Gar­dons nos oeufs au frais

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J’ex­plique sou­vent à mes pa­tientes que le temps est l’en­ne­mi des femmes, pas seu­le­ment pour le phy­sique : la fer­ti­li­té fé­mi­nine chute dès 35 ans et en­core plus à 40 ans. Or, le dé­sir tar­dif d’en­fant est de­ve­nu une réa­li­té en France. Nos consul­ta­tions sont en­va­hies de femmes jeunes dans la vie mais âgées pour la re­pro­duc­tion. Cer­taines sont peut-être dans le dé­ni, d’autres disent : « Moi, je suis au cou­rant, mais mon conjoint pense qu’on a le temps. » Con­trai­re­ment aux idées re­çues, les taux de suc­cès de l’AMP chutent eux aus­si dès 35 ans. Seul le don d’ovo­cytes com­pense le vieillis­se­ment ova­rien, mais on connaît ses dif­fi­cul­tés en France : manque de don­neuses, dé­lai d’at­tente de dix-huit mois à deux ans, sans comp­ter que l’ovo­cyte d’une autre n’est pas exac­te­ment ce à quoi rêvent les femmes. Donc l’idée de mettre ses propres ovo­cytes en ré­serve n’est pas aber­rante. C’est de la mé­de­cine pré­ven­tive. Nul ne s’op­pose aux tech­niques qui visent à lut­ter contre le vieillis­se­ment des yeux ou du cer­veau, pour­quoi le vieillis­se­ment des ovaires se­rait-il trai­té dif­fé­rem­ment de ce­lui des autres or­ganes ? De­puis les an­nées 2000, une tech­nique de congé­la­tion ra­pide – ou vi­tri­fi­ca­tion – s’est dé­ve­lop­pée avec d’ex­cel­lents ré­sul­tats. Les femmes de 40 ans et plus qui au­raient au­to­con­ser­vé leurs ovo­cytes pour­raient les uti­li­ser et avoir le taux de suc­cès de l’âge de cette au­to­con­ser­va­tion. État réel­le­ment laïque, sans pres­sion re­li­gieuse of­fi­cielle ou of­fi­cieuse, nous avons peu de chances.

Je di­rais pêle-mêle la religion, le re­tour du na­tu­rel prô­né par ceux qui ou­blient les bien­faits de la pi­lule ou de la mé­di­ca­li­sa­tion de l’ac­cou­che­ment, en ou­bliant les gros­sesses non dé­si­rées, les avor­te­ments clan­des­tins, les femmes qui mou­raient en couches et leur bé­bé aus­si… C’est le droit de chaque femme de dis­po­ser de son corps. Si elle veut pré­ser­ver sa fer­ti­li­té, dû­ment in­for­mée que ce­la ne ga­ran­tit pas la gros­sesse ul­té­rieure, pour­quoi l’en em­pê­cher ?

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