Le Crif contre le FN : Not in my name !

Causeur - - Sommaire N° 31 – Janvier 2016 - Cy­ril Ben­na­sar

Une fois de plus, lors de ces ré­gio­nales, des or­ga­ni­sa­tions cen­sé­ment re­pré­sen­ta­tives se sont ar­ro­gées le droit de me dire com­ment je de­vais vo­ter. Je vais tâ­cher de leur ré­pondre tout en res­tant poli…

Cette cam­pagne pour les élec­tions ré­gio­nales au cours de la­quelle, pour « faire bar­rage au Front na­tio­nal », des juifs et des francs-ma­çons ont dé­non­cé sans nuance ni mé­na­ge­ment la dé­mo­cra­tique pro­gres­sion des can­di­dats du Front na­tio­nal, au­ra eu pour ef­fet de ri­di­cu­li­ser dé­fi­ni­ti­ve­ment ceux qui nous an­noncent sans rire que les an­nées 1930 sont de re­tour.

Ras l'front ré­pu­bli­cain !

N’étant pas franc-ma­çon et ne con­nais­sant ce mou­ve­ment – qui am­bi­tionne d’oeu­vrer au bon­heur de l’hu­ma­ni­té mais réus­sit sur­tout de nos jours à contri­buer aux ventes de L'express, ja­mais avare de mar­ron­niers – que par ce qu’en di­sait Fran­çois Ca­van­na (des pe­tits vieux qui se réunissent pour faire jou­jou loin de leur bonne femme), je ne m’éten­drai pas sur ce su­jet. Je me pen­che­rai plu­tôt sur les juifs, en­fin sur cer­tains juifs, com­mu­nau­taires et pro­fes­sion­nels, qui vivent en France dans la cha­leur ras­su­rante de l’en­tre­soi, comme nos­tal­giques du ghet­to, et dont les porte-pa­role pré­tendent me re­pré­sen­ter quand ils collent des kip­pas sur la tête d’élus en quête de clien­tèle en leur ar­ra­chant des pro­messes de sub­ven­tions. Il y a six ans, lors des pré­cé­dentes élec­tions ré­gio­nales, l’union des étu­diants juifs de France (des couillons qui donnent des le­çons à un âge où l’on est cen­sé faire ses de­voirs) lan­çait un ap­pel au boy­cott dans une cam­pagne in­ti­tu­lée : « Pas une voix juive pour le FN ! » Ne de­man­dant qu’à être convain­cu, je ré­cla­mai alors des ar­gu­ments en an­non­çant que l’in­jonc­tion ne suf­fi­rait pas à me dé­tour­ner de mon in­ten­tion. J’at­tends en­core et j’ai beau tendre l’oreille, alors que le par­ti po­pu­liste de­vient de plus en plus po­pu­laire, je n’en­tends tou­jours que des slo­gans vides et des dis­cours creux. Ain­si, le Crif Mar­seille Pro­vence, le Consis­toire is­raé­lite et le Fonds so­cial juif uni­fié ont ap­pe­lé, pour l’élec­tion qui vient d’avoir lieu, « tous les Fran­çais à se rendre mas­si­ve­ment aux urnes di­manche 13 dé­cembre afin que les va­leurs qui sont le socle de nos ac­tions au quo­ti­dien pré­valent sur la haine et l'obs­cu­ran­tisme ». Mais quelles « va­leurs » propres au ju­daïsme de­vraient em­pê­cher un Fran­çais juif d’ap­por­ter sa voix à un par­ti na­tio­na­liste qui s’af­fiche au­jourd’hui gaul­liste et ré­pu­bli­cain ? La sé­pa­ra­tion des hommes et des femmes dans les lieux de culte ? L’en­do­ga­mie ? Le droit du sang ? Un « vi­vren­semble » dans sa ver­sion la plus étroite ? La pré­ser­va­tion fa­rouche d’une ap­par­te­nance et d’un mode de vie in­ven­tés il y a trois mille

QUELLES « VA­LEURS » PROPRES AU JU­DAÏSME DE­VRAIENT EM­PÊ­CHER UN FRAN­ÇAIS JUIF DE VO­TER POUR UN PAR­TI NA­TIO­NA­LISTE QUI S'AF­FICHE AU­JOURD'HUI GAUL­LISTE ET RÉ­PU­BLI­CAIN ?

ans dans un mi­lieu clos aux fron­tières étanches ? Car, fau­til le rap­pe­ler, même dans une France pré­si­dée par Ma­rine Le Pen, il res­te­ra tou­jours plus fa­cile pour un étran­ger de de­ve­nir fran­çais que pour un « goy » de de­ve­nir juif.

De son cô­té, la pré­si­dente du Crif PACA, Mi­chèle Te­boul, dé­cla­rait : « Si le FN re­fuse l'aide aux com­mu­nau­tés comme sa can­di­date l'a dit, au­tant dire que notre tra­vail au quo­ti­dien se­ra ré­duit à zé­ro. Tout ce tra­vail de lien so­cial, c'est fi­ni. Fer­mer, c'est ce qui va ar­ri­ver à toutes les as­so­cia­tions, les unes après les autres. » To­ta­le­ment igno­rant des pra­tiques as­so­cia­tives, je m’in­ter­roge sur la na­ture de ce lien so­cial qui meurt si on ne l’ar­rose pas et sur ces com­mu­nau­tés qui semblent ne pou­voir, sans aides, conti­nuer à exis­ter comme mi­sé­rable frag­ment de la na­tion, ain­si que sur l’ef­fet que peuvent avoir de telles dé­cla­ra­tions sur les contribuables de toutes sortes qui pensent naï­ve­ment que leurs im­pôts lo­caux servent à construire des routes ou à en­tre­te­nir des ly­cées.

Le phi­lo­sé­mi­tisme des im­bé­ciles

Il y a une ving­taine d’an­nées, le di­rec­teur d’un su­per­mar­ché, dont les cais­sières étaient ré­gu­liè­re­ment in­sul­tées et agres­sées par de la ra­caille ar­ro­gante et im­pu­nie, me confiait que la seule rai­son qui l’em­pê­chait de vo­ter Front na­tio­nal, c’était l’an­ti­sé­mi­tisme, car, di­sait-il, l’an­ti­sé­mi­tisme, c’est im­par­don­nable. Long­temps, un conten­tieux a op­po­sé les juifs et le Front na­tio­nal. Son fon­da­teur, Jean-ma­rie Le Pen, a pen­dant des dé­cen­nies, par ses pro­vo­ca­tions, ses ami­tiés na­zies, sa conni­vence avec le né­ga­tion­nisme et ses blagues an­ti­sé­mites, em­pê­ché que l’on cau­tionne ses at­ti­tudes par le vote. Au­jourd’hui ex­clu et désa­voué par sa fille, élue pré­si­dente du mou­ve­ment, il re­pré­sente un pas­sé ré­vo­lu. Ma­rine Le Pen a pro­vo­qué une rup­ture claire et l’a af­fir­mée en dé­cla­rant que « les chambres à gaz étaient le sum­mum de la bar­ba­rie » ou que, vic­times d’at­ten­tats, « nos com­pa­triotes juifs n'étaient pas as­sez pro­té­gés ». Mais quand bien même il res­te­rait chez les di­ri­geants ou les cadres de ce par­ti un an­ti­sé­mi­tisme bien ca­ché, dans la me­sure où ils sont les seuls à pro­mettre l’ar­rêt d’une im­mi­gra­tion ara­bo-mu­sul­mane qui fait gran­dir la me­nace qui pèse sur les juifs, un peu de ju­geote de­vrait ame­ner ceux qui ne se posent qu’une ques­tion (est-ce bon pour les juifs ?) à cette ré­ponse : il vaut mieux faire élire des « an­ti­sé­mites » dont la po­li­tique est bonne pour les juifs plu­tôt que des im­mi­gra­tion­nistes en­com­brés par les oeillères de la bien-pen­sance qui, concrè­te­ment, les met­tront en dan­ger. Sans al­ler jus­qu’à es­pé­rer que mes co­re­li­gion­naires, res­pon­sables com­mu­nau­taires et for­te­ment ju­déo­cen­trés, se­ront un jour ani­més du même al­truisme et du même sens de l’hon­neur ou de cet in­té­rêt gé­né­ral qui pré­vaut sur ses in­té­rêts par­ti­cu­liers que mon di­rec­teur de su­per­mar­ché, nous pour­rions at­tendre d’eux des prises de po­si­tion un peu plus ma­lignes et un sens po­li­tique un peu plus fin. Ils se­raient bien avi­sés, sur­tout quand ils sou­tiennent in­con­di­tion­nel­le­ment les po­li­tiques des gou­ver­ne­ments is­raé­liens, d’évi­ter, par dé­cence, ou à dé­faut par pru­dence, de faire la mo­rale aux élec­teurs sur les ques­tions des fron­tières, des po­li­tiques mi­gra­toires, de la pré­fé­rence na­tio­nale, de l’at­ta­che­ment à l’hé­ri­tage et à un mode de vie, aux fi­gures glo­rieuses de leur his­toire, à la terre et aux morts. Comme le dit Éric Zem­mour : « Bar­rès à Tel Aviv et Zo­la à Pa­ris, ça suf­fit. » S’ils per­sistent dans leurs in­di­gna­tions da­tées et dans leurs contra­dic­tions mal­heu­reuses, ils risquent de contri­buer à la vic­toire du par­ti qu’ils re­doutent. En même temps, et ce se­ra tou­jours ça de pris, ils au­ront réus­si à dé­cons­truire l’un des cli­chés an­ti­sé­mites par­mi les plus an­ciens et les plus te­naces, en nous prou­vant qu’il y a aus­si des juifs cons. •

Ch­ris­tian Es­tro­si cé­lèbre Ha­nouk­ka à Nice, 21 dé­cembre 2014.

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