La chro­nique du Dr Kpote : mé­tro, pé­dos, do­do !

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Dans le film égyp­tien de Mo­ha­med Diab, Les Femmes du bus 678 , Fay­za, qui ne ­sup­porte plus de su­bir l’hu­mi­lia­tion des frot­teurs de bus, dé­cide de se faire jus­tice à grands coups d’ai­guilles dans les par­ties. Même si mon rôle d’édu­ca­teur ex­clut toute vel­léi­té de pro­mo­tion de la loi du ta­lion, je ne re­chigne pas à pen­ser que ces mecs ont bien mé­ri­té d’être pi­qués au vit.

Du­rant mes ani­ma­tions, je dif­fuse sou­vent aux élèves l’ex­trait où l’une des hé­roïnes est ta­lon­née, dans un bus donc, par un sale type au re­gard lu­brique qui, après lui avoir mis une main au cul, se dé­bra­guette pour se frot­ter à elle. Par iden­ti­fi­ca­tion, le ric­tus d’ef­froi de l’ac­trice fuyant son agres­seur in­vite aux té­moi­gnages. Au-de­là de l’ef­fet ca­thar­sis, l’in­té­rêt de l’exer­cice ré­side dans le par­tage d’un vé­cu trop sou­vent tu par les concer­nées afin de sen­si­bi­li­ser les autres à un phé­no­mène dont ils ne me­surent pas l’éten­due.

Dé­but jan­vier, j’étais dans un ly­cée du nord pa­ri­sien sur la fa­meuse ligne 13, celle où on tangue col­lé-ser­ré dans des rames bon­dées, donc face à un pu­blic plu­tôt au par­fum. Après avoir mon­tré la même sé­quence du film, j’ai lan­cé un pro­vo­ca­teur « Ce n’est pas en France que vous ris­quez de vous faire har­ce­ler… », his­toire de chauf­fer l’as­sem­blée. Les filles sont tout de suite mon­tées en ré­gime et ont ra­con­té, à tour de rôle, des vé­cus dou­lou­reux dans des trans­ports tout sauf amou­reux. L’une d’elle, des tré­mo­los dans la voix, nous a rap­por­té que sa mère lui avait conseillé d’at­tra­per l’éven­tuelle main ba­la­deuse et de la tendre au-des­sus des têtes, en af­fi­chant le har­ce­leur. Ré­cem­ment, elle avait donc em­poi­gné la main moite d’un type qui, fort de sa qua­ran­taine bien tas­sée, au­rait pu être son père. Il s’est fen­du d’un « Ma­de­moi­selle, lâ­chez-moi, vous vous mé­pre­nez, je cher­chais juste à me te­nir », avec un aplomb qui l’a si­dé­rée. L’em­pa­thie ayant lar­ge­ment cé­dé du ter­rain à ­l’apa­thie, son voyage s’est pour­sui­vi dans une grande so­li­tude, lui confé­rant même un sen­ti­ment de culpa­bi­li­té. Elle a quand même re­con­nu : « Je trem­blais de par­tout, mais je suis fière d’avoir osé, alors que j’avais peur de me faire frap­per. »

Comme chez les al­coo­liques ano­nymes, le groupe l’a ap­plau­die pour lui si­gni­fier sa bien­veillance et a re­gret­té la pas­si­vi­té des autres pas­sa­gers. Je leur ai dif­fu­sé, en­suite, une archive de Ro­land-Gar­ros dans la­quelle Maxime Ha­mou, ten­nis­man fran­çais, agrippe une jeune jour­na­liste pour l’em­bras­ser de force, adou­bé dans son em­prise pa­triar­cale par les ap­plau­dis­se­ments d’un Hen­ri Le­conte hi­lare, frère de terre et de meuf « bat­tues ». Une fille nous a alors si­gna­lé qu’en pri­maire son ins­ti­tu­trice lui avait si­gni­fié que si les gar­çons l’at­tra­paient vio­lem­ment ou la frap­paient, c’était pour lui prou­ver de l’in­té­rêt, voire de l’amour. Entre la vio­lence niée par toute une rame et celle éri­gée en preuve d’af­fec­tion par une adulte cen­sée in­car­ner l’édu­ca­tif, on mar­chait la tête et l’hu­ma­ni­té à l’en­vers. Quand, en plus, on lit que des femmes cé­lèbres re­grettent que « des hommes aient été sanc­tion­nés dans l’exer­cice de leur mé­tier […] alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir tou­ché un ge­nou, ten­té de vo­ler un bai­ser * » , on a juste en­vie de les as­so­cier à Maxime pour le double mixte.

Dans la même classe, une autre ado a ra­con­té ce jour où un in­con­nu, dans le bus tou­jours, fou­droyé par son jeune pro­fil cal­li­pyge lui avait pro­po­sé de fi­nir la jour­née avec lui. Elle s’est re­pliée stra­té­gi­que­ment à cô­té d’une « vieille dame » qui lui a pro­po­sé de la rac­com­pa­gner, obli­geant le type à re­brous­ser che­min et à rem­bal­ler sa pé­do-li­bi­do. Elle a ajou­té : « Pen­dant un mois, tous les jours, je vé­ri­fiais si le mec n’était pas dans le bus. Quand je n’étais pas sûre, je le lais­sais par­tir et j’ar­ri­vais en re­tard au col­lège. Je me suis fait grave dé­fon­cer par mes pa­rents, mais j’ai rien dit. » J’ai in­sis­té sur le fait qu’il fal­lait sor­tir de la spi­rale du si­lence, ai fait al­lu­sion à l’af­faire Wein­stein, leur ai dit que la peur de­vait chan­ger de camp. « Fa­cile à dire, m’a-t-elle ré­pon­du, d’au­tant plus que vous êtes un homme. » Comme elle n’avait pas tort, j’ai in­ter­ro­gé le point de vue des

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