Mes ovo­cytes sont en Es­pagne

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« Avoir fait conge­ler mes ovo­cytes à 36 ans m’a li­bé­rée d’un poids énorme. Cette an­née-là, je di­ri­geais deux en­tre­prises que j’avais fon­dées, et je voyais le temps pas­ser sans par­ve­nir à ren­con­trer quel­qu’un. Or, deux se­maines après mon re­tour d’Es­pagne, j’ai ren­con­tré un homme sur une ap­pli. Je vou­lais prendre ma vie af­fec­tive en main. Très vite, dès le deuxième ren­dez-vous, je lui ai ex­pli­qué ce que j’avais fait. Je vou­lais le tes­ter. S’il avait été idéo­lo­gi­que­ment contre, ou cho­qué, je n’au­rais pas pour­sui­vi la re­la­tion. Mais il s’est mon­tré très cu­rieux, les ques­tions de so­cié­té l’in­té­ressent. Et il est fé­mi­niste.

J’avais com­men­cé à me sou­cier sé­rieu­se­ment de ma fer­ti­li­té vers 34 ans. J’étais tom­bée sur une in­ter­view du pro­fes­seur Fran­çois Oli­vennes qui di­sait : “N’at­ten­dez pas pour faire des enfants, la fer­ti­li­té chute vite après 35 ans.” J’étais al­lée voir ma gy­né­co pour lui de­man­der un bi­lan de ma fer­ti­li­té. Elle m’avait rem­bar­rée : “Ça ne marche pas comme ça ! D’abord vous ren­con­trez quel­qu’un, en­suite vous es­sayez de conce­voir pen­dant un an et de­mi, et si rien ne vient, on ver­ra ce qu’on peut faire.” Sa ré­ac­tion m’avait si­dé­rée. Je me sen­tais dé­pos­sé­dée de mon corps, de mon pro­jet de fa­mille, in­fan­ti­li­sée. Alors je suis al­lée voir le pro­fes­seur Oli­vennes, qui a com­pris ma de­mande. On a fait ce bi­lan, et il m’a dit : “Ne per­dez pas de temps. Si vous vou­lez conser­ver vos ovo­cytes, faites-le dans les six mois qui viennent.”

J’ai donc pris les choses en main et suis par­tie en Es­pagne. Le trai­te­ment de sti­mu­la­tion, les in­jec­tions d’hor­mones, ce n’était pas fa­cile à vivre, d’au­tant que je les fai­sais moi-même. J’ai même fait la der­nière in­jec­tion, celle qui dé­clenche l’ovu­la­tion juste avant la ponc­tion. J’ai eu de la chance, dix-sept ovo­cytes ont pu être pré­le­vés. Et je suis ren­trée en France vrai­ment sou­la­gée. Et puis j’ai ren­con­tré mon com­pa­gnon.

Une fois notre re­la­tion bien ins­tal­lée, nous avons pris la dé­ci­sion de faire un en­fant. Je suis tom­bée en­ceinte na­tu­rel­le­ment, très vite. Ma fille a 10 mois main­te­nant. Et je mesure le bou­le­ver­se­ment que re­pré­sente un en­fant dans la vie d’une femme. Beau­coup de che­min reste à par­cou­rir pour nous per­mettre d’or­ga­ni­ser vie per­son­nelle et vie pro­fes­sion­nelle.

Je me fé­li­cite tous les jours d’avoir cette ré­serve d’ovo­cytes en Es­pagne. Au­tour de moi, des amies de 39 ou 40 ans ga­lèrent pour faire un en­fant. De­man­der à leurs ovaires de fa­bri­quer des ovo­cytes de qua­li­té est dif­fi­cile : ça bou­sille leur san­té, leur couple, et ce­la a un coût pour la Sé­cu. Quand je fe­rai mon deuxième en­fant, j’au­rai sans doute plus de 40 ans. Si la fé­con­da­tion ne vient pas fa­ci­le­ment, je pour­rai tou­jours uti­li­ser les ovo­cytes de mes 36 ans. Je suis op­ti­miste, je sais qu’un jour les femmes pour­ront pré­ser­ver leur fer­ti­li­té en France aus­si. C’est l’évo­lu­tion de notre so­cié­té, on ne pour­ra pas la frei­ner. Ce droit nou­veau doit s’ac­qué­rir, comme la pi­lule et l’avor­te­ment. Mais le che­min est la­bo­rieux. »

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