Che­vè­ne­ment : « Nous sommes sor­tis de l'ère li­bé­rale-li­ber­taire »

Causeur - - Sommaire N° 31 – Janvier 2016 - Pro­pos recueillis par Daoud Bou­ghe­za­la, Éli­sa­beth Lé­vy et Gil Mi­hae­ly

Pour Jean-pierre Che­vè­ne­ment, l'am­pleur de la ré­ac­tion po­pu­laire aux at­taques ter­ro­ristes de l'an der­nier est le signe d'un mou­ve­ment his­to­rique. Les my­tho­lo­gies post-soixante-hui­tardes s'ef­fondrent, ou­vrant un es­pace tan­gible à un pa­trio­tisme fé­dé­ra­teur et ré­no­vé.

Cau­seur. Dans cette « France d'après » – at­ten­tats et ré­gio­nales –, vous dé­non­cez les po­li­tiques qui ont échoué pen­dant trente ans. Or, après les avoir ac­ca­blés et ren­voyés presque dos à dos, vous les ap­pe­lez à for­mer « un gou­ver­ne­ment de sa­lut pu­blic»…

Jean-pierre Che­vè­ne­ment. Je les ap­pelle à chan­ger et à rompre avec les er­reurs an­ciennes qui nous ont conduits là où nous en sommes. Ces er­reurs qui re­montent aux an­nées 1980 ont une ma­trice com­mune : la perte de confiance en la France et dans l’état-na­tion comme cadre de sou­ve­rai­ne­té, de res­pon­sa­bi­li­té, de dé­mo­cra­tie et de ci­toyen­ne­té. L’ar­ri­mage du franc au mark porte en lui le re­non­ce­ment à la sou­ve­rai­ne­té mo­né­taire. En­suite vient le grand acte de dé­ré­gu­la­tion néo­li­bé­rale : l’acte unique per­met­tant la libération to­tale des mou­ve­ments de ca­pi­taux sans au­cune har­mo­ni­sa­tion préa­lable de la fis­ca­li­té de l’épargne. Cor­ré­la­ti­ve­ment, il y a l’aban­don de l’état stra­tège : la Com­mis­sion eu­ro­péenne de­vient l’au­to­ri­té eu­ro­péenne de la concur­rence et ab­sorbe les po­li­tiques in­dus­trielles. Avec Schen­gen (1985), nous avons re­por­té le contrôle de nos fron­tières sur des pays pé­ri­phé­riques comme la Grèce, qui ne sont pas ou­tillés pour les pro­té­ger.

En­fin, l’aban­don de notre po­li­tique étran­gère in­dé­pen­dante a abou­ti à la ré­in­té­gra­tion dans L’OTAN et à notre ali­gne­ment sur les États-unis, no­tam­ment au Moyeno­rient.

Mais toutes ces « er­reurs » n'ont pas seule­ment été faites d'en haut. L'ou­ver­ture, c'était aus­si une as­pi­ra­tion des peuples, lé­gi­time si l'on songe que beau­coup de so­cié­tés étaient blo­quées. Long­temps, ces dé­ci­sions dé­ré­gu­la­trices ont joui de l'as­sen­ti­ment de la ma­jo­ri­té écra­sante de la classe po­li­tique… et du peuple !

Je n’ai pas par­lé de po­li­tique « illé­gi­time » mais d’une po­li­tique de fa­ci­li­té cor­res­pon­dant au triomphe du néo­li­bé­ra­lisme et à l’explosion de l’idéo­lo­gie li­bé­rale li­ber­taire – en­ta­més en France de­puis mai 1968. Les hommes po­li­tiques ont sui­vi cette idéo­lo­gie au lieu de pré­cé­der. N’ayant pas cor­rec­te­ment an­ti­ci­pé l’évo­lu­tion des choses, ils nous ont mis à la re­morque d’une Eu­rope to­ta­le­ment opaque, an­ti­dé­mo­cra­tique, tech­no­cra­tique et frap­pée d’abou­lie. Quand on voit le pro­jet de trai­té trans­at­lan­tique, on se de­mande s’il y a un pi­lote dans l’avion !

Vous épin­glez des er­reurs re­mon­tant aux an­nées 1980, dé­cen­nie du­rant la­quelle la gauche a été seule aux com­mandes sept ans sur dix…

La droite et la gauche ont vo­té l’acte unique, ont vo­té le trai­té de Maas­tricht, ont vo­té la guerre du Golfe et se sont par­ta­gé le pou­voir. Il y a eu plu­sieurs gou­ver­ne­ments de co­ha­bi­ta­tion et leur suc­ces­sion a en­le­vé de la co­hé­rence à la po­li­tique no­tam­ment in­dus­trielle que la gauche au­rait pu me­ner sur la base d’un sec­teur pu­blic élar­gi. Les pri­va­ti­sa­tions sui­vies du dé­noyau­tage des grandes en­tre­prises fran­çaises ont abou­ti à la dis­so­lu­tion de notre tis­su in­dus­triel dans la glo­ba­li­sa­tion li­bé­rale. J’ai donc dé­mis­sion­né du gou­ver­ne­ment de Fran­çois Mit­ter­rand en 1983 pour mar­quer mon désac­cord avec une po­li­tique qui al­lait créer le chô­mage et la dés­in­dus­tria­li­sa­tion que nous voyons au­jourd’hui. Je l’ai fait à nou­veau en jan­vier 1991 pour me dé­mar­quer d’une po­li­tique qui nous met­tait à la re­morque des États-unis et de l’ara­bie saou­dite.

L'al­ter­na­tive était-elle à ce point évi­dente ? Pre­nons l'exemple de la po­li­tique arabe de

la France. La po­li­tique gaul­lienne qui a ame­né la France à s'al­lier avec l'irak jus­qu'à le suivre dans sa guerre contre l'iran en 1980 – avec des at­ten­tats, la prise d'otages fran­çais au Li­ban en re­pré­sailles – a-t-elle vrai­ment été une réus­site in­con­tes­table ?

La po­li­tique arabe de la France que le gé­né­ral de Gaulle a dé­fi­nie après l’in­dé­pen­dance de l’al­gé­rie, en 1962, vi­sait à fa­vo­ri­ser les vec­teurs de pro­grès dans le monde arabe et à ne pas nous at­ta­cher, comme les Amé­ri­cains, à des pays dont l’orien­ta­tion po­li­tique pou­vait pa­raître dan­ge­reuse. Je pense par exemple au wah­ha­bisme lié au sa­la­fisme, lui­même lié au dji­ha­disme, sur­tout s’il est ar­mé. L’échec du na­tio­na­lisme arabe tient no­tam­ment à des causes que le gé­né­ral de Gaulle avait par­fai­te­ment pres­sen­ties en 1967 : la co­lo­ni­sa­tion par Is­raël des ter­ri­toires au­jourd’hui oc­cu­pés, ce qui, évi­dem­ment, al­lait à re­bours de l’his­toire. On ne peut donc pas faire por­ter sur la France la res­pon­sa­bi­li­té de cet échec.

L'échec du na­tio­na­lisme arabe et de la po­li­tique arabe de la France au­rait donc pour cause l'oc­cu­pa­tion de la Cis­jor­da­nie et de Ga­za ? Pas vous…

Les guerres is­raé­lo-arabes n’ont pas ai­dé mais il n’y a pas que ce­la : l’échec du pro­ces­sus d’os­lo, l’as­sas­si­nat de Rabin, les in­ter­ven­tions mi­li­taires dis­pro­por­tion­nées des États-unis, no­tam­ment en Irak. D’une ma­nière gé­né­rale, tout ce­la a hâ­té la ve­nue au pou­voir de cou­rants po­li­tiques proches des Frères mu­sul­mans et l’es­sor du ter­ro­risme dji­ha­diste.

Au­tre­ment dit, l'oc­ci­dent se­rait seul res­pon­sable. Mais l'in­ca­pa­ci­té de pays comme l'irak à créer un État lé­gi­time peut-elle lui être im­pu­tée ?

L’état ira­kien, quel que soit son ré­gime, était un État lé­gi­time. L’oc­ci­dent n’est pas res­pon­sable du mal dé­ve­lop­pe­ment du monde arabe mais il y avait, dans le monde ara­bo-mu­sul­man, deux ten­dances par rap­port au dé­fi de l’oc­ci­dent : la ten­dance mo­der­ni­sa­trice, que nous au­rions dû en­cou­ra­ger, et la ten­dance iden­ti­taire, in­car­née par les Frères mu­sul­mans que Has­san el-ban­na a créés en 1928, quatre ans après la chute du ca­li­fat ot­to­man. Quant à l’irak, il avait un ré­gime dic­ta­to­rial qui tient en grande par­tie à l’hé­té­ro­gé­néi­té de ce pays. Le gou­ver­ne­ment de Sad­dam Hussein était quand même laïque et mo­der­ni­sa­teur, et com­pre­nait en son sein des mi­nistres kurdes, chiites, sun­nites, chré­tiens même…

L'irak de Sad­dam Hussein comme pa­ra­dis mul­ti­cul­tu­rel, de­man­dez aux chiites…

Lais­sez-moi faire un bref rap­pel. Après la prise du pou­voir par l’aya­tol­lah Kho­mei­ni en Iran, en­cou­ra­gée par Gis­card et Car­ter, à par­tir de l’af­faire des otages à l’am­bas­sade amé­ri­caine à Té­hé­ran et d’un cer­tain nombre de dé­ra­pages, le monde en­tier a sou­te­nu Sad­dam Hussein dans la guerre Irak-iran. Et si la guerre a du­ré aus­si long­temps, c’est que Kho­mei­ni n’ac­cep­tait pas la ré­so­lu­tion vo­tée en 1982 par les Na­tions unies. En­suite, a écla­té l’af­faire du Ko­weït, une crise fa­cile à ré­soudre par la voie di­plo­ma­tique : je peux le dé­mon­trer ! Sad­dam Hussein a lui­même of­fert en oc­tobre 1990 de re­ti­rer ses troupes. Les Amé­ri­cains vou­laient cette guerre dès le pre­mier jour. Eh bien cette guerre a don­né deux résultats : l’en­vol du ter­ro­risme dji­ha­diste sun­nite avec Al-qai­da et la pré­émi­nence de l’iran au Moyen-orient. Une dic­ta­ture laïque n’est ja­mais sou­hai­table mais c’est quel­que­fois une so­lu­tion moins mau­vaise que le chaos gé­né­ra­li­sé avec à la clef des guerres ci­viles, des af­fron­te­ments in­ter­con­fes­sion­nels meur­triers et des pro­blèmes po­li­tiques comme Daech qu’on n’est plus ca­pable de ré­soudre.

Sauf que les prin­temps arabes ont mon­tré l'épui­se­ment de ce mo­dèle dic­ta­to­rial, laïque ou pas. Mais re­ve­nons en France. Vous dé­plo­rez l'aban­don de l'état-na­tion qui est pour vous un cadre de la sou­ve­rai­ne­té, de la dé­mo­cra­tie, de la ci­toyen­ne­té. N'avez-vous pas ou­blié l'iden­ti­té ?

L’iden­ti­té ré­pu­bli­caine de la France est une évi­dence de­puis main­te­nant près de deux siècles. Ce qui ne veut pas dire que la France n’a pas exis­té avant la Ré­pu­blique : s’il n’y avait pas eu la France, il n’y au­rait pas eu la Ré­pu­blique… Par consé­quent, pour moi, il y a une iden­ti­té, ou plu­tôt, une éga­li­té entre la France et la Ré­pu­blique.

L'IN­TÉ­GRA­TION DES PO­PU­LA­TIONS IS­SUES DE L'IM­MI­GRA­TION, S'EST MAL FAITE JUS­QU'À PRÉ­SENT, NO­TAM­MENT PARCE QUE LA FRANCE NE S'AI­MAIT PAS.

Est-ce si évident pour tout le monde ?

Bien sûr ! Ré­cem­ment, les Fran­çais se sont ras­sem­blés au­tour de la na­tion, au­tour du pa­trio­tisme ré­pu­bli­cain et de ses em­blèmes, le dra­peau, la Mar­seillaise. Bref, tout ce que j’avais dit quand j’étais mi­nistre de l’édu­ca­tion na­tio­nale dans les an­nées 1980, et qui me va­lait la ri­sée uni­ver­selle de toutes les ré­dac­tions, se ré­vèle au­jourd’hui juste !

Tous ? Êtes-vous sûr ? Il y a des frac­tures au sein de notre so­cié­té. Il y a des gens qui ne se re­con­naissent pas dans la Ré­pu­blique, no­tam­ment à l'ex­trême droite, et des gens qui ne se re­con­naissent pas dans le dra­peau, no­tam­ment dans la po­pu­la­tion im­mi­grée.

Ef­fec­ti­ve­ment, l’un des grands en­jeux de la pé­riode qui vient, c’est l’in­té­gra­tion des po­pu­la­tions is­sues de l’im­mi­gra­tion, qui s’est mal faite jus­qu’à pré­sent, parce que la France no­tam­ment ne s’ai­mait pas ! Or, je constate que les der­niers at­ten­tats marquent une rup­ture dans l’his­toire longue. Nous sommes sor­tis de l’ère li­bé­rale li­ber­taire pour en­trer dans une nou­velle ère idéo­lo­gique où les concepts de na­tion, de fron­tières, d’au­to­ri­té, et des em­blèmes comme la Mar­seillaise, le dra­peau, re­prennent une si­gni­fi­ca­tion. C’est un chan­ge­ment consi­dé­rable parce qu’une France qui s’ai­me­rait at­ti­re­rait à nou­veau et pour­rait re­prendre le pro­ces­sus sé­cu­laire de l’in­té­gra­tion de ses nou­veaux ci­toyens.

Les sym­boles, c'est très bien, mais il faut se ra­con­ter une his­toire com­mune. Est-on au­jourd'hui ca­pable de se mettre d'ac­cord sur une His­toire qu'on ra­con­te­rait au pri­maire, au col­lège, au ly­cée pour construire une na­tion?

Vous met­tez le doigt sur un des pro­blèmes de la so­cié­té fran­çaise. M. Lus­sault, le pré­sident du Con­seil na­tio­nal des pro­grammes, lui-même un géo­graphe, a dit dans une in­ter­view au Monde que, sur l’his­toire, il ne fal­lait pas re­ve­nir au « roman na­tio­nal » si l’on ne vou­lait pas, je le cite : « déses­pé­rer Billan­court », en d’autres termes, déses­pé­rer les salles de profs. Outre que M. Lus­sault s’érige en re­pré­sen­tant au­to­pro­cla­mé des pro­fes­seurs, qui, ma­jo­ri­tai­re­ment, ne sont pas du tout sur cette ligne-là, il em­ploie sciem­ment le mot « roman na­tio­nal ». Moi, j’ai tou­jours par­lé de « ré­cit na­tio­nal » parce qu’il y a des ombres et des lu­mières.

Dans un roman aus­si…

Oui mais le ré­cit na­tio­nal tend à l’ob­jec­ti­vi­té. L’his­toire de la France peut être ra­con­tée sans crainte d’un point de vue ob­jec­tif. Toute l’idéo­lo­gie de la re­pen­tance dont on nous a ac­ca­blés pen­dant trente ans, nous pou­vons la dé­pas­ser sans trop de pro­blèmes, en di­sant sim­ple­ment la vé­ri­té. Que M. Lus­sault, pré­sident du Con­seil na­tio­nal des pro­grammes, ait pu s’ex­pri­mer comme il l’a fait, est très ca­rac­té­ris­tique de l’état d’es­prit de nos élites : elles ne veulent plus que les ci­toyens, en ap­pre­nant leur his­toire, puissent faire « peuple ».

Chan­ger cet état de fait sup­po­se­rait non seule­ment un la­vage de cer­veau as­sez pro­fond de ces élites, mais aus­si une re­cons­truc­tion non moins im­pro­bable de l'école…

Ça va chan­ger très vite ! Les fortes se­cousses qui sont de­vant nous et celles que nous avons dé­jà su­bies vont ame­ner un cer­tain nombre de gens à re­ve­nir sur les er­reurs qu’ils ont com­mises. Car il faut bien connaître la classe po­li­tique fran­çaise pour sa­voir qu’elle n’a pas vrai­ment de convic­tions. Ce qui est dit au­jourd’hui n’est plus ce qu’on di­sait hier. Pre­nez par exemple le dis­cours du pré­sident de la Ré­pu­blique de­vant le Congrès, à Ver­sailles : per­sonne n’au­rait ima­gi­né, avant qu’il monte les marches de la tri­bune, qu’il al­lait faire un dis­cours pa­reil ! Ce­la montre la pro­di­gieuse ca­pa­ci­té d’adap­ta­tion de nos élites à la fois in­tel­li­gentes et très prag­ma­tiques. Et comme nous sommes dans une nou­velle pé­riode, le dis­cours pu­blic va pou­voir for­te­ment évo­luer !

Mais peut-on res­tau­rer la Ré­pu­blique quand nous n'avons ré­glé le pro­blème de l'in­té­gra­tion ? La pour­suite de l'im­mi­gra­tion, avec la dose de dif­fé­rences qu'elle im­plique, est-elle com­pa­tible avec le re­dres­se­ment de la France ?

Per­met­tez à un an­cien mi­nistre de l’in­té­rieur d’avoir une ré­ponse un peu com­plexe. Le solde net du flux mi­gra­toire an­nuel est de 100 000 per­sonnes. Or, tout d’abord, la ca­pa­ci­té à in­té­grer est très dif­fé­rente se­lon le de­gré de ré­sis­tance des com­mu­nau­tés au mo­dèle d’in­té­gra­tion. Les →

Po­lo­nais par exemple s’in­tègrent très fa­ci­le­ment. En­suite, l’im­mi­gra­tion doit être pro­por­tion­née à la ca­pa­ci­té d’ac­cueil et d’in­té­gra­tion du pays.

Deuxiè­me­ment, il faut ap­pli­quer la lé­gis­la­tion exis­tante. Il est in­ad­mis­sible qu’un ar­rêt de la Cour de jus­tice eu­ro­péenne in­ter­dise la pé­na­li­sa­tion des étran­gers en si­tua­tion ir­ré­gu­lière. C’est une at­teinte aux pré­ro­ga­tives ré­ga­liennes des États. La France est fon­dée à dire qu’elle re­jette la ju­ris­pru­dence de l’ar­rêt Has­sen el Dri­di (avril 2011), qui em­pêche de mettre en pri­son quel­qu’un qui, à plu­sieurs re­prises, au­rait re­fu­sé d’être re­con­duit à la fron­tière.

Nos élites – que vous croyez dé­nuées de convic­tions – par­tagent au moins ce dogme : l'im­mi­gra­tion est une chance pour la France…

L’im­mi­gra­tion peut être la pire et la meilleure des choses ! Avec trois mil­lions et de­mi de chô­meurs, per­sonne – sauf Pierre Gat­taz – ne pense que c’est une très bonne chose. Sim­ple­ment, nos élites – de droite comme de gauche – sont im­bues de cette idéo­lo­gie culpa­bi­li­sa­trice qui fait que l’im­mi­gré se­rait la vic­time par ex­cel­lence, la fi­gure du juif qu’on pour­rait à nou­veau conduire dans des camps. Tout ça ne tient pas la route. Il fau­drait quand même ex­pli­quer à un cer­tain nombre de gens, en par­ti­cu­lier aux as­so­cia­tions qui croient vrai­ment oeu­vrer pour le bien com­mun en ai­dant les clan­des­tins, que le res­pect de la loi et de son es­prit sont ab­so­lu­ment fon­da­men­taux dans une Ré­pu­blique qui veut le res­ter.

À vous en­tendre, on se de­mande pour­quoi JeanPierre Che­vè­ne­ment est res­té en des­sous de 10 % alors que Ma­rine Le Pen est à presque 30 %…

Dans le sys­tème de la Ve Ré­pu­blique, il faut pou­voir exis­ter in­dé­pen­dam­ment. Or, cer­tains de mes sou­tiens ve­nant de la gauche, d’autres de la droite, ne s’en­ten­daient pas tou­jours très bien en­semble. Qui plus est, j’ai tou­jours été com­bat­tu par le par­ti so­cia­liste. Dois-je vous rap­pe­ler que j’ai été élu sé­na­teur contre un can­di­dat de droite et contre un can­di­dat du PS. C’était un ex­ploit !

Pour­quoi Ma­rine Le Pen ar­rive-t-elle à dé­pas­ser le cli­vage droite-gauche et vous non ? L'UMPS, vous en avez par­lé bien avant elle !

Il y a une dif­fé­rence de taille entre elle et moi : je suis et j’ai tou­jours été un ré­pu­bli­cain in­con­tes­table. « Au-des­sus de la droite et de la gauche telles qu'elles sont de­ve­nues, di­sais-je en 2002, il y a la Ré­pu­blique. » Le par­ti de Mme Le Pen a tout de même un gé­nome qui s’est for­mé à l’ex­trême droite. Nous sommes dans une pé­riode beau­coup plus dif­fi­cile qu’il y a dix ans, dans une phase de ra­di­ca­li­sa­tion pos­sible de la so­cié­té fran­çaise et je me mé­fie beau­coup de l’en­gre­nage de vio­lence, de res­sen­ti­ment, de haine, qui pour­rait conduire la France avec Mme Le Pen là où les chefs de Daech veulent la conduire : vers la guerre ci­vile. Je constate que le peuple fran­çais ré­agit avec beau­coup de ma­tu­ri­té jus­qu’à pré­sent. Certes, au pre­mier tour, six mil­lions d’élec­teurs ont vo­té pour le Front na­tio­nal, mais le peuple n’a don­né au­cune ré­gion au par­ti de Mme Le Pen. Le peuple fran­çais ne s’est pas li­vré à des re­pré­sailles qui au­raient été non seule­ment contre-pro­duc­tives mais odieuses. Il est res­té d’un calme, d’un stoï­cisme as­sez mé­ri­toire, et je pense que c’est par le sang-froid, par la dé­ter­mi­na­tion, qu’à long terme, nous vien­drons à bout du ter­ro­risme dji­ha­diste. La Ré­pu­blique est la cible. Elle est aus­si le re­mède. •

En­traî­ne­ment de Ma­rines amé­ri­cains dans le dé­sert saou­dien, quelques jours après l'in­va­sion du Ko­weït par l'irak, 23 août 1990.

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