Poète, vos pa­piers !

Causeur - - Brèves - Par Ga­brielle Pé­rier

Non moins re­pen­tant, le poète in­cri­mi­né a twee­té : « J’écoute at­ten­ti­ve­ment et je ré­flé­chis in­ti­me­ment. Je suis dé­so­lé du mal que j’ai fait, et j’en prends la res­pon­sa­bi­li­té » et s'est en­ga­gé à ver­ser ses droits d'au­teur à l'as­so­cia­tion de cha­ri­té Down­town Con­gre­ga­tions to End Ho­me­less­ness. Pour sus­ci­ter la gé­né­ro­si­té d'au­trui, mieux vaut donc faire peur que pi­tié… • Fa­ta­le­ment, le mal­heu­reux Carl­son-wee a été ac­cu­sé de ra­cisme, ses dé­trac­teurs as­si­mi­lant son oeuvre à ce qui est dé­sor­mais un crime de pre­mière im­por­tance, le « black­face », c'est-à-dire le fait pour un Blanc de se peindre la peau afin de res­sem­bler à un Noir. À cette cam­pagne ca­lom­nieuse, les édi­teurs de la re­vue ont ré­agi par un mea culpa en rase cam­pagne : « Nous sommes dé­so­lés du mal que nous avons pu cau­ser aux nom­breuses com­mu­nau­tés af­fec­tées par ce poème. » Vous ne voyez pas où est le pro­blème ? L'air de rien, Carl­son-wee a com­mis deux pé­chés ir­ré­mis­sibles qui dé­chaînent les foudres des ré­seaux so­ciaux. D'abord, en uti­li­sant le terme d'« es­tro­pié » (« crip­pled »), l'au­teur se rend coupable de « ca­pa­ci­tisme », ou « ableism » en an­glais, néo­lo­gisme qui dé­signe la dis­cri­mi­na­tion contre les han­di­ca­pés. Cir­cons­tance ag­gra­vante, le poème est écrit en « black en­glish », par­ler noir amé­ri­cain à la syn­taxe dé­struc­tu­rée. Au coeur de l'été, le poème d'un illustre in­con­nu pu­blié dans la re­vue lit­té­raire amé­ri­caine The Na­tion a sus­ci­té une po­lé­mique in­at­ten­due. In­ti­tu­lé « How-to », ce texte si­gné par un cer­tain An­ders Carl­son-wee prend la forme de con­seils don­nés par un sans-abri à un autre pour sus­ci­ter la com­mi­sé­ra­tion des pas­sants. « Si tu es une fille, dis que tu es en­ceinte – per­sonne ne va se bais­ser pour écou­ter ton ventre. […] Tords tes jambes, pointe ton ge­nou dans un angle bi­zarre. […] Si tu es es­tro­pié, ne l’af­fiche pas. Laisse-les croire qu’ils sont as­sez bons chré­tiens pour le re­mar­quer tous seuls. » Rien de nou­veau à l'ombre de la mouise : de la cour des Mi­racles aux mé­tros de nos villes, les men­diants ont tou­jours mis en scène leur dé­pouille­ment pour api­toyer le pas­sant.

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