha­lovs­ky. Sor­tie le 15 no­vembre.

Ol­ga (Ju­lia Vy­sots­kaya), une aris­to­crate russe

en­ga­gée dans la Ré­sis­tance en France.

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