Al­phonse Mu­cha, la Belle Époque illus­trée

Causeur - - Sommaire N°60 – Septembre 2018 - Pierre La­ma­lat­tie

Le mu­sée du Luxem­bourg, à Paris, pro­pose à par­tir du 12 sep­tembre une ré­tros­pec­tive Al­phonse Mu­cha (1860-1939). Cet illus­tra­teur tchèque em­blé­ma­tique de l'art nou­veau a pro­duit des affiches my­thiques pour Sa­rah Bern­hardt et les bis­cuits LU. Il laisse une oeuvre sin­gu­lière à la pos­té­ri­té flo­ris­sante, no­tam­ment dans la bande des­si­née.

Choi­sis­sez une autre pro­fes­sion où vous se­rez plus utile ! » : c'est le com­men­taire qui, en 1878, ac­com­pagne le re­jet de la can­di­da­ture du jeune Al­phonse Mu­cha à l'école des beaux-arts de Prague. Il a 18 ans. Il est ori­gi­naire de Mo­ra­vie et a gran­di dans un mi­lieu po­pu­laire. Son ap­proche est, semble-t-il, un peu simple. Il n'a pas com­pris ce qu'at­tend cette res­pec­table ins­ti­tu­tion. Ce­la n'em­pêche pas le jeune homme d'ar­pen­ter les rues de Prague et de s'at­tar­der dans ses riches églises. Les dé­cors de la Contre-ré­forme le font rê­ver, no­tam­ment ceux de la somp­tueuse Sain­ti­gnace. Le jeune Mu­cha tombe dans le ba­roque comme Obé­lix dans la po­tion ma­gique. C'est ain­si que naît son at­trait pour le faste vi­suel. Il prend goût à la plus grande fan­tai­sie. Il em­ma­ga­sine des images de corps à moi­tié nus, de dra­pés ly­riques et de che­ve­lures em­por­tées par des souffles. Ce­pen­dant, il doit trou­ver un tra­vail. Il par­ti­cipe à des chan­tiers de dé­cors de théâtre et ap­prend son mé­tier sur le tas. On lui confie aus­si des dé­cors de châ­teaux et de ré­si­dences. Pour par­faire sa for­ma­tion, il en­tre­prend d'al­ler voir ce qui se fait ailleurs en Eu­rope. Il part d'abord à Vienne où il de­vient un proche de Hans Ma­kart. Ce peintre pro­di­gieux, peu connu en France, a une oeuvre dé­co­ra­tive im­mense à la­quelle se rat­tachent la Sé­ces­sion vien­noise et des ar­tistes comme Gus­tav Klimt. En­suite, Mu­cha se rend à Mu­nich où tra­vaillent des ar­tistes très ori­gi­naux comme Franz von Stuck. Mu­cha est d'ailleurs ac­cueilli dans un ate­lier des Beauxarts de la ca­pi­tale ba­va­roise au mo­ment où ce der­nier en sort. Fi­na­le­ment, en 1887, il se rend à Paris. Il est jeune, pauvre et in­con­nu. Ce­pen­dant, il em­porte avec lui, sans le sa­voir, le ferment des in­no­va­tions d'eu­rope cen­trale. À Paris, il s'ins­crit à des for­ma­tions pri­vées comme l'aca­dé­mie Co­la­ros­si. Il vit à proxi­mi­té de cette der­nière, dans une chambre louée rue de la Grande-chau­mière. Il exerce par ailleurs le mé­tier d'illus­tra­teur. Il est ap­pré­cié et tra­vaille pour Ar­mand Co­lin. Il s'est fait un co­pain en la per­sonne d'un an­cien agent de change ayant op­té pour la vie de bo­hème, un type par­fois ex­cen­trique et ca­rac­té­riel, un cer­tain Paul Gau­guin. À ce stade, Mu­cha reste un in­con­nu, un gagne-pe­tit. Sa car­rière bas­cule le 24 dé­cembre 1894. Ce soir­là, l'ac­trice Sa­rah Bern­hardt prend con­tact avec son im­pri­meur. Elle vou­drait qu'on lui com­pose et édite en ur­gence une af­fiche pour la re­prise de Gis­mon­da, pièce de Vic­to­rien Sar­dou, pro­gram­mée tout dé­but jan­vier. C'est très court. De plus, ça tombe mal, car tous les illus­tra­teurs sont par­tis pour les fêtes de fin d'an­née. Mais Mu­cha est dis­po­nible. Il a dé­jà fait des cro­quis de la pièce pour le jour­nal Le Gau­lois et ses des­sins ont été ap­pré­ciés. On lui confie donc l'af­fiche, faute de mieux. Il tra­vaille à toute al­lure. Il opte pour des cou­leurs moins ba­rio­lées et plus nuan­cées que les affiches de théâtre ha­bi­tuelles. Le for­mat très en hau­teur tranche. Mu­cha dé­ploie sur­tout un style gra­phique per­son­nel, raf­fi­né et in­édit. Le 1er jan­vier, ses affiches sont pla­car­dées dans tout Paris, comme pré­vu. Mais ce qui n'a pas été an­ti­ci­pé est qu'elles rem­portent un suc­cès im­mé­diat et gi­gan­tesque. Une vraie fo­lie. Les gens les dé­collent et les dé­coupent pour s'ap­pro­prier des exem­plaires. C'est le dé­but d'une longue col­la­bo­ra­tion avec Sa­rah Bern­hardt. C'est aus­si le com­men­ce­ment de la re­nom­mée. Mu­cha mul­ti­plie les affiches et les pu­bli­ci­tés, il →

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