Vo­tez Do­nald !

Causeur - - Sommaire N° 31 – Janvier 2016 - Cy­ril Ben­na­sar

De­puis des mois, Do­nald Trump est le Grand Satan du Pe­tit Jour­nal, ce qui plai­dait dé­jà en sa fa­veur. Il est dé­fi­ni­ti­ve­ment de­ve­nu mon chou­chou en pro­po­sant de ne plus ac­cep­ter de nou­veaux im­mi­grants mu­sul­mans. À is­lam ra­di­cal, so­lu­tions ra­di­cales.

En po­li­tique, j’ai pris l’ha­bi­tude de me mé­fier de ceux qui rassurent l’opi­nion pour m’in­té­res­ser à ceux qui l’in­quiètent. Sou­vent dans l’his­toire de France, les vi­sion­naires ex­cen­triques ont concen­tré les mé­fiances et les mo­que­ries pen­dant que les ges­tion­naires à courte vue ra­mas­saient les suf­frages. On se sou­vient qu’en juin 1940 Pé­tain était plus ac­cla­mé que de Gaulle, qu’en 2002 Jacques Chi­rac mit le pays dans sa poche face à Jean-ma­rie Le Pen et, comme on n’ap­prend ja­mais rien, il se pour­rait qu’en 2017 les mêmes trouilles et les mêmes pa­resses nous condamnent à perdre cinq longues an­nées avec Alain Jup­pé. La ten­ta­tion du centre est le re­cours des Fran­çais qui ne com­prennent rien et qui ont peur de tout, de ceux qui pré­fèrent s’en­dor­mir avec Alain Du­ha­mel plu­tôt que ré­flé­chir avec Alain Finkielkraut.

Les Amé­ri­cains, qui ont de l’au­dace dans les gènes et le goût de l’aven­ture, placent au­jourd’hui Do­nald Trump en tête dans les son­dages pour l’in­ves­ti­ture ré­pu­bli­caine. Ça fait beau­coup rire au Pe­tit Jour­nal. C’est bon signe mais jus­qu’à pré­sent, ça ne suf­fi­sait pas à me convaincre que le type était taillé pour le job. Au dé­but de sa cam­pagne, je n’avais pas ai­mé toutes ses dé­cla­ra­tions. Sur­tout celles qui gé­né­ra­lisent. Même si je n’ai au­cun mal à croire qu’un peuple ve­nu du Sud sans qu’on l’ait in­vi­té soit sur­re­pré­sen­té dans les pri­sons pour des af­faires de drogue, de crimes et de viols, on ne doit pas dire : « Les » Mexi­cains. Il faut dire : « Des » Mexi­cains.

Je n’avais pas ai­mé non plus ses pro­pos à l’adresse d’hilla­ry Clin­ton, lui re­pro­chant de n’avoir pas su sa­tis­faire son ma­ri. Il faut être igno­rant pour avan­cer ce­la. Et gros­sier. Nous ne trom­pons pas nos femmes parce qu’elles ne ré­veillent plus nos dé­si­rs, mais parce que nous avons de l’au­dace dans les gènes et le goût de l’aven­ture. Or l’igno­rance et la gros­siè­re­té sont trop ré­pan­dues pour faire sor­tir du lot un can­di­dat à la can­di­da­ture su­prême, même pour ce­lui qui am­bi­tion­ne­rait de ne de­ve­nir qu’un pré­sident nor­mal. Quand on pro­met de make Amé­ri­ca great again, on ne peut pas être so far away des grandes fi­gures qui ont fait l’amé­rique. Même sans états d’âme avec les Mexi­cains et sans re­te­nue contre les In­diens, le cow-boy sa­vait res­ter un gent­le­man. Ja­mais John Wayne n’au­rait lais­sé une dame mar­cher dans la boue en des­cen­dant de la di­li­gence. Évi­dem­ment, ni dans Ala­mo ni dans La Che­vau­chée fan­tas­tique, les femmes ne se pré­sentent aux élec­tions pour être shé­rif à la place du shé­rif. Mais ce n’est pas une rai­son pour perdre son sang-froid, et un fu­tur pré­sident de­vrait sa­voir que l’hé­roïsme s’ar­rête là où l’éga­li­té com­mence.

Le ter­ror­riste est sou­vent un ex-voi­sin mo­dèle

Je n’avais pas ai­mé non plus sa cri­tique des in­ter­ven­tions mi­li­taires me­nées par ses pré­dé­ces­seurs, en par­ti­cu­lier les re­gret­tés George Bush. Comme il est fa­cile au­jourd’hui de condam­ner ces idéa­listes, qui ont sur­tout pé­ché par ex­cès d’oc­ci­den­ta­lo-mor­phisme, prê­tant à ces po­pu­la­tions des as­pi­ra­tions dé­mo­cra­tiques, des soifs de li­ber­té et des rêves de paix. Peut-être eût-il fal­lu ne rem­plir que la pre­mière par­tie des mis­sions, en Af­gha­nis­tan comme en Irak, en éli­mi­nant mas­si­ve­ment tout en­ne­mi avé­ré et, par pré­cau­tion, sup­po­sé, et en re­non­çant à la se­conde qui am­bi­tion­nait de faire des sur­vi­vants des dé­mo­crates. Peut-être eût-il fal­lu en­tendre ce gé­né­ral russe qui, au xixe siècle dé­cla­rait dé­jà : « L'af­gha­nis­tan ne peut être conquis, et il ne le mé­rite pas. » Mais qui donc avait pré­vu que, dans le monde arabe, les al­ter­na­tives aux ty­ran­nies se ré­vé­le­raient bien pires que les

C'EST EN OP­PO­SANT À LA LI­BER­TÉ DE CIR­CU­LA­TION LE PRIN­CIPE DE PRÉ­CAU­TION QUE DO­NALD TRUMP EST DE­VE­NU MON CAN­DI­DAT.

ré­gimes au­to­ri­taires abat­tus, et que les prin­temps li­bé­re­raient sur­tout les is­la­mismes ? En tout cas, pas ceux qui au­jourd’hui rivalisent de sé­vé­ri­té pour condam­ner les er­reurs pas­sées de leurs ad­ver­saires.

Voi­là pour­quoi j’étais ré­ser­vé sur l’op­por­tu­ni­té de don­ner le poste à Do­nald Trump car il ne suf­fit pas, pour faire un bon pré­sident, d’ef­fa­rou­cher les bien-pen­sants, même si c’est une condi­tion in­con­tour­nable, ou d’avoir rai­son après tout le monde. Et puis est ve­nue cette idée, peut-être de­ve­nue pro­messe de­puis la pu­bli­ca­tion de cet ar­ticle, de ne plus lais­ser en­trer les mu­sul­mans sur le sol des États-unis. Je sais bien qu’il ne faut pas dire « les », il faut dire « des », j’ai com­pris la le­çon. Oui, mais alors les­quels ? Telle est la ques­tion que Do­nald ré­torque à nos in­di­gna­tions. Avant que des mu­sul­mans ba­lancent des avions dans des tours ou que d’autres flinguent des han­di­ca­pés, les uns comme les autres étaient de pai­sibles ci­toyens, des voi­sins sans his­toires, des étu­diants ap­pré­ciés, ou des tra­vailleurs hon­nêtes, car on ne peut, au pays de la troi­sième ré­ci­dive et de la peine de mort, de­ve­nir ter­ro­riste après avoir fait car­rière dans le ban­di­tisme. Com­ment faire, donc, pour dis­tin­guer les ter­ro­ristes mu­sul­mans par­mi les mu­sul­mans ? Et que faire si la mis­sion s’avère im­pos­sible ? C’est en po­sant ces ques­tions, que de­vrait se po­ser tout res­pon­sable po­li­tique qui s’est pen­ché sur le vrai sens des mots « res­pon­sable » et « po­li­tique », que Do­nald est re­mon­té dans mon es­time. C’est en op­po­sant à la li­ber­té de cir­cu­la­tion le prin­cipe de pré­cau­tion (sur­tout uti­li­sé pour nous em­pê­cher de vivre libres, et qui pour­rait bien, en l’oc­cur­rence, nous em­pê­cher de mou­rir jeunes), qu’il est de­ve­nu mon can­di­dat.

Vers un mac­car­thysme an­tid­ji­had ?

La so­lu­tion est ra­di­cale, en­tière, bru­tale, amé­ri­caine et nous pa­raît folle, comme tout ce qui nous vient d’ou­treat­lan­tique avec vingt ans d’avance, pour nous ap­pa­raître comme mo­derne, vingt ans après. Ain­si, les Amé­ri­cains ont fer­mé, au temps de la Guerre froide, leur pays au com­mu­nisme. On se sou­vient du mac­car­thysme et des ques­tions ri­sibles po­sées par les doua­niers aux nou­veaux ar­ri­vants, im­mi­grés ou tou­ristes : Ap­par­te­nez-vous au crime or­ga­ni­sé ? Êtes-vous membre du Par­ti com­mu­niste ? Ils ont su, sous la ré­pro­ba­tion du monde en­tier, évi­ter d’être conta­mi­nés par cette ma­la­die du xxe siècle. Nous avons eu, en France et en Eu­rope, une autre ap­proche. Nous avons fait le pa­ri que cette idéo­lo­gie dan­ge­reuse et li­ber­ti­cide se dis­sou­drait dans la dé­mo­cra­tie et dans l’éco­no­mie de mar­ché. Et nous avons ga­gné. Chez nous, il ne reste du com­mu­nisme qu’un par­ti cré­pus­cu­laire et folk­lo­rique, une cu­rio­si­té eu­ro­péenne où se re­trouvent des écri­vains chics, idiots utiles du vil­lage sou­ve­rai­niste – utiles à qui, on se le de­mande ? On les lit avec bon­heur quand ils ne parlent pas de po­li­tique.

Mais alors deux ques­tions se posent : le monde libre au­rat-il rai­son de l’is­la­misme comme il a eu rai­son du com­mu­nisme ? Pou­vons-nous at­tendre vingt ans pour le sa­voir ? •

Do­nal Trump, 21 dé­cembre 2015.

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