GYNOPHOBIE: ET TA SOEUR!

Causeur - - L'éditorial D'élisabeth Lévy -

Ils se de­mandent si les cas­seurs n'ont pas un pe­tit peu rai­son et si les ter­ro­ristes n'ont pas des rai­sons. Mais pour De­nis Bau­pin, pas la plus pe­tite cir­cons­tance at­té­nuante. Condam­né sans pro­cès à la mort so­ciale, pour propos et mes­sages lu­briques, sans ou­blier une ten­ta­tive d'ex­tor­sion de bai­ser à main ar­mée, c'est-à-dire ba­la­deuse. Des fautes qui mé­ritent le mépris, une blague cin­glante ou une bonne paire de claques, peut-être pas un tel una­ni­misme dans l'op­probre. Toutes les bonnes âmes de droite ou de gauche qui com­mu­nient dans la dé­non­cia­tion du pé­cheur évoquent ir­ré­sis­ti­ble­ment les cro­quantes et les cro­quants de l'au­ver­gnat de Bras­sens, à qui leur bonne conscience donne le droit de haïr en choeur. Bau­pin est dé­sor­mais un monstre, ce qui est un brin ex­ces­sif, même pour le dra­gueur com­pul­sif et lour­dingue qu'on nous dit qu'il est. Au­quel cas, il est sur­tout cou­pable de tar­tuf­fe­rie, car il était jus­qu'à pré­sent l'un des plus grands dé­vots de la lutte « an­ti­sexiste », ver­sion rouge à lèvres pour tous. Ce qui de­vrait éton­ner, me souffle un ami que je ne dé­non­ce­rai pas, ce n'est pas ce que Bau­pin est sup­po­sé avoir fait, c'est qu'il n'y ait pas beau­coup plus de Bau­pin qui fassent bien pire. Nos dé­si­rs ne sont bes­tiaux, pour­sui­til, mais des siècles de ci­vi­li­sa­tion nous ont ap­pris à sor­tir avec une mu­se­lière. La norme, c'est qu'un homme ça s'em­pêche. Dans nos contrées en tout cas. Tout le monde de­vrait se fé­li­ci­ter que le consen­te­ment des femmes soit dé­sor­mais une bar­rière in­fran­chis­sable par le dé­sir des hommes. Mais le pé­nible scan­dale Bau­pin a promp­te­ment été « ma­jus­cu­li­sé » pour de­ve­nir la preuve de la per­pé­tua­tion d'un ordre pa­triar­cal qui n'existe plus de­puis belle lu­rette. Sauf dans cer­tains ter­ri­toires où il est pré­ci­sé­ment in­ter­dit de le voir car ce se­rait ra­ciste. Or, à l'ex­cep­tion des en­droits où il règne en maître, le ma­chisme est par­tout, nous dit-on, et ces dames veulent faire sa­voir qu'elles ont été, sont ou se­ront un jour vic­times de har­cè­le­ment. Après la tri­bune des 40 jour­na­listes, on a eu droit à celle des 17 an­ciennes mi­nistres. Toutes ont vé­cu le drame ter­rible d'être dé­si­rées, par­fois ex­pli­ci­te­ment, le plus sou­vent avec les yeux. On se de­mande comment elles ont te­nu bon. Pire en­core : après le scan­dale, on conti­nue­rait à faire des blagues sa­laces à l'as­sem­blée, ré­vèle Slate, qui a en­voyé un re­por­ter tra­quer les propos gra­ve­leux. En­fin, on ap­prend dans Le Monde que, lors de la réunion du groupe so­cia­liste où ces dames ont évo­qué l'af­faire, eh bien, croyez-le ou pas, « pen­dant qu’elles par­laient, elles en­ten­daient des rires ». Des rires, ça va cher­cher dans les com­bien ? Il faut donc craindre que cette af­faire marque une nou­velle étape dans l'en­tre­prise de nor­ma­li­sa­tion des re­la­tions entre les hommes et les femmes, donc de la sexua­li­té, me­née sous la ban­nière men­son­gère du fé­mi­nisme. Nos vic­times en­ra­gées ne se contentent plus de la mu­se­lière li­bre­ment consen­tie par les hommes, elles en­tendent pu­nir toute ex­pres­sion du dé­sir mas­cu­lin, qu'elles s'ef­forcent de li­go­ter dans une vé­ri­table ca­mi­sole an­thro­po­lo­gique en im­pri­mant dans les cer­veaux l'idée que tout homme est cou­pable et toute femme vic­time. Il convient donc de re­cen­ser, de comp­ter, de dé­plo­rer et, plus que tout, de pu­nir sans re­lâche les in­nom­brables ava­nies dont est faite la vie des femmes. Nul ne se plain­dra que les vio­lences réelles soient sé­vè­re­ment sanc­tion­nées. Mais nos jus­ti­cières n'au­ront de cesse que tout propos un peu leste, toute al­lu­sion va­gue­ment éro­tique, tout re­gard lé­gè­re­ment sug­ges­tif soit pas­sible des tri­bu­naux. La réa­li­sa­trice Li­sa Azue­los s'est brus­que­ment avi­sée que « les femmes n’avaient pas de mots pour dé­si­gner les vio­lences qui leur sont faites ». Pour com­bler ce vide sé­man­tique, elle a in­ven­té le terme « gynophobie ». Et pas pour la blague : il s'agit bien, pré­cise-t-elle, d'un ou­til ju­di­ciaire. Comme tou­jours, de­vant ces numéros d'oie blanche s'agi­tant pour sa­voir la­quelle est la plus trau­ma­ti­sée, on com­mence par hur­ler de rire. D'ailleurs, en pri­vé, toute la France se marre, y com­pris ceux qui, à la té­lé, pro­clament avec des mines so­len­nelles qu'ils ne se tai­ront plus (mais quand diable se sont-ils donc tus ?). Seule­ment, en pu­blic, pas ques­tion de ri­go­ler. Per­sonne ou presque n'ose mouf­ter contre le vent. Cette obli­ga­tion de schi­zo­phré­nie est bien la preuve que ce fé­mi­nisme vic­ti­maire s'im­pose comme une vé­ri­té of­fi­cielle par une forme de ter­reur idéo­lo­gique. Per­sonne n'y croit, mais tout le monde doit faire sem­blant. Pas pour sau­ver sa peau, bien sûr. Pour avoir la paix. Luc Le Vaillant au­rait dû ré­flé­chir à deux fois avant d'écrire ce qu'il pen­sait. Dans un texte in­ti­tu­lé « La Com­plainte du mâle ai­mé », pu­blié le 23 mai sur le site de Li­bé­ra­tion, le chro­ni­queur re­doute que l'af­faire Bau­pin « sape les fon­da­tions d’un mé­lange des genres dont s’en­or­gueillis­saient les tra­vailleuses et les tra­vailleurs, les co­que­lets et les pou­lettes, ra­vis de ba­di­ner sur leur tas de fu­mier, fiers de ne pas avoir à dé­fi­ler de­vant huis­sier pour se dra­gouiller ». Ces char­mantes images lui ont va­lu un tor­rent de boue nu­mé­rique et, peut-être, un pro­cès à l'in­té­rieur de sa ré­dac­tion. Le be­nêt, sans doute s'est-il cru dans un pays libre. En tout cas, mon ami a tort. Que, dans cette am­biance, des hommes conti­nuent à dé­si­rer des femmes prouve qu'ils sont en­core des hommes. Avec juste ce qu'il faut de sau­va­ge­rie. •

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